‹ Cantiques de Marseilles accommodés à des airs vulgaires [microforme]Chapitre 58 sur 88 · LES SENTINELLES DES ENNEMIS · texte numérisé non relu

LES SENTINELLES DES ENNEMIS

D'où venez-vous, rare beauté, Quel sujet pressant vous engage A prodiguer votre santé Dans un si pénible voyage ?

Vous pourriez vivre sans souci ; Que venez vous chercher ici ?

Jupitu.

Je viens chercher à me sauver, Du désastre qui nous menace ; Mon Peuple pense à vous braver, Et moi je pense à trouver grace.

Pourrai-je bien sans prendre mal, Parler à votre Général ?

Les Socpars.

Madame, ne vous troublez pas, l’ersonne n’oseroit vous nuire ; Marchez sans crainte sur nos pas ; Nou allons tous vous y conduire :

Dès qu’Holopherne vous verra, Votre beauté le charmera.

JupiTrx A HoLoPHERNE,

Bras de Nabuchodonosor, Rempart de toute la Syrie, Je voudrois une bouche d'or, Pour vous louer sans flatterie ; Mais l’éclat vif de vos splendeurs, M'abat aux pieds de vos Grandeurs,

HoLoPHERNE.

Rassurez-vous, ne tremblez pas, Mes yeux vous ayant apperçue, J’ai trouvé sur vous tant d’apas, Que mon cœur s’est pris par la vue ; De grace donc relevez-vous, C’est moi qui dois être à genoux.

Belle Judith déclarez-moi, Quel motif ici vous amêne ?

Je vous proteste sur ma. foi, Que je voustirerai de peine ; Mon cœur ést deventéaptif, Le vôtre sera-t-il craintif ?

JUDITH

Grand Général, dès que j’ai vü, Le crime noir de Bettulie, Bien loin de donner mon aveu,

Ma fuite a blâmé sa folie :

Et j'ai cru que votre bonté, Mettroit ma vie en sûreté,

Je sçai quelle est votre valeur, Et votre inyincible puissance ; Je sçai quel seroit mon malheur, Si je manquois d’obéissance :

Maisje sçai que les gens de bien, T'rouvent en vous un prompt soutien.

Cependant, je vous fais sçavoir, Que notre nation rébeile Manquant vers vous à son devoir, Dieu même s’irrite contr”elle ; Grands et petits sont aux abois, Ils n’onc ni cœur, ni main, ni voix

Ils sont à la soif, à la faim ; Ils vont boire le sang des bêtes :

Je pourrai vous prêter la main, Pour les unir à vos conquêtes ; Je sçai les endroits du Pays,

Et comme ils seront envahi.

HoLoP'{ERNE.

Madame, je suis, tout charmé De votre éloquence profonde ; Vous avez seule désarmé,

Celui qui brave tout le monde :

De grâce, sans appréhender, Commencez à me commander.

-JUDITE.

Mon cher Seigneur, accordez-moi, Que je vive avec ma servante, | Des viandes que permet ma Loi ::

CE

J'en serai beaucoup mieux portante, Qu'on me laisse aller en tout lieu, Lorsque j'irai prier mon Dieu.

HoLOPtHERNE.

Allez et de jour et de nuit, À travers toute notre armée, Vous portez votre sauf conduit, Régnez, ô beauté bien aimée :

Qui vous fera le moindre tort, Soudain sera puni de mort.

Entrez, Madame, entrez ici, Venez voir mes trésors immenses ; Ce seront vos trésors aussi ; Gardez la Clef de mes finances :

Jem’en vais dresser un Edit, Qu'on laisse aller par tout Judith.

Vagao prépare un banquet Pour tous les Grands de mon Armée J'espère que par ton caquet, Judith sera bientôt charmée ; Va lui dire, et dépêche-toi, De venir souper avec moi.

Vacao À Jupirx

Madame, vous avez gagné Les bonnes gràces de mon Maitre :

Vous avez vû qu’il a daigné.

Jusqu'ici le faire paroître.

Son cœur ne vous refuse rien ; Vous avez en main tout son bien.

I1 faut donc user deretour, Pour marque de reconnoissance ; I] faut répondre à son amour,

Par une prompte obéissance :

Il vous veut à souper ce soir ; Je viens vous le faire sçavoir.

JUDITH

Monsieur ce que vous m’apprenez, Surpasse toutes mes attentes ; J'irai, puisque vous l’ordonnez, Me joindre au rang de ses servantes ; Ce sera pour moi trop d’honneur, Que de servir un tel Seigneur.

VAGaA0o.

Gardez-vous de placer si bas Votre vertu, votre noblesse, Mon Maître entend qu’en ce repas, Vous lui teniez rang de Maîtresse ; Pour bien obligersa bonté, Prenez un siège à son côté.

Jupirx A HOoLOPHERNE.

Je n’attendois pas, Monseigneur, D'être ce soir à votre table ; Je vois bien clair que votre cœur Brûle d’un amour véritable ; Je vais donc m’asseoir sans façon, Entre vous et votre échanson,

HoLoPHERNE.

Je sens un singulier plaisir De vous voir prendre cette place ; C’étoit-là mon plus grand désir ; Vous m’obligez de bonne grace ; Mangez, buvez à votre goût, Je m'en vais vous do de tout.

JupiTu.

I] ne faut point de compliment, Pensez à faire bonne chère.

Mangez, buvez gaillardement ; Vous entendez à le bien faire ; Mais trouvez bor. qu’en ce festin, Je ne goûte point votre vin.

HoLoPHERNE.

Nous allons du moins boire à vous, Avec tous nos braves Gens d’Armes, Jusqu’à ce que nous soyons sçouls, IT faut faire fête à vos charmes.

Buvons, Messieurs, à la santé,

De cette charmante beauté.

JupiTH.

Voici Vagao, le vrai temps, D'’aller reposer votre Maître ; Mes vœux sont à demi contens, J'en bénis l’Auteur de mon être, Couvrez-le bien de ses linceuls, Et nous laissez ici tous seuls.

C’est à présent, Dieu de mon cœur, Que j'attends de vous la victoire, Rendez, rendez mon bras vainqueur, Je ne prétends que votre gloire Si vous n’aff rmissez mon bras,

En vain je prends ce coutelas.

J’ai mis en vous tout mon espoir, Et ma foi n’est gun chancellante, Montrez votre divin pouvoir En votre chétive servante ; Tranchez d’un seul coup par ma main : La tête à ce monstre inhumain.

Chère servante, approche-toi, Cache dans ton sac cette tête ; Ne tremble point, viens après moi ; Dieu seul conduit cette défaite :

Laissons ces pourceau x endormis ;:

Le passage nous est permis.

Ouvrez, mes chers, ouvrez,

Le Tout-Puissant a fait merveilles ; Sa vertu nous a délivrés

Par des adresses nonpareilles :

Il a fait voir qu’un pur néant

Peut avec lui vaincre un Géant.’

Sa main puissante a contenté De tous mes désirs l'étendue ; Le fier Holopherne est dompté ; Voyez-vous sa tête pendue ?

Voyez ici le Pavillon brillant

Du lit pompeux de ce vaillant.

J'appelleles Cieux à témoin Que mon Ange m’a gardé pure, Et qu’il m’a conduit avec soin, Sans qu'on nait fait aucune injure, Rendons-lui tous, d’un tel bonheur, Gloire, louange et tout honneur.

Ozras.

Judith, vous êtes aujourd’hui, Des fernmes la plus glorieuse ; Le Ciel s’est rendu notre appui, Par votre main victorieuse ;

Tous les hommes vous béniront, Tant que les siècles dureront.

Junirx.

Mon cher Achior, connois tu, Cette tête sanglante et pale ? Elle est d’Holopherne abattu, De ce brutal Sardanapale ;

Ne veux-tu pas rentrer en toi, Et te soumettre à notre Loi ?

AcH10oR.

Madame, je crois votre Dieu.

Tout bon, tout Saint, tout adorable ; Je le crois présent en tout lieu ;

Lui seul est le Dieu véritable :

Je n’ai garde de m’endurcir, Je suis prêt à me convertir.

JuDITH.

Jettons-nous sur nos ennemis ; Allons poursuivre ma conquête ; Ils sont presque tous endormis ; Eveillons les par une trompête ; Feignons de vouloir les bloquer, Pour avoir lieu de les chasser,

Dès qu’ils verront le coutelas, Qui du sang de leur Chef dégoute, Les cris horribles des Soldats Mettront tout le Camp en déroute ; T'rompête sonne le combât ;

Que chacun se montre Soldat,

Les SENTINELLES.

Vagao, va-1-en réveiller, Le Général de notre armée ; Disdui qu’il nous faut batailler,

Que l’avant Garde est allarmée ; Dis lui qu’on n’est prêt qu’à demi, Pour faire tête à l’ennemi.

Vogao.

Grand Colonel, réveillez-vous :

Il est temps de donner bataille ; Voici l'ennemi près de nous,

Qui nous défie et qui nous raille.

Hélas ! que vois-je, justes Cieux!

Je n’ai qu'un tronc devant les yeux.

Ah ! chers amis quel coup fatal !

Judith, parsa fine conduite, A decollé mon Général ; Tout est perdu, prenons la fuite, Sauvons nous du Dieu d'Israël, Qui nous remplit d’un deuil mortel.

Le PONTIFE ET LES PRETRES DE JERUSALEM.

Vive Judith, qu’on crie Amen ; Vive cette chaste Princesse, La gloire de Jérusalem, De tout Israël l’allegresse ; Vive son bras victorieux, Par qui Dieu se rend glorieux.

JUDITH

Montons à la sainte Cité, En chantant mon nouveau Cantique ; Louounsle Dieu de Majesté, , Offrons-lui nos vœux en musique ; Il faut je servir désormais Avec ferveur plus que jamais.

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