D, E L'HISTOIRE ADMIRABLE DE SAINTE
iuerépordt GENEVIEVE DE BRABANT.
Sur l'Air :— La Bergère que je sers, &c.
abane,
A DORONS du Tout-Puissant
re La Divine Providence, 1e,
soient Dieu Qui prend soin de l’innocent uitable Et fait voir son innocente ;
Geneviève de Brabant, En fait voir l'expérience ; Suivons-la depuis son berceau, Jusqu'à son sacré tombeau.
Mon cœur palez par mes yeux, Si vous n'êtes marbre et souche, Faites paroître en tous lienx,
Que cette Histoire vous touche :
Les larmes parleront mieux, Que les discours de la bouche :
Le récit de tant de malheurs Ne demande que des pleurs.
Geneviève en sa maison, Encore tendre et petite, .
S’accoûtume à l’oraison,
Et s’y tient comme un hermite;
Hélas ! elle a bien raison, Puisqu’il faut qu’elle habite Au milieu des vastes forêts, Avec son enfant auprès.
Les vertuset la beauté De cette charmante fille, Attirent de tout côté De l'honneur à la famille :
Mais par son humilité, Plus son beau visage brille, Plus son cœur méprise au dedans T'out ce qui flatte les sens.
Elle a de si doux attraits, Qu'on se charme en sa présence ; Chacun joint dans son palais L'amour à la révérence :
Plusieurs portent leurs souhaits A cette noble alliance ;
Mais bien peu veulent hazarder de la faire demander.
Sifroi Seigneur Palatin, Avec un bel équipage, Ose se mettre en chemin Pour l’avoir en mariage ;
Le Ciel secondant sa fin, Geneviève est son partage ; Les voilà tous deux bien contens, Mais ce n’est que pour deux ans,
Martel homme de valeur, Dresse une puissante armée :
Le Comte y va par honneur, Jaloux de sa renommée :
Mais ce n’est pas sans douleur Qu'il quitte sa bien-aimée, Lui tenant ce triste propos, Entrecoupé de sanglots.
Golo prendra soin de vous ; À ces mots la chaste Dame, Tombe aux pieds de son Epoux, Sur le point de rendre l’ame :
Par trois fois aux yeux de tous Elle blémit et se pâme, Pressentant que ce favori Sera traître à son mari.
Il laisse donc en partant, De son Palais l’Intendance À Golo son confident, Sans prévoir son imprudence, Ah! misérable Intendant !
Que l'abus de ta puissance Causera de tourmens divers À la Dame que tu sers.
Geneviève avec Sifroi, Font une lettre affective, Qu'ils se mandent par Lanfroy Témoin de leur douleurvive :
Chacun d'eux conserve en soi Une espérance craintive De pouvoir être assez heureux Que de se revoir chez eux.
Golo se trouve tenté Par la douceur ravissante Et par la rare beauté De sa colombe innocente :
Mais pour n'être rebuté, Il l'admire et se contente D'’exprimer ses mauvais désirs Par de languissans soupirs.
Un jour jugeant du portrait, Qu'il voyoit de notre Sainte ; Il lui marque son souhait Par une amoureuse plainte ; Geneviève, à ce seul trait, Sent son cœur saisi de crainte ; Et tremblant sans dire un seul mot, Elle s’enfuit aussi-tôt.
Ce brutal le lendemain, Brûlant d’un amour profane, Lui dit tont net son dessein Et la traite en courtisanne :
Sçaches que le Palatin, Lui répond notre Susanne, Apprendra ton dérèglement, Si tu ne vis autrement.
I] tente encore, à l'écart, Cette illustre et sainte femme, Sans que son discours mignard Puisse rein sur sa belle ame :
Il tire ensuite un poignard, Et lu: dit, tenez Madame, Enfoncez ce fer dans mon sein, Puisque je vous aime en vain
Ce Ministre de Satan, Rebuté par la Comtesse, Lui reproche que Drogan, Est l’auteur de sa grossesse :
not,
LA
DE MARSEILLYS, 169
Et comme un cruel tyran, 41 les brave, il Les oppresse ; Il les met tous deux en prison Dans l’enclos de la maison.
Drogan, les larmes aux yeux, Ne sçachant point le mystère, Jure par le Roi des Cieux Qu'il est exempt d’adultère;
Mais Golo tout furieux,
Le maltraite et le fait taire, L’assurant qu'il mourra bien-tôt Dans un horrible cachot.
Geneviève jour et nuit, Dans sa prison très obscure, Recommande à Dieu son fruit, Plaint, gémit, soupire et pleure :
L’Intendant qui la poursuit, La sollicite à toute heure, I] lui dit, déterminez-vous A m'avoir pour votre époux.
Je viens, tout présentement, De recevoir une lettre, Qui nous marque assurément, La mort de notre cher Maître ; La Princesse le dément, Et le tançant comme unttraitre, Le renvoie avec un soufilet, Tantson discours lui déplait.
Golo sans se rebuter, À recours à la nourrice, Pour l’aller soliciter Et la plonger dans le vice ;
Mais on a beau la tenter Par ce dernier artifice ; L'esprit saint qui soutient le choc, La rend plus ferme qu’un roc.
Juste arbitre des humains, C’est ici que je me pâme, En adorant vos desseins, Aux couches de cette Dame ; Faut-il que ses propres mains Lui servent de Sage F emime ?
Ah! grand Dieu, que vos jugemens Surpassent nos sentimens,
Elle nomme Bénony, Son cher Fils qu'elle Date; Le voyant ainsi banni Des sacrés Fonts de l'Eglise :
Bon Dieu ! soyez-vous beni, Ce bel Ange sans chemise, Est couché sur des.vieux drapeaux Qu'on a laissés par lambeaux.
Pauvre enfant, que tes douleurs ; Lui dit la mère dolente, Me feront verser des pleurs !
Ah ! que j’en seraisouffrante !
Mais parmi tous nos malheurs, Mon ame sera contente, Sçachant bien qu’on m’accuse à tort D'un crime digne de mort,
Golo ce méchant esprit Enragé contre la.Dame, Mandeau Comte, par dépit, .
Un exprès qui la diffam e:
Dans la lettre qi écrit, Il ne dit rien qui la blâme,
Aimant mieux la perdre d’honneur; Par la bouche d’un porteur.
L’'Exprès s'explique amplement Sur le secret de la lettre ; Sifroi répond sagement.
Que cela ne peut pas être :
L’'Exprès en vient au serment, Et Sifroi voulant connoître, Qui des siens a fait le forfait, l'ait déclarer quel il est.
Seigneur, votre Cuisinier, Qui feignoit avec adresse, D'être un fidelle Officier, A débauché la Contesse ;
Golo l’a fait prisonnier ; Aussi bien que sa Maitresse ; Donnez-moi, Prince malheureux, Vos ordres sur tous les deux.
Ah! s’écrie alors Sifroi, Tout transporté de colère, Je n’ai point faussé ma foi, Et ma femine est adultère :
Il revient ensuite à soi, Je n’en veux, dit-il, rien croire ; Et malgré l’infame imposteur, Il protège son honneur.
Etant enfin trop léger, À croire la calomnie, Il commande au Messager, Que Drogan perde la vie :
Et qu'on n'ait qu’un cœur de fer, Pour sa perfide Patrie, Jusqu'à ce qu'il soit au Château Pour en être le bourreau.
Golo reçoit, par l'exprès Du Palatin l’ordonnance, Et par une fausse paix, 11 feint d’user de DR ; Mais hélas ! bien-tôt après, Lorsque personne n'y pense, Il étouffe avec du poison L’innocent dans Ja prison,
Aussitôt qu’il a le vent
Que le Comte se retire, .
11 lui va vite au devant,
Et par grimace il soupire :
L'esprit malin le mouvant,
Il a le front de lui dire,
Ah ! Seigneur je suis bien faché
Que la Comtesse ait péché.
J'ai fait tout ce que j’ai sçû Pour empêcher le scandale Quand je.me suis apperçu Que son commerce étoit sale ;
Mais elle cachoit son feu
Etsa passion brûtalle, Méprisant mon autorité, Ma rigueur et ma bonté.
Si vous doutez de ma foi, Une femme fort sçavante Vous apprendra mieux que moi L'état de cette impudente.
Notre crédule Sifroi, Va chez la vieille méchante, Pour voir si Golo lui ment, Ou s’il parle rondement.
La sorcière lui fait voir Que Drogan est un lubrique Et qu’il trahit son devoir Avec sa femme impudique :
Le Comte est au désespoir, Et trompé par l’art magique, H resolut d’aller brusquement, Perdre la mère et l’enfant.
L’Intendant fourbe et rusé Dit au Prince avec audace, H vaut mieux, tout bien pesé, Que sans vous je m'en défasse :
Le Seigneur mal avisé; Ajoûte, allez donc de grace, Egorgez, sans faire aucun bruit, La Cointesse avec son fruit.
Gole voulant mettre à mort L'innocente criminelle, Le communique d’abord, À la nourrice cruelle:
Dieu par un secret ressort, Fait que sa fille apprend d'elle, Le complot que l’Intendant croit:
Etre tenu bien secret.
Cette fille fait sçavoir À notre illustre captive ; Que l’intendant a pouvoir.
De l’égorger toute vive;
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Fille alors, sans s’émoüvoir, Lui dit d'une voix plaintive, :
Pour mon Dieu je veux bien soufirir Que l’on me fasse mouïir.
Golo dit à deux valets, Menez l'Enfant et la Mère, Et, sans craindre, égorgez-les Dans quelque endroit inter Noyez leurs corps, et coupez La langue de l’adultère; Sans manquer apportez-la moi, Pour la montrer à Sifroi, .
On dépouille en là prison, Notre Princesse dévote; On la vet d’un vieux haillon ; On l’outrage, on la garote ; La chassant de sa Maison, .
On lui ditéraitre, bigote,.
Va périr sous le coutelas, Avec l'enfant. dans tes bras.
Elle dis au:Palatin, Dans une lettre touchante..
Cher Sifroi, voicima fin ; Je vais mourir innocente :
Votre fils tendre et benin Me rend cloublement mourante, Puis qu’onva verser tout le sang, Qu'il a puisé dans mon flanc.
Ab! vous avezeu grand tort De ne pas voir en personne Si j'étois digne de mort Ou digne d’une courovune 3 :
Mais puisque tel est mon sort, De bon cœur je vous pardonne, Aussi bien qu'au persécuteur; Qui s’en prend à mon honneur.
Adieu donc, triste séjour, Dit icj notre Comtesse, Adieu Jardin, adieu Cour, De bon cœur je vous délaisse ;
Le Ciel fera voir un jour À l’auteur de ma grossesse, Qu'il a cru‘trop légèrement, Golo dans l’emportemient.
Etant parvenus au bois, La Sainte obtient par prière, Pour ne pas mourir deux fois, Qu'on l’égorgeit la première ; Les valets à l’humble choix,
De leur chaste prisonnière, Sont soudain beaucoup attendris, Et tous deux bien-entrepris.
Cher Compagnon, dit l’un d'eux, Nous n'avons point vû de crimes ; Laissons dans ce bois affreux,
Ces innocentes victimes :
Nous mériterions tous deux De tomber dans les abymes,
Si nos cœurs.n’étoient point touchés De faire de tels péchés, :
Après un court entretien Dieu confirmant leur envie, Ils exposent sans soutien, L'enfant et 1x mére en vie;
La langue d’un petit chien, Trompant Golo, certifie, Qu'ils ont fait tous deux leur devoir, Sans qu’on le puisse sçavoir.
La Sainte avec son petit, S’enfonce dans le Bocage, Tout le Ciel lui compatit, Et lui donne du courage ;
Le bois touffu retentit De son douloureux langage Et des cris qu’elle adresse à Dieu Dans cet effroyable lieu.
Ah ! dit-elle, me voici . Triste, foible et toute-seule Avec mon enfant transi, Sans eau, sans lait, sans cellule :.
Si vous n’accourez ici
Grand Dieu, pour qui mon cœur brûle, Nous serons bien-tôt dévorés, Par les bêtes des forêts.
Panüant qu’elle est dans l'effroi, Une voix *‘ Ciel lui crie :
Ne crains » espere en moi, Porte tu cux, aime et prie ;
Je te fournirai de quoi, Pour l’entretien deta vie,
Fit ton fils nesera pas moins, Le cher objet de mes soins.
d dg l’accable d’ennuis ; it sa plus grande peine.
L'ayant fait coucher deux nuits, Sur l’herbe au piea d’un grand chêne ;
Mais entendant les doux bruits, .
Que fait l’eau d’une fontaine, Elle voit que le Tout-puissant Aide au besoin l’innocent.
Son ame adore d’abord La Providence Divine, Voyant son fils demi-mort, Remis par l’eau christaline :- Elle prend quelque renfort, Mangeant un peu de racine, Et buvant à son gré de l'eau Que sa main puise au Ruisseau,
Elle cherche en la forêt, Quelque coin pour sa Et Dieu la inêne tout droit, Dans une caverne obscure, Son sein n’ayant plus de lait Par faute de nourriture, Sur le champ Dieu donne à son fils,, D'une biche le doux pis.
La biche, deux fois le jour, Vient aux pieds de la Comtesse, .
Etla Sainte pour retour, La mignarde et la caresse : - Son cher enfant à son tour, Pour marque de sa tendresse, Lui départ quelque herbe à manger, A dessein de l’engagen
Arrêtons ‘un peu nos pas, Au milieu de note course.
Sifroi qui ne dit qu'hélas !
Se croit perdu sans ressounree ::
I] souffre mille combats, Ayant découvert la source, Des malheurs qui de son. Château, Ont fait un triste tombeau... \
Il trouve en son cabinet Cette lamentable lettre, Qui lui déclare assez net Que l’Intendant est un traitre;- C’est trop tard qu’il reconnoit.
Qu'il ne devoit point permettre, Qu'on versât le sang innocent...
Pendant qu’il étoit absent,
Golo redoutant Sifroi, - Se retire de sa suite ; Ï1 croit éviter l’éfroi Par le moyen.de la fuite ;- Mais le ver qu’il a dans soft Lui reproche sa conduite ; I] lui fait craindre le poteau, Et son crime est son boureau. .
Drogan apparoit de nuit, Chargé d’une grosse chaine ;:
Sifroi troublé de ce bruit Est dans une étrange peine ;
Ce mort partout le poursuit, Met son esprit à la gêne ;
I1 l’embrasse, il le fait blémir, Et l'empêche de dormir.
Notre Prince infortuné.
Sent un remord qui l’accable,.
De ce qu’il a condamné, Sa femme et son. fils aimable :
Il semble être forcené, Voyant cette ombre eftroyable ; Dieu permet: qu’il tremble de peur, Et que tout lui fait horreur.
Il s’abandonneaux regrets ; Se plaint et gémit sans cesse ; Ses pleurs vont jusqu’à l’excès, I veut mourir É tristesse ;
Laissonsle dans son Palais ::
Retournons à la Comtesse, Admirons ce cœur triomphant Dans l’état le plus souffrant. .
Sa tresse lui sert d’habit;.
Ses pleurs ameres de breuvage ;
Elle a la terrepour lit,
Pour son pain l'herbe sauvage, Pour courtisan son petit.
Et lesbêtes du bocage ;:
Pour palais le bois ténébreux, .
Et pour chambre un antre affreux.
Jésus lui montreune croix Qui l’anime et la conforte ; Dès qu’elle va dans le bois, Cette même croix l’escorte :
Ellese plaint une fois Des travaux qu’elle supporte, .
Et son cœur semble se lasser. ” De toujours recommencer.
Pèse mestourmens divers; Lui dit Jésus son doux père ; Pèse aussi ceux qu’a soufferts
À.mes pieds ma digne Mère ;.
Tous tes maux seront légers, Si tu nous suis au Calvaire ; Mais si tu ne nous y suis pas, Nuit et jour tu te plaindras.
O quel spectacle nouveau !
Notre Prince modeste, Regardant nud son M, L'offre à son père céleste ;
Un Loup apporte une peau, Dont elle fait une veste,
Pour couvrir le corps tendretet
De l’innocent agnelet.
Elle s’envisage un jour Dans la source d’un e, Faisant quelque vain retour, Sur l’état de son visage :
La mère du bel amour La reprend et l’encourage, Et lnidit, pense à la beauté, Qui dure une éternité,
Parmi ces rares faveurs, Geneviève se console Et bénit Dieu des ri Ys De l’impitoyable Gole : +
Elle souffre ses douleurs, Sans plus dire une parole; Son esprit ne refléchit plus Sur les maux les plus aigus.
L'Enfant âgé de sept ans, Flatte un jour sa bonne mère, Et demande ingénument, Qui, de grace, est mon chèr Père
Vous m’ordonnez qu’en tout tems, Je l’aime et je le révère ; Le moyen que j’en fasse cas, Si je ne le connois pas ?
Ah! mon fils, que dites-vous, Répond la mère éplorée ?
Votre Père mon Epoux, Habite au Ciel Empirée:
Il est pourtant avec nous, Il nous garde, il nous récrée :
C’est en lui que nous nous mouvons, Que nous sommes et vivons.
Dans le temps qu’elle l’instruit Sur notre sainte créance, Une fièvre la détruit, Elle tombe en défaillance ; Benony fait un'tel bruit, Voyant que la mort s’avance,
Qu’à ses cris la mère revient, Le console et l’entretrent.
Adieu, lui dit-elle, adieu, Pendant qu’il crie et qu’il pleure ; Je rends graces à mon Dieu,
S’il veut qu’à présent je meure ;
Enterrez-moi dans ce lieu Qui m’a servi de demeure ;
Et si Dieu veut vous y laisser, Souffrez-y sans vous lasser
S’il vous appelle au Château, Allez-y, soyer-y $ Sifroi verra son tableau Aux traits de votre visage ;
Le plus délicat pinceau N'en feroit pas mieux l’image ;' Soyez sûr qu'il vous connoîtra Dès qu’il vous appercevra.
Lorsqu'elle croyoit mourir; Deux pures intelligences, Soudain la viennent guérir De toutes ses défaillances;
Sa belle ame a beau s’offrir A de nouvelles souflrances ;
Le Seigneur veut qu’au premier jour.
Elle paroisse à la Cour.
En ce tems on va brûler.
La Sorcière détestable..
Et son cœur ne peut:céler- Son forfait abominable ;
Elle dit sans chanceler, Je me confesse-coupable De la mort.et des maux divers Que Geneviève a sonfferts,
Le Comte ici plus prudent,.
Ayant appris ce mystère, ‘ Rappelle son Intendant, Dissimulant sa colère ; Il commande cependant, Que ce monstre sanguinaire Soit jetté dans une prison, Pour sa noire trahison.
C’est par un juste-retour Que Gole est saisi de crainte, Au fond de la même Tour
Où fut autrefoisla Sainte ;
Grands et petits de la Cour Sont joyeux de sa contrainte, Sans Ag au à daigne dire un mot Pour le tirer du cachot.
Sifroi pour faire un banquet À tous ceux du parentage, Va chasser dans 1" forêt, Suivi d’un grand équipage :.
Et la Biche dont le lait.
Nourrit son fils au bocage, Le conduit vers le saint rocher Que Dieu ne veut plus cacher.
Il découvre un.antre affreux.
Au fond duquel il discerne Un corps couvert de cheveux, Qui se cache et se prosterne ; Bien qu’il soit fort courageux.
Il craint devant la caverne, Incertain s’il avancera, Ou s’il s’en retournera;
La Sainte lui dit alors, En baissant toujours la vûe ::
Monsieur tenez-vous dehors, Car je suis tout-à-fait nue:
J’avois fait tous mes efforts" Pour n’être jamais connue :
Mais je vois'que le Saint des Saints À sur moi d’autres desseins. .
Ce grand Dieu plein ‘de bonté À fait que ma chevelure Garrantit ma nudité Dans cettesombre demeure :.
Jettez-moi par charité, Un manteau, je vous conjure, Pour pouvoir répondre à loisir À votre pieux désir.
Tous deux restent ébahis ; Sifroi lui dit lors, ma mie, Dites-moi votre Pays,
Et votre nom, je vous prie :
O que je me réjouis D'être en votre pt y Nonobstant monindignité, Dites-moi la vérité,
Monsieur, je suis de Brabant; D'une maison renommée ; Mon cher Epoux est un grand, Quüi de Martel suit l'armée :
Son déloyal Intendant.
Après m'avoir diffamée, Ordouna, pourse mieux venger; Que l’on me fit égorger.
J'ai vû sept frs la saïson.
Dont la froidure «st extrêrne,.
Seule avec mon enfançon Que j'aime plus que-moi-même..
Geneviève me nom Que je reçu au Baptème ; Le Seigneur m'a fait triompher- Des puissances de l'Enfer.
À'ces mots notre Chasseut Reconnoïissant la Comtesse,
Et tressaillant dans son cœur Lui saute au col d'allépresse ;
Geneviève avec candeur:
Lui témoigne sa tendresse, Et sur le champ.son entretien Ne tend qu’au souverain bien...
Ab! ma fille, dit Sifroi,
Je t'ai fait un tort insigne ;
De grace, pardonne moi,
Bien que je n’en sois pas digne ;:
Chaste épouse, hâte toi,
De me donner quelque signe
Que ton cœur tout doux et tout bom
M'accorde un entier pardon.
Vivez en paix, cher é im
Et ne craignez aucun blime H
Dieu qui dispose de nous,
À conduit seul cette trame ; Le Ciel s’est servit de vous.
Pour sanctifier mon âme :
Oublions ce que j’ai souffert,.
Nuit et jour dans ce désert.
Sifroi déjà fort content,.
Sent sa douleur adoucie, Et demande en. sanglottant,, Si son cher fils est en vie, Ah! dit-il, mon pauvre enfant,, Pardonne à ma barbarie, Mais, helas ! qu’es-tu devenu 2:
Je ne t'ai pas reconnu.
À peine at-il dit ce mot, Qu'il voit parmi les épines, Son fils chargé d’un fagot, De fougère et de racines ;.
Ses deux yeux sont aussi-tôt
Deux sources d’eau cristalline,
Et les cris qu’ils poussent tous trois, Font retentir tout le bois,
Geneviève offre des vœux Pour les oiseaux du bocage; Pour son antreténébreux,
Pour chaque anrmalsauvage ;
Puis ayant À congé d'eux, Elle quitte l'Hermitage, Désirant que le Dieu de paix Les bénisse pour jamais.
À mesure qu’elle part; Le désert perd sa lumière, Les oiseaux de-toute part, | Se À ha ri en leur manière :
e T'ygre-et le Léopard, Sont en deuil dans leur tanière; On ne voit plus dans la gaité, Que la Biche à son côté.
Le Palatin triomphant, Mêne au château sa conquête ; La Comtesse et son Enfant, Sont dans une paix parfüite ; Hormis Finfîme Intendant, Tout le monde est de la fête, Et l’on voit, pendant plusieurs jours, Un admirable concours.
O que le Seigneur est bon, Quand on l’aime avec tendresse; Et qu’on commet son renom. Perm À la divine sagesse ! is Me «
En égorgeant un poisson, La bague de la Comtesse; | Qui flottoit dans le fond de l’eau, Brille partout le Château.
La nuit cède à la clarté ; Le Soleil sort de la nue :.
Chacun voit la vérité, L’innocence est reconnue :
On entend de tout côté Que salut et bien venue :
Ées sanglots, les pleurs, les soupirs, Sc changent en doux plaisirs.
Golo sort. de la prison Pour recevoir sa sentence, Desespérant du pardon, Il n’attend que la potence :
Honteux de sa trahison, Son cœur tombe en défaillance ; Et Sifroi prononce d’abord:
Le Juste arrêt de sa mort.
Geneviève a si bon cœur, Qu'elle veut sanver la vie, À son calomniateur, Oubliant sa perfidie ::
Mais cet insigne imposteur Laconjure et la supplie De vouloir le laisser mourir, Sans daignerle secourir.
Ab! dit-il, irritez-vous, Bien loin de m'être indulgente, Permettez que votre époux Me confonde et me:tourmente:::
Je déclare devant tous:
Que vous êtes innocente,.
Et que j'ai cent fois attenté:
Sur votre pudicité,
Quatre Bœuf sont accouplés:
Rour servir à son me ; Ses membres écartelés, Mettent fin à sa malice ; Chacun dit, dans le Palais, Que la. Divine jnstice, À bon droit punit l’attentat De ce domestique ingrat.
Lorsqu’on: vouloit bien: traiter La Princesse vénérable,
El ne falloit présenter:
Que des racines à table :
Rien ne pouvait s'apprêter:
Qui ne lui fut dommageable ;:
Elle ne trouvoit rien de bon,
Ni pain, ni chair, ni poisson.
Sifroi, ne vous vantez pas, De votre réjouissance ;
Vous direz bien-tôt. hélas !
Dans l'excès de la souffrance ::
Je vois proche du trépas,.
LE a M go :
out le Ciel pour. der:
Ea convie à er sm
C’est la. Mère du Sauveur, E’incomparable Marie, Qui laremplit de ferveur, Et l'appelle à la patrie ;
‘Geneviève à ce bonheur 1 un douxttransport s’écrie ; Tirez-moi, Marie, après vous, Pour m’unir à mon époux.
à us instruit son a
‘Sur l’unique et geandeaflaire ;
A près qu’elle l’a béni,
Elle en charge son cher père ; Le Comte eat si fort u: :
à la lie ple solitaire, u’il la pleure et se tient auprès,
Jusqu’à son heureux décès.
Sentant approcher sa :
Elle prend le Viatique, ga Ayant fait au Palau Un discours tout Angelique.
L’excès de l’amour divin, Par un sommeil extatique, Fait voler sa belle ame aux Cieux, Et rend son «corps lumineux.
Sifroi souffre mille mort,
Dès que la Comtesse est moïte ; Son dar fils endure alors, Un tourment de même sorte ;
La Biche suit ke saint corps, Quelque part qu’on le transporte, Et pour mieux témoigner son deuil, Elle expire à son cercueil.
Six mois s’étant écoulés, Un Hernite vénérable, Se présentant au Palais, Sifroi le fait mettre à table ;
Dès qu'ils se sont acquaintés, Notre Prince inconsolable, Lui fait part, en fondant'en pleurs, Du sujet de ses douleurs,
Ce prudent Religieux Compatit à son martyre, IL a les larmes aux yeux, I] s’attendrit, ilsoupire ; Et puis d’un air sérieux, Il commence par lui dire, Cher Seigner, c’est trop lamenter, Cessez de vous tourmenter.
À quoi pensez-vous, sifroi, Lui dit-il sans flatterie ?
Croyez-vous pas que la foi, :
Nous promet une autre vie ?
Je vous prie, écoutez-moi, Fn souffrant que je vous die :
Qu'il est tems que tous vos regrets Cèdent aux divins décrets.
. Vous pleurezmal à propos Le bonheur de votre femme ; Elle jouit du repos ;
Dieu la possède et l’enflamme :
Contentez-vous de ses os ; *
Laissez au Ciel sa belle ame,
Et pensez serieusement
À vivre plus saintement.
Après ce doux entretien, Sif. oi fidèle à la grace, Pense à quitter tout son bien, Un jour qu’il est à la chasse ;
Son cœur netenant à rien, Un Cerf craintif qu’il pourchasse, Le conduit à l’antre sacré, Où la sainte a tant pleuré.
Dieu pour le rendre parfait, Au milieu d’un vert bocage, Lui donne un puissant attrait ; D'y bâtir un Hermitage :
ifroi consulte en secret, Hydulphe saint personnage; Le Prélat secondant ses vœux, Allez, dit-il, je le veux.
Il construit sans différer Une Eglise magnifique; Puis il y fait transférer Les os densun doux Cantique, Et pour mieux lesrévérer
Dans l’étai hérémitique, Il résolut d’aller dire adieu À tout ce qui n’est pas Dieu.
Jésus détache sa main, De la Croix miraculeuse Que reçut d’un Seraphin La Princesse glorieuse 3 Il bénit le Palatin, :
Et, d’une œillade amoureuse, Il remplit eout d’un coup son cœur, D'une céleste liqueur.
Pour l’amour du Crucifix, Sifroi veut charger son frère, De ses biens, de son cher fils, Et se rendresolitaire :