LE MAUVAIS RICHE
Sun l'Air : Jésus plein d'amour extrême.
ENEZ ouir avec crainte, La Complainte D'un Richard infortuné; N'ayant aimé que la pompe ui nous trompe, Par sa faute il s’est damné.
one Vierge des Rois; >
on choix.
res exemples, avertir.
r extrême.
Ecoutons parler Lazare Qui déclare Ses dculeurs à des valets !
Gravons bien dans la mémoire, Cette Histoi Afin de sonffrir en paix.
Lazane.
Serviteur d’un riche Maître, Fais paroître, Quelque pitié pour ma faim ; Et vas dire à cet avare, Que Lazare Lui demande un peu de pain.
Les seules miettes qu'on roule, Et qu'on foule, Suffiroit à mon besoin ; Je ne cherche pas à faire Bonne chère ; Le Seigneur m’en est témoin.
Remarquez mes meurtrissures, Mes blessures, Et ma grande pauvreté ; Il ne se trouve personne, Qui me donne, Un denier par charité.
Ayant bien vû mes misères, Mes ulcères Et mes maux très douloureux, Allez voir si votre Maitre Voudroit être ” Le soûtien d’un malheureux.
Les SERVITEURS.
Notre Maitre est si sévère ; Si colère, Qu'on n’ose pas l’aborder ; Lorsqu'il voit faire la quête, Il tempête, Et ne veut rien accorder,
11 fait un Dieu de son ventre ; Son vrai centre C’est d’être dans le festin ; Son habit et sa parure, À toute heure, C’est la pourpre et le fin lin.
Ce glouton insatiable, N'est affable Que par fois au Cuisinier ; Mais il est toujours horrible Et terrible, Aux pauvres pour un denier,
-Nous allons pourtant lui dire Ton martyre, Ta faim, tes nécessités ; Prie Dieu qu’il nous écoute, Car sans doute, Nous en serons rebutés.
Les SERVITEURS A LEUR MaiTRe,
Monseigneur, souffrez de grâce Qu'on vous fasse Le récit d’un pauvre gueux ; Il gémit à votre rue, Tête nue, Accablé de maux affreux.
DE MARSEÏLLES,
Ce qui se pert sous la table, Est capable De le garder de périr ; Nous vous supplions, cher Maitre, De permettre Que nous l’allions secourir,
Le Mauvais Ricue.
Ne parlez pas d'avantage, Car ma rage Commence de prendre feu :
Que ce vilain pauvre endure, Ou qu'il meure, Cela m'importe fort peu.
Par trop de miséricorde, On accorde De grands biens à l’indigent ; Je ne veux pas qu’on raisonne Sur l’aumône, , L Je sçais user de l’argent.
Si ce pauvre est à ma porte, Qu'on l'emporte, Et qu’on l’en chasse bien loin, Je défends, surtoute chose, Qu'aucun n’ose, Examiner son besoin.
Que si j'entends qu'il résiste, Et persiste Sans cesse à lamenter ; Par mes chiens faites le mordre, .
C’est mon ordre, .
S'il vient ma porte infecter.
REerFLexIOoN.
Admirons cette merveille Sans pareille, Les chiens ne lui font point mal ; Au contraire ils le dessèchent, Ils le lèchent Malgré ce Riche brutal.
C’est la souffrance pénible, Mais paisible De Lazare dans la faim ; Et c’est la vie animale Et brutale De ce Richard inhumain.
Voyons la fin consolante Et brillante De Lazare couronné ; Voyons la fin malheureuse, Très affreuse, Du mauvais Riche damné.
Le Mauvais Rice.
Abrabam, je desespère, h! bon Père, Allège un peu mon fardeau ; La faveur que je demande, N'est pas grande, Ce n’est qu’une goute d’eau.
Si je fus envers Lazare Trcp avare, - Ne le sois pas envers moi ; Considèré mes souffrances Et mes transes, Dans ce lieu rempli d’effroi.
J’enrage dans ces abimes, Pour les crimes Que sans cesse j’ai commis ; Je maudis & Ciel & Terre ; Père & Mèré, Mes Parens & mes amis.
Je laisse la Mer entière:
La Rivière, La Fontaine & ie Ruisseau ; Pourvû que Lazare m'aide :
on remède C’est son doigt trempé dans l’eau.
ABRAHAM
Souviens-toi que ce Lazare, Homme rare, À ta porte n’avoit rien, Lorsque tes mains inhumaines.
Etoient pleines De toute sorte de bien.
Il est juste que l’on donne La couronne A ce pauvre rebuté ; Il est juste que tu souffres, Vans ces gouffres, Une extrême pauvreté.
Lazare souffroit des peines Et des gênes Qu'on ne sçauroit concevoir ; Lorsque peïmi.les délices Et les vices, Tu manquois à ton devoir.
Maintenant Dieu récompense Sa souffrance, Et tont ce qu’il eut d’amer :
Tandis qu’un feu de bitume e consume - Sans jamais te consumer.
L’abime qui te sépare Du Lazare, L'’empêche d’aller vers toi ; C’est vainement que tu cries, Que tu pries ; Ne t’adresse plus à moi.
Le Ricnaro.
Fais 4u moins dire à mes frères Les misères Lt les maux de ces bas lieux.
Je crains beaucoup leur venue, - Et leur vue Fais qu’ils aillent droit aux cieux.
ABRAHAM
Tes cinq frères ont Moïse, C’est sottise De les aller avertir ; Es ont aussi les prophètes, Grands trompettes, S'ils veulent se convertir.
Le Ricxarp.
Je ne crois pas qu’ils s’y rendent, Ni prétendent
De quitter leurs vains trésors :
Pour ‘toucher leur ame dure
ères
ieUXe
endent,
Sur l’usure, Il leur faut quelqu’un des morts.
ABRAHAM
S'ils ne foulent leurs pistoles, Aux paroles De ces grands hommes de bien :
Encor qu’un mort ressuscite, Sa visite Ne leur servira de rien, Le Ricnano.
Mais enfin cette torture . Que j’endure, Ne doit-elle point finir ?
Pour quel temps, par ce supplice, La Justice Prétend-elle me punir ?
ABRAHAM
Tu n’as point quitté l'envie Dans la vie, De ta noire iniqnité :
J1 faut donc que tu subisses , Ces supplices, Pour toute une éternité.
REFLEx10N.
Qui que tu sois qui m’écoutes, rens les routes Qui conduisent à bon port ; Ce glouton vient de t’apprendre Qu'il faut rendre
Un grand compte après la mort.
Fuis de ce Richard le vice D'avarice, ?
Donne aux Pauvres largement ; Fuis les excès de la bouche, Et ne touche
À tes mets que sobrement,
Fais grand cas detes misères Salutaires, Ainsi que Lazare a fait ; Et supporte avec constanre 'a souffrarce, Situ veux être parfait.