‹ Cantiques de Marseilles accommodés à des airs vulgaires [microforme]Chapitre 68 sur 88 · DE L'ENFANT PRODIGUE · texte numérisé non relu

DE L'ENFANT PRODIGUE

Surl’Air: Un jour le Berger Tircis, &c.

Le PRODIGUE DEBAUCHE’.

" : E suis enfin résolu

D'être en mes mœurs absolu ; Donnez-moi vite, mon Père, Ce qui revient à ma part ; Vous aurez mon autre frère, Consentez à mon départ.

Le PERE

Pourquoi veux-tu, mon Enfant, Faire ce que Dieu défend ?

Veux-tu désoler mon ame,

Nos parens et nos Amis ?

Je serois digne de blême, Si je te l’avois permis,

DE MARSEILI.ES.

Le. ProniGue.

Je veux, en dépit de tous, M'éloigner d’auprès de vous ; Envain vous faites la guerre À ma propre volonté ;

Je ne crains ni Ciel ni terre ; Je veux vivre en liberté,

Le PERE.

Mais; hélas! quelle raison Te fait quiter la maison ?

Ne te suis-je pas bon Père ?

De quoi te plains-tu de moi ?

Et qu'est-ce que je puis faire, Que je ne fasse pour toi ?

Le Proniaue.

Vous me traitez en barbet, Et je veux vivre en cadet; Vous condamnez à toute heure, Le moindre déréglement ;

Je vais changer de demeure, Sans retarder un moment.

Le Pere,

Adieu donc, cœur obstiné ; Adieu pauvre infortuné, Ton égarement me tue :

, Q » , Q J’en suis accablé d’ennuis; Je vois ton ame perdue,

Et ne sçais plus où j'en suis.

Le PRoODIGUE.

Venez à moi, libertins; Prenez part à mes festins, Venez à moi, chers lubriques, Consumons nos courts momens Dans des infâmes pratiques Des plus noirs débordemens.

Pensons à boire, à manger Dans ce pays étranger ; Je n’ai plus de peur d’un Père Qui me suive pas à pas ; Songeons à nous satisfaire Dans l’ordure & les ébats.

Contentons tous nos désirs, En nageant dans nos plaisirs ; Et vivons de cette sorte Tant que l’argent durera ; Nous irons de porte en porte Sitôt qu’il nous manquera.

REFLEXION

Pécheur, remarque en ce lieu Le tort que tu fais à Dieu:

Tu t’enfuis de sa présence, Afin de boire à longs traits Le venin de ton offense, En dépit de ses attraits,

Sa clémence, jour et nuit, T'e recherche et te poursuit !

Son cœur ne veut pas ta perte, C'est toi-même qui la veux ; Car sa grace t’est offerte,

Mais tu dédaignes ses vœux.

DE MARSEÏILEES.

Tu crois ton Juge bien loin, Et tu l'as pour ton témoin ; Sa Justice met en nombre Toutes tes méchancetés ; Malgré la nuit la plus sombre, Il voit tes impuretés.

Le PRODIGUE PENITENT.

Ô le triste changement, Après un train si charmant !

Je ne vois plus à ma suite Ceux qui me faisoient la cour ;.

Tout le monde a pris la fuite ; Pas un n'use de retour.

Je me trouve sans appui; Dans la honte et dans l’ennui; Ma conduite toute impure M'a mis au rang des pourceaux,.

Il est juste quej’endure Autour de ces animaux.

Je rougis de mes forfaits Et des crimes que j'ai faits :

Je fonds en pleurs, je soupire, Je sens de cuisans remords ; Je souffre un cruel martyre De cœur, d’esprit et de corps.

Je meurs même ici de faim, Faute d'un morceau de pain ; Tandis que chez mon bon Père Où jamais rien ne défaut,

Le plus chétif mercenaire En a plus qu’il ne lui faut,

Je voudrois bien me nourrir Des fruits qu’on laisse pourrir ; Je voudrois bien sous ce chêne, Les écorces dea pourceaux ; Mais j'ai merité la peine Qu'’attirent les bons morceaux.

Je veux pourtant me lever Pour penser à me sauver; Il est tems que je détourne Mon cœur > l'iniquité :

Et qu’enfin je m’en retourne Vers celui que j'ai quitté,

REFLEXION

Voici, Pécheur, les effets De tes horribles forfaits ; Tu n’as plus rien dans le monde ; Le péché t'a tout ôté, Et ton ame n'est féconde Qu'en misère & pauvreté.

T'’étant séparé de Dieu, Sa grace t’a dit adieu : Toutes tes œuvres sont mortes; Le Démon te tient aux fers :

Tu n’es qu’à deux doigts des portes Dela prison des Enfers.

Lève-toi donc promptemernt ; Pense à vivre saintement.

Retourne au Père Céleste Qui t'attend à bras ouverts ; Sors de ton état funeste,

Es fuis les bommes pervers.

Le PRODIGUE DE RETOUR CHEZ SON PERE,

Voici, cher Père à genoux Un fils indigne de vous, Si vous daignez me permettre ” D'’entrer dans votre Palais, Ce me sera trop que d’être Comme l’un de vos valets.

J'ai péché contre les Cieux ; Je n’ose y lever les yeux.

J’ai péché contre vous-même; Je crains de vous regarder, Ma douleur en est extrême ; Je suis prèt à m’amander.

Je me soûmets de bon cœur À votre juste rigueur; Je ne veux plus vous déplaire; Oubliez ce que je fis :

Vous êtes encor le Père, De ce misérable fils.

Le Pere.

nde ;

Cher enfant, embrasse-moi :

Je brûle d'amour pour toi.

Mes entrailles sont émuës, Et de joye et de pitié; Par ton retour tu remuës Tout ce que j'ai d'amitié. - 4

Laquais, cherchez des souliers, Et les mettez à ses pieds ; Prenez à ma Garderobe Une bague pour son doigt .

Avec sa première robe, Puis qu'il revient cet nur

Qu'on prépare le veau gras ; J'ai mon fils entre mes bras.

Il avoit perdu la vie, Mais il est ressuscité.

Chers amis, je vous convie À cette solemnité.

( H £ RErFLExION. l D

C’est ainsi que le Seigneur:

Reçoit le pauvre pécheur ; Il l'embrasse, il le console, C Il l'aime plus que jamais, E Et d’une simple parole L Il remplit tous ses souhaits. P Q

Fais donc, pécheur, par amour.

Vers Dieu ce parfait retour ; Tu recouvreras la grâce Et les dons du Saint Esprit ;- L'ennemi rendra la place De ton cœur à Jésus-Christ,

Tes mérites suspendus, Te serant soudain rendus, Ta paix en sera parfaite ; La terre t’èn bénira ; Tout le Ciel en fera fête Et l'Enfer en rougira..

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