ET LES NOËLS POPULAIRES II
On chantait autrefois, dans l'ancienne et dans la nouvelle France, des noëls nationaux, des noëls politiques, des noëls badins, à côté d«s noëls religieux. Ceux-ci se divisaient en deux classes : les uns se faisaient entendre dans les églises, et ne s'écartaient guère des données du Nouveau-Testament ; les autres se chantaient au foyer domestique et la fantaisie y avait une plus large place.
Le noël suivant semble appartenir à cette dernière catégorie :
—D'où viens-tu, bergère, D'où viens-tu ?
—Je viens de l’étable, De m'y promener ;
—Rien de plus, bergère, Rien de plus ?
—S$aint’Marie, sa mère, Lui donnant du lait,
J'ai vu un miracle
Saint Joseph, son père Qui vient d'arriver,
Qui tremble de froid.
—Qu'as-tu vu, bergère, Qu'as-tu vu ?
—J'ai vu, dans la crèche, Un petit enfant,
Sur la paille fraiche Mis bien tendrement,.
- Rien de plus, bergère, Rien de plus ?
—Ya le bœuf et l'âne Qui sont par devant, Avec leur haleine Réchauffent l'enfant.
—Rien de plus, bergère, Rien de plus ?
—Ya trois petits anges Descendus du ciel, Chantant les louanges Du Père éternel,
Ce noël est bien connu dans les familles canadiennes. Les petits enfants ainent son joli air, simple et doux. Le dialogue qui se poursuit de couplet en couplet les intéresse, et leur imagination s'exalte au récit de ce Dieu qu'adorent les grands parents comme les petits enfants, ce Dieu qui a tout fait, —tout : le beau ciel étoilé, le grand fleuve, la haute montagne couverte de neige, et qui cependant veut naître pour nous dans uae étable Le bœuf, dont, ordinairement, ils n'osent pas trop approcher, et l'âne, qu'ils ne connaissent que de nom, sont deux personnages qui, à leurs yeux, embellissent singulièrement le tableau.
Un auteur qui n'a pas touiours été aussi bien inspiré, Michelet, a écrit excellemment, à propos des noëls populaires :
“...1l y avait alors dans l'Eglise un merveilleux génie dramatique,