CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
La guerre est un art fondé sur l’observation et l’expérience, mais plus ou moins imparfait : nous employons ce terme parce que les opérations de la guerre, si bien combinées qu’elles soient, restent sujettes à des hasards et accidents imprévus qui empêchent l’art d’être parfait, quelle que soit la grandeur du génie, * du savoir et de la valeur des hommes qui l’exercent.
L'art de la guerre se développa, avança, recula, resta stationnaire, passa par différentes phases suivant la rudesse, la barbarie, l'illustration, le caractère, le climat et les préventions des divers peuples : mAis il n’a jamais cessé d’être sujot à des règles, à des principes qui tendent tous vers le grand but de la guerre : faire le maximumde dommages, en recevoir le minwium. A certaines époques, chez certaines nations, cet art n’a guère été autre chose que l’expression d’une férocité aidée par des armes plus ou moins meurtrières. De nos jours, il se sert pour quelques-unes de ses branches, des connaissances et des théories les plus compliquées de la science.
Ce qui distingue l'art de la guerre de presque tous les autres, c’est qu’il est assujetti à des principes, les uns fixes et constants, les autres dépendant de circonstances, de combinaisons, d’accidents qui peuvent varier à l'infini. Dans cet art se combinent le physique et le moral, le certain et le probable, le calcul et la conjecture : la meilleure combinaison en est souvent détruite par la chose la plus triviale, et qu’il n’est pas donné à la prudence humaine d’éviter. Aussi, pour bien pratiquer l’art de la guerre, surtout dans un certain rang, il faut être doué d’une grande sagacité, d’un grand esprit d’observation, d’un œil vif et perçant, et d’une vivacité d’esprit capable de profiler des événements imprévus.
La guerre est un théâtre de périls : on ne les surmonte pas sans valeur. Klle se fait de nombre à nombre: il est nécessaire que l’action des individus qui forment chaque groupe d’adversaires, soit mutuellement enlacée pour qu’il n’en résulte aucune confusion, et que les diverses parties ■ de celte machinesoienl assujetties à un ressort prinèipal qui sera la discipline, l'uisque la guerre est un art, il faut que ceux qui combattent le connaissent : cela conduit à lafacfiijiic. Les trois mots valeur, discipline et lactique réunissent en eux tout ce que l’on peut appeler art de la guerre.
Quelle est la meilleure valeur, c’est-à-dire la plus utile? Celle qui réunit la plus grande bravoure à la plus complète connaissance du danger. Quelle est la meilleure discipline? Celle qui établit les lifcns ies plus étroits, l’obéissance la plus soumise de l’inférieur au supérieur. Quelle est la meilleure tactique ? Celle qui procure les meilleures armes et le meilleur maniement de ces armes : celle qui prescrit aux individus d’une armée la meilleure position relative, et qui produit les mouvements les plus faciles, les plus sûrs et les
jilun prompls, suivant les divers événements et circonslances qui se présentent à la guerre.
La valeur se développe et se fortiiié avec l’exemple, avec l’habit, avec la force des institutions, avec une infinité de stimulants de l’ordre physique et moral, qui font courir aux périls avec enthousiasmée et même avec férocité; la discipline se développe au nioyeh des lois, et surtout de l’influence morale qu’exerce la supériorité du savoir, de la valeur et de l’expérience. La tactique, qui est la partie matérielle de l'art, a varié suivant les époques et les nations : se basant sur le régulier développement des autres branches du savoir humain, eiiea été successivement grossière, passable, excellente, d’après l’état de civilisation et le caractère plus ou moins belliqueux des peuples.
Quel est le meilleur capitaine? Celui qui sait inspirer à ses troupes la plus grande valeur : celui qui assure le mieux les bases d'une bonne discipline, en donnant la préférence aux moyens moraux sur les moyens physiques; celui qui sait lé mieux proliler des ressources et des combinaisons que lui offre la tactique usitée de son temps et dans son pays, et qui parvient à la réformer et à l’améliorer, ou qui est assez habile pour adopter les améliorations proposées par d’autres.
Toutefois cela ne suffit pas pour que ce capitaine mérite le litre de distingué. La science du général ou la stratégie ■l'est pas renfermée dans un écrit. Elle comprend, outre la tactique proprement dite, l'histoire, la géographie, la politique, le maniement de toute espèce d’affaires administratives, une profonde connaissance des choses et des hommes, une grande valeur personnelle, une imagination féconde en prompts expédients, un esprit calculateur, une tète froide au milieu du danger, le don difficile du corn-
mandement, toutes les ressources nécessaires pour courber les esprits sous l’ascendant de son génie.
11 résulte do ces notions si simples que tous les pays durent produire de grands capitaines, quelque différents que fussent les éléments matériels qu’ils pussent employer et qu’employèrent en effet les uns et les autres. Les anciens ne connaissaient pas notre artillerie : nous n’employons ni leurs machines île guerre ni leurs armes défensives : la tactique ou la disposition des troupes et les moyens de combattre doivent donc être très-différents. Mais le génie des grandes choses, ainsi que la valeur et la discipline, sans lesquels il n’y a pas de guerriers, sont de tous les temps et de tous les pays.
Si les temps modernes se glorifient d’avoir produit d’illustres capitaines, les temps anciens ne sont pas moins féconds qu’eux. De que! côté donner la préférence ?Quel fut le plus grand homme de guerre, de Napoléon ou de César, d’Annibalou de Frédéric, de Fa rnèse ou de Scipion? Question inutile ! Qui osera la résoudre? Ce ne sera pas nous, qui n’écrivons point cet article pour établir des titres de supériorité, mais dans le but d’indiquer les différences importantes des circonstances, tant physiques que morales, au milieu desquelles vécurent les uns et les autres.
En parlant des anciens, nous entendons seulement les Grecs et Macédoniens en leurs jours de gloire, et surtout les Romains dont l'histoire militaire surpasse en gloire durable et en éclat celle des autres nations. Les guerres des autres peuples ne nous sont pas assez connues, ni leur tactique, ni leurs armes, ni leurs moyens de combattre, pour que nous ayons des notions exactes sur ce qu’était chez eux l’art de la guerre.
La tactique des anciens était plus simple que la nôtre :
anciens et modernes.
cela tient à la différence des armes. Les armes de jet dont ils se servaient, avaient très-peu de portée, et ne formaient pas la base principale de leurs armées. Les frondeurs et les archers appartenaient chez les Romains aux troupes auxiliaires qui combattaient comme mercenaires. Les ventes avançaient armés de six ou sept dards pour les lancer de loin : débarrassé d’eux, lecorpsdeslégionnaires n’en combattait que mieux. Leurs armes consistaient en un grand dard ou pilam qu’ils lançaient de très-près, et surtout dans la terrible épée (1) à laquelle rien ne résistait. La phalange avait pour arme principale et pour seule arme la longue lance ou sarisse : les armés à la légère allaient en troupes qui préludaient au combat. '
Les troupes combattaient corps à corps : les lignes se touchaient. L’action ainsi engagée, les manœuvres devaient être fort minimes. La valeur, la force personnelle, les meilleures armes, la plus grande habileté à les manier, décidaient de l’issue des combats : les chefs et les officiers combattaient comme les soldats : on ne pouvait être militaire sans une grande vigueur, sans une grande adresse dans l’emploi des armes.
De nos jours l’infanterie, qui est la base principale des armées, pour profiter de la grande portée des armes de jet.
(1) Polybe (I. VI) dit que les Romains portaient l’épée sur la cuisse droite. Mais le savant auteur du Voyage du jeune Anacharsis est d’avis qu’un général romain peut être représenté, si on le suppose dans une situation tranquille, avec l’épée sur la cuisse gauche. Voyez les UEuvres diverses de J.-J. Barthélemy, Paris, 1828, chez Dabo jeune, in-8", t. il, Lettre à un artiste, p. 312 cl suiv.
(Note du traducteur.)
manœuvre beaucoup durant les batailles. De cesmanœu* vres, plus ou moins sagement combinées, dépend maintes fois la victoire. L’avancement ou le déploiement à temps d’une colonne, une marche de flanc favorable, le bon choix de
l’emplacement d’une batterie, l’occupation d’une hauteur
d'où Ton puisse tirer sur des corpsqui n’ont pas prévu ce mouvement, suffisent souvent pour faire gagner ou perdre une bataille. ISous ne voulons pas dire par là que les anciens n’exécutassent pas de mouvements pendant la mêlée : mais ils ne pouvaient manœuvrer a ussêfàçjlement que nous, ni imposer à un ennemi d’aussi foin, en abattant des colonnes entières avec une arme aussi terrible que notre artillerie Chez les anciens l’action des.généraux pendant la bataille devait donc être moindre que de nos jouis. Les généraux de l’antiquité pouvaient combattre de leur personne, tandis que les généraux modernes doivent se consacrer à diriger, à examiner d’un œil pénétrant le jeu des diverses parties qui agissent ensemble, à changer rapidement un plan rendu inutile par un mouvement inattendu des ennemis, à prescrire des manœuvres suivant qu’elles présenteront des chances de réussite, à avancer, à rétrograder, à déployer, à marcher de front et de flanc. Qui pourrait écrire le manuel des batailles livrées par les grandes armées modernes? L’arme du général qui les dirige est dans son esprit, dans sa vue pénétrante, dans la vivacité de son imagination, mais nullement dans ses bras. Combattre de sa personne serait de sa part une faute impardonnable. Seulement dans les cas critiques, pour donner un grand exemple de valeur, pour imprimer une nouvelle impulsion d’intrépidité, il se précipite au plus fort de l’action, saisit un drapeau et court vers les files ennemies. Le tact consiste à frapper en
temps opportun ces coups qui émeuvent si puissamment l'imagination et produisent un si grand effet.
Les anciens, à cause de la nature de leurs armes, n’avaient qu’à être très-circonspects dans le choix de l’emplacement de leurs camps. Aussi dès qu’ils rencontraient du bois et de l’eau, ils déployaient leurs tentes, établissaient leur camp, et le fortifiaient à leur manière, suffisamment pour résister à un coup de main, sans avoir à craindre de points dominants, des coups d’entilade et mille autres moyens de nuire que l’art suggère aux modernes. Mais qu'il faut de précautions aujourd’hui! et que de sagacité à déployer pour qu’une armée qui prend position soit tranquille et bien assurée.
On donnait au soldat romain du blé pour quinze jours. Il se chargeait de ce blé qui n’était pas le poids le plus lourd dont ses épaules fussent chargées. Il broyait dans les camps la portion de ce blé nécessaire à sa nourriture de chaque jour : les quinze jours écoulés, on lui distribuait une nouvelle provision de blé pour le même laps de temps. Quelquefois on allongeait ce nombre de jours, sans
difficultés et sans embarras A combien d’affaires donne
lieu aujourd’hui la fabrication du pain, aliment indispensable du soldat! Que de soucis, que d’insomnies, que de temps perdu maintes fois pour se procurer cette nourriture!.. Sur combien de mouvements inllue nécessairement cette fréquence de distributions inconnue aux Romains?
Et que dire de cet énorme train de munitions que nos armées modernes traînent après elles? Les anciens les portaient au bout-de leurs épées et de leurs lances. Que dire de la masse de papiers qui accompagne nos troupes? Les anciens écrivaient fort peu : ils transmettaient leurs ordres d’une manière plus brève et plus simple. Souvent l’admi-
nistralion actuelle d’une seule compagnie produit plus de papier écrit que toute une armée romaine. La branche que nous nommons administration militaire leur était inconnue (1). L’intendant général était le questeur qui était le général en second de l'armée. Tous ceux qui entraient dans la composition de l’armée et l’avaient suivi en campagne combattaient.
La composition des armées antiques était plus simple que la nôtre. Ces machines ne possédaient pas des rouages aussi compliqués qu’aujourd’hui. Il n’y avait pas entre le général en chef et le dernier soldat autant d’autorités subalternes. Une compagnie romaine, composée d’un rang de cent hommes (2), était commandée par un centurion qui
(1) Ceci n’est pas parfaitement exact pour les Romains, surtout au temps des empereurs. J’engage le lecteur à consulter sur ce sujet un curieux ouvrage intitulé Traité de l’administration militaire des anciens Romains (principalement sous le rapport de la solde et des vivres), par Ch. -A. Sonklar de Innstadten, lieutenant et adjudant de bataillon au 20e régimeut impérial et royal de l'infanterie de ligne autrichienne (en allemand), lunspruck, 1847, io-8ü dexvt-176 pages
(Note du traducteur.)
(2) L’auteur se range ici à l’opinion du général Rogniat ( Considérations sur l’art de la guerre, 1816, p. 557), qui suppose le manipule rangé sur un seul rang, et la légion presque toujours formée en ligne pleine. Cette opinion est contraire à celle de Juste-Lipse (De militiâ romand), généralement adoptée par les commentateurs (voyez Guischardl et J. de Maizeroy). Juste- lipse suppose "chaque manipule rangé sur 10 rangs, chaque rang ayant 12 hommes du front pour les has'aires et les princes, et 6 hommes de front pour les tria ires : il suppose en outre les manipules placés eu échiquier. M. Rocquancourt
ANCIENS El MODERNES.
avail sous ses ordres immédiats un second. Nous ignorons si, outre ces deux chefs, il y avail des grades semblables à ceux de nos caporaux, sergents et officiers subalternes. On peut dire la mérita chose des autres parties élémentaires plus considérables de leur armée.
On observe la même différence dans la conduite de la partie matérielle des opérations de la guerre. L’attaque et la défense des points fortifiés devait être très-simple chez, les Romains. Il n'y avail pas sans doute besoin d’un grand savoir pour imprimer au bélier une forte impulsion, pour faire jouer la catapulte, pour construire leurs tours mobiles chargées de guerriers. Nous qui avons donné aux branches de la science un développement et une application que ne connaissaient pas les anciens, nous avons besoin de calculs assez compliqués pour bien placer une pièce d'artillerie, pour donner au projectile la plus grande portée. Pour la bonne construction de ces pièces, pour celle des ouvrages de fortification et tout ce qui concerne une
adopte la même formation inanipulaire, mais suppose les manipules formés en échelons (Cours d’art et d'hist. milit., 1831, l. i , p. Ml). Je dis à dessein suppose, parce qu'aucun historien romain n’a assez clairement expliqué l'ordre de bataille de la légion romaine pour qu’on puisse donner de nos jours sur ce sujet autre chose que des conjectures. Le meilleur système, suivant moi, est celui de Justc- Lipse, parce que, tout en prenant pour base la formation en lignes à intervalles, il permet également la formation de la légion en ligne pleine, soit en resserrant les intervalles des manipules, soit en enchâssant dans les intervalles d'une ligne les manipules d’uuc autre ligne.
( Note du traducteur.)
branche spéciale de la guerre, on a recours à la plus grande partie des sciences dites exactes.
Ces simples indications démontrent facilement que la direction et le commandement d’une armée était plus facile chez les anciens que chez les modernes (1); que les généraux de l’antiquité n’avaient pas besoin un jour de bataille du degré d’attention, de l'activité de calcul, de la
(l) C’est l'opinion de Napoléon. Je crois faire plaisir au lecteur en reproduisant en entier le passage de ses Mémoires qui la concerne. « La tâche qu'a à remplir le commandant d’une armée est plus difficile dans les armées modernes qu’elle ne l’était dans les armées anciennes : il est vrai aussi que son influence est plus efficace sur le résultat des batailles. Dans les armées anciennes, le général en chef, à 80 ou 100 toises de l'ennemi , ne courait aucun danger, et cependant il était convenablement placé pour bien diriger tous les mouvements de son armée. Dans les années modernes, un général eu chef, placé à iOO ou 600 toises, se trouve au milieu du Feu des batteries ennemies; il est fort exposé : et cependant il est déjà tellement éloigné, que plusieurs mouvements de l’ennemi lui échappent. Il n’est pas d’actions où il ne soit obligé de s'approcher à la portée des petites armes. Les armes modernes ont d'autant plus d'effet qu elles sont convenablement placées; une batterie de canon qui prolonge, domine, bat l'ennemi en écharpe, peut décider d’une victoire. Les champs de bataille modernes sont plus étendus, ce qui oblige à étudier un plus grand champ de bataille : il faut beaucoup plus d'expérience et de génie militaire pour diriger une armée moderne qu’il n’en fallait pour diriger une armée ancienne. » Mémoires de Napoléon, 5* note sur l’ouvrage intitulé Considérations sur l'art de la guerre (du général Roynial), dans le tome vi de la Bibliothèque historique et militaire, p. 363.
( Note du traducteur.)
ANCIENS ET XOUKRNKS. 17
vivacité d’imagination mêlée à la sérénité, de la pénétration de vue matérielle et intellectuelle qui sont indispensables a nos généraux pendant ce jeu terrible : que les premiers marchaient avec beaucoup plus de facilité, sans être arrêtés par tant de détails: qu’ils pouvaient acquérir le titre de bon capitaine sans le degré de savoir et d’instruction technique que doivent posséder les modernes.
Si de la partie purement physique nous passons à la parue politique et morale, les avantages seront encore plus grands. Les capitaines de l’antiquité étaient à la lois hommes d’Etat, administrateurs publics, magistrats civils, orateurs à la tribune publique, et même au Forum. Lomme tous les citoyens étaient guerriers, on ne connaissait pas ce que nous appelons profession militaire, et les memes hommes passaient par les diverses charges de la république. La même chose arrive peu à peu chez nous, mais toutelois les rangs et les classes restent plus divisés et plus marqués. Les généraux de l’antiquité devaient exercer sur ! armée l’ascendant moral qu’ils avaient coutume d’exercer mit le peuple. Une fois entrés en campagne, ils étaient absoumeiii maîtres de leurs opérations sans dépendre des ordres de personne. Les consuls romains, quand ils allaient dans leur province, étaient revêtus de tous les pouvoirs.
Ils marchaient, combattaient comme cela leur semblait le plus convenable : ils accordaient des trêves, signaient la paix, prolongeaient la guerre, imposaient des conditions ( on naieni des lois. Les causes militaires ressortaient dé eur tribunal et ils rendaient les jugements les plus sévères Surtout ils manquaient rarement de haranguer leurs troupeé dans les-lcirconstances solennelles. Ces discours que les historiens de l’antiquité mettent dans la bouche de leurs generaux, ne sont ni apocryphes ni inventés comme on le
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suppose. La plumé les aura embellis: mais cesi un lait que la harangue était alors du goût général, que l'art de manier la parole était une branche essentielle de l’éducation : que parler était chez eux chose, nécessaire, puisqu’ils vivaient en quelque sorte Sur la place publique, et qu’ils ne renonçaient pas même dans leurs discours familiers à l’apparat et à la pompe des mots que nous n’admettons que dans les grandes occasions. Ainsi leurs généraux devaient, dans la partie morale de la stratégie, être supérieurs aux généraux modernes, souvent chargés de mettre à exécution une idée politique conçue par un cabinet dont ils ne sont que les instruments ; qui marchent et combattent tandis que d’autres spéculent sur leurs mouvements; gui ignorent fn quemment le véritable motif de la guerre dont ils sont chargés, qui reçoivent maintes lois des ordres qu’ils ne comprennent pas, et qui, lorsqu’ils sont engagés au milieu ,1e leurs plans de guerre, se trouvent arrêtés par des paix signées en dehors d’eux.
Les capitaines de l’antiquité eurent donc plus de moyens que les nôtres, ou, pour nous servir d’une expression plus juste, moins d’obstacles pour parvenir à la renommée d’éminents. C’est là tout ce que l’on peut dire en traitant d’un parallèle entre les uns et les autres. Au reste, tous eurent le génie de la guerre, et surent proliler en maîtres des moyens qu’ils connaissaient; tous furent actifs, entreprenants et ambitieux, tous surent concevoir avec calme, exécuter avec ardeur, se poster habilement, marcher avec rapidité, combattre avec audace et courage : tous lurent habiles à exploiter le cœur humain (1), et à mettre en œuvre tous les instruments possibles de leurs triomphes.
(I ) Helvétius place sous ce rapport Alexandre le Grand au premier