‹ Capital et travail: Vers des temps nouveauxChapitre 21 sur 47 · LA PARTICIPATION AUX B^N^FICES · texte numérisé non relu

LA PARTICIPATION AUX B^N^FICES

celle de votre famille. Associons-nous done : installez-vous chez moi^ travaillezi et nous partagerons les r6coltes que vous aurez, vous et les v6tres, fail sortir du sol qui m'appartient avec les moyens de production que je vous aurai fournis. »

En France, ce moded'associationdu Capital etdu Travail, avec des variations dans ses modalit^s, existe pour un tiers environ des terres que leurs propri6taires n'exploitent pas eux-mSmes. Dans quelques d6partements, on ne rencontre gufere que lui, Et 1^, de gens jadis pauvres, il a fait des gens ais6s, qui n'ont plus aspir6 qu'^ Stre fermiers, comme ailleurs les fermiers n'ont aspir6 qu'^ 6tre propri6taires, et le sont devenus en grand nombre, surtout depuis la guerre, par leur travail ou par celui de leurs femmes et de leurs jeunes enfants rest6s au foyer familiaL

On reproche avec raison au fermage, contrat en vertu duquel un propri6taire c^de son bien en location k un tiers, sorte d'entrepreneur de culture, de detacher ce propri6taire de sa terre et de Tamener h se d6sint6resseT des ameliorations qu'il serait possible de lui apporter. Au metayage, il n'est pas possible d'adresser ce reproche. Le b6n6fice que retirera le propri6taire de Texploitation de son sol dependant en effet du benefice total de Tentreprise h laquelle le m^ta^er est de son cdt6 assoei6 g^n^ralement par moiti6, le propri6taire suivra forc6ment les efforts de ce dernier, Taidera de ses conseils, le surveillera et contrdlera ses operations. Lem6tayage est en somme un contrat de participation aux benefices 6tablissant entre les deux parties une communaute d'int6rdts qui entratne aussi avec lui un

rapprochement moral, une association nonseulement des forces de la production i mais de deux individus appartenant tr6s gdn^ralement k deux classes diff6rentes de la soci^t6.

On a bien dit que le m^tayagie ne convient qu'aux peuples arri6ris. Pourquoi? Estrce par hasard parce que c'est une forme d'association rurale fort ancienne? Non, 6videmment| pared que ce serait oublier qu'il y eut dans I'antiquit^ des institutions qui ne sont pas h mdpriser, mdme au point de vue social, ou avouer alors qu'^ certains dgards nous entendons ^tre en retard sur certaines coutumes des temps recul6s ; aucun contrat n'est en effet plus conforme au bon sens, h T^quitA, h rint6rftt des deux contractants. Que dans des peuplades barbares, de nos jours encore, le colon n'ait pas la moiti6 des fruits de la terre et que le propri^taire retire davantage, c'est certain. Mais cela provient de ce que chez les peuples plus ou moins arri^r^s I'exploitation du travail est demeur^e particulidrement dure, alors qu'en France, propri6taires et m6tayers se partagent presque to uj ours par moiti^ les r^coltes. Et en Italic, dans la province de Bologne, au mols de novembre dernier, des propritftaires out mdme consenti k r^duire h 35 p. 100 le quantum de leur part, en raison de Taugmentation du prix de la maind'oBUvre auquel le m6tayer faitappel. x

On a enfin pr6tendu que le metayage Mait un contrat convenant seulement aux pays pauvres ; c'est une erreur. J'ai pu appr6cier les r6sultats heureux du metayage dans un certain nombre de regions de la France qui ne sont pas pr6cis6ment des regions h sols ingrats et & cultures primitives. II y a donn6

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ety donne d'excellents r6sultats. Je Tai 6tudi6> aussi, il y a plus de trente ans, en Alg6rie, pratique dans les parties les plus fertilesde noire colonie, en pleine Metidjah, et j'ai 6i6 6nierveill6 par ce qu'il y produisait. L^ ohy exploitant lui-mdme, le propri^taire n'aurait pas retird des vignobles qu'il aurait plantds plus de 50 h 60 hectolitres par hectare, la vigne donnait 100 hectos gr4ce au in6tayer. Ainsi, tout en ne perdant pas de vue les agissements de son associ6, et I'aidant de ses conseils, le propri6taire pouvait employer h d'autres entreprises la plus grande partie de son activit6 sans voir diminuer sensiblement la rente de son sol et faisait une excellente affaire, tandis que le m6tayer qui n'avait rien au d6but parvenait en quelques ann6es, en quinze ou vingt ansy h r6unir assez d'6conomies pour acheter un bien et devenir propri6taire h son tour. Et Tintfirfet g6n6ral gagnait k cet accord entre les deux contractants.

C'est aussi, depuis des sifecles, que pour les entreprises de pSches maritimes, dans certains pays, les propri^taires des bateaux et des engins traitent ayec des pftcheurs auxquels ils abandonnent parfois, par avance, en vertu d'un contrat, la moiti6 de la pSche. Dans ce cas, le p^cheur n'a droit h aucun salaire, comme dans le metayage h moitifi fruit. Les deux parties : le capital, propri^taire des moyens de travail, de production en quelque sorte, et le travail repr6sent6 par les pftcheurs, se partagent le produit obtenu. Ici encore il n'est point question de salaire et c'est ce qui veut que le profit aille au moins pour une moiti6 k celui qui a fourni le travail. Je dis « au moins pour une moiti6 y>. Dans

certains cas, en effet, le contrat donne aux pScheurs plus de la moiti^ des poissons recueillis.

Ailleurs, cependant, le pScheur louche un salaire et en I'occurrence sa part sur le produit de la p6che est diminu6e4'autant ^ Nous sommes alors en presence du veritable contrat de participation aux benefices tel qu'il est conQu dans Tindustrie et le commerce.

Si nous voulons savoir ce qu'est la participation aux ' b6n6fices — et aussi ce qu'elle n'est pas — le mieux est encore aujourd'hui de s'en r6f6rer aux Merits de celui qui en fut le partisan le plus convaincu et le plus clairvoyant : j'ai nomm6 Charles Robert. ^

Pendant pr6s d'une trentaine d'ann6es, de 1867 jusqu'^ sa mort survenue en 1899, Charles Robert poursuivit son apostolat avec une t6nacit6, avec une foi que rien ne devait d6courager, ni Tindiff^rence, le scepticisme, voire mSme rhostilit6 d'une classe ouvri^re dont il parlait en termes 6mouvants, ni r^goisme des patrons qu'il essayait d'amener h ses id6es de bon sens, de raison et d'6quit6, ni les sarcasmes, ni Tironie des 6conomistes de TEcole lib6rale.

Dds 1869, dans une conference faite^la Sorbonne,

1. L'ad mini strati on de la Marine, disait en 1884 un rapport de ce minisiere, considere « comme desirable le maintien des bonnes coutumes de peche a la part qui, bien mieux qu'un salaire eleve, donnent du coeur au marin, stimulent sojs zdle et iui laissent I'espoir de devenir un jour, & force de courage et d'^conomie, propri^taire de quelques lots de filets, d'une barque ou d'une maison ».

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Charles Robert avsiit d6clar6 que la participation aux b6a6iices portait en elie la solution de la question sociale. D6ja, a cette 6poque, les difficult^s n6es du rapport du capital et du travail 6taient entries dans une phase aigu^. «Pourquoi, s'6criait Charles Robert, cette participation du travail et du capital vers des fins communes est-elle k Tordre du jour en France, danstoute TEurope? Pourquoi ? C'est que Tindustrie traverse une crise extrSmement grave : si elle fait fausse route, on s'arrfitera dans une impasse... L'indttstrie p6rira. EKe a besoin, en effet, pour vivre, de la collaboration franche e*; cordiale de ses innombrables ouvriers qui lui apportent leur intelligence, leurs bras, leurs forces, leurs aptitudes vari6es. » Jusqu'^lafinde savie, il demeuraiid^le h ses convictions, s'attachant dans ses conferences et dans ses 6crits k en d6montrer le bien-fond6. Ses Etudes sur La Question sociale, sur le Partage des fruits du travail, sa Biographic dun homme utile : Leclaire peintre enbdtimentSy et sa pr6face au Guide pratique pour r application de la Participation aux benefices de M. Trombert,sont de remarquables plaidoyers en faveiir de la th^se qui lui 6tait ch^re et h laquelle il s'^tait donn6 tout entier.

Pour lui, en matifere de contrat de travail, la loi de Toffre et de la demande ne devait pas 6tre la rftgle fixant le tanx de la remuneration du travail humain, et h cet esprit k la fois pratique et epris de justice 4C la pretendue » loi d*airain apparaissait dam toute sa laideur, avec toute son injustice et par suite avec ses repr6sailles. Dans toute entreprise, les travailleurs manuels ou intellectuels 6taient comma des forces engendrant par leur collaboration

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les richesses au mfiine litre que la direction de Tentreprise ou le capital ehgag6 dans celle~ci. La Concorde de ces trois facteurs 6ta'nt indispensable pour qu'il y e£it production et b6n6Hces, ^ chacun de ces trois concours « peut et doit 6tre l^gitioiement attribute une part de b^n^fices » . Et ^ celix qui pr6tendaient que le b6n6(ice doit revenir tout entier aa capital comme h ceux qui, d6]k, affirmaient que le travail seul a droit k I'int^grit^ du produit, Charles Robert faisait constater que Tarriv^e h destination d'une voiture ne depend uniquement ni du cheval qui la tratne ni du condacteur qui la guide^ mais a la fois de TeGTort delabSteetde I'habilet^ du cocher.

Charles Robert voyait done bien dans la repartition des b6n6Qces r6alis6s dans une entreprise entre les trois elements qui avaient concouru ^lesobtenir, non pas un geste de philanthropie mais un acte de justice, la reconnaissance d'un droit naturel qui « devrait dtre le droit commun des industries prosp^res ». <c Le principe de ce droit naturel, n a-t-il ^crit, « c'esi que le profit esp6r6 d'un travail fait en commun par plusieurs personnes doit, aussi exactement que possible, se r^partir proportionnellement ^ la valeur des concours qui ont cr66 ce profits »

Certea, k r6poque oti Charles Robert raisonnait ainsi, 11 y avail plutot abondance de main-d'oeavre. On pouvait voir des ouvriers se disputant une place.

1. II m'a d'autaot plus paru D^cessaire de placer sous les yeux du lecteur ces citatioDs de Charles Robert que Ton a fort souvent pori^ sur les opinions de I'auteur de la Question sociale un jugement tout a fait erron^. M. Justin Oodart n'aurait^il pas dit ^ ud r^dacteur de la Renaissance que la participation de Charles Robert « s'inspirait d'une id^e de bienyeillance patronale »? C'est une erreur absolue, comme on le voit. — Gh. D,

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D'autre parti les syndicats, h peine nSs, n'6taient point en mesure d'empgcher l^avilissement des salaires. Eniin, c'est h peine aussi si on parlait c de mettre obligatoirement k la charge da patron le risque professionnel et une partie des primes ^verser pour 6tablir un systdme de retraites ouyridres » • La loi de I'pffre et de la demande jouait done avec tous ses effets, c cruels quelquefois » pour Touvrier, si bien qa'elle exigeait d'etre corrig6e par un partage des fruits du travail conforme k la justice naturelle. L'ouvrier « capital humain » capital vivant, appareil meryeilleux forin6 de muscles, d'os, de nerfs, de

sang, d'esprit et de yolont6 , jet6 au milieu des

engrenages, des courroies et des feux de Tusine « ou descendu dans les galeries de la mine », expose pendant toute « la dur^e du travail h des dangers permanents d'alt^ration, de deterioration accidentelle et de destruction », recevait avec son salaire k peine de quoi vivre, sans que rien sur les benefices du patronat vlnt seulement en assurer Tamortissement ou les risques comme cela est d' usage pour le capital argent, le capital machines, ou le capital maisons. II n'en est plus ainsi aujourd'hui, dira*t-on peut-dtre. Et d'abord les organisations ouvri&res veillent si bien sur le taux des salaires que ce sont elles qui le fixent, que ee sont elles qui I'imposent, so servant pour arriv^r k f^re triompher sur ce point les reven-* dioations du proletariat, comme pour la durde des heures du travail, de la menace de gr^ve. Depuis que Charles Robert a formula les principes que je viens de r^sumer, des lois sont venues rendre le patron responsable des accidents du travail et tout au moins aussi essay er de le faire contribuer pour une

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large part ^ la constitutioa d'uae retraite pour ses collaborate urs. Mais ce n'est pas surtout parce que ce sociologue songeait k la n6c6ssit6 do permettre aux travailleurs de s'assurer du pain pour I'^poque oCi ils ne pourraient plus exercer leur profession qu'il ne cessait de proclamer qu'il fallait leur accorder, en plus de leur salaire, une part des b6n6fices de leurs employeurs ; c'est parce que pour lui c'^lait une loi de justice et la reconnaissance dun droit.

Mais apr^s avoir ^tabli le principe de la participation, comment Gbarles Robert en concevait-il Tapplication?

La premiere question est ^videmment de savoir sur le montant des b^n^fices nets d'une entreprise quelle est la part qui doit aller au capital argent et quelle part doit aller a tous les collaborateurs de Tentreprise, depuis les directeurs et les ing^nieurs jusqu'aux plus modestes employes etouvriers? Esprit precis, m6thodique, toujours h la recherche de Inexactitude, Charles Robert a consacr6 de longues pages ^ r^tude de cette question delicate. ^ Comment tixerle quantum de la participation? La participation int6grale, c'est-^-dire la part exacte h un centime prfts. qui devrait revenir k chaque collaborateur, grand ou petit, dans le produit^'un travail collectif, ne pent dtre d6termin6e. C'est un probl6me pareil a celui de la quadrature du cercle, c'est une difficult^ comparable k celle oix s'est trouv6 le juif Shylock, quand Tautorisation lui a 6t6 donn^e decouper exactement sous peine de mori une livre de chair dans le

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corps de son d^biteur ^^ Mais Charles Robert est tenace, comme un apotre, et, aprfes avoir dit que le probl^me est insoluble, il s'efforce quand mdme, sinon de le r6soudre < 4 un centime pr^s », du moins h chercher et k ^tablir des regies permettant de se rapprocher d'une repartition Equitable. Des moyens empiriques des repartitions laiss^es ^ la fantaisie des capitalistes, des entrepreneurs, on sent qu'il ne peut se contenter. II estime bien que la part faite a chaqne collaborateur ne doit pas descendre au-dessous de iO p. 100 du salaire, mais cela n'est 6videmnient qu'une indication,

Et puis quel est le point essentiel, le point h r^gler avant tout? C'est de savoir quelle est la part totale de benefices qui doit aller au travail manuel et intellectuel, h Tensemble des collaborate urs. Pour Charles Robert, comme je I'ai montr6, les benefices sont obtenus par Teffort collectif de tout le personnel. Cet effort collectif du capital humain doit avoir d'abord sa part. La repartition de cette part entre les diverses unites qui composent la totalite des coUaborateurs de Tentreprise est un probl6me qui se posera aprfes et qui, du reste, lui-mSme ne laisse pas d'etre delicat.

Cependant, malgre tons ses efforts, il faut bien le reconnaitre, Charles Robert n'est pas arrive, ne pouvait pas arriver h etablir une regie fixant la part que sur les benefices d'une entreprise le capitsll doit faire au Travail^ c'est-^-dire k la collectivite des concours

i. Cette citation, comme la plapart de celles qui vont suivre,. sont emprunt^es k la si remarquaWe Introduction ^crite par M. Robert au Gruide pour Vapplication de la participaiion aux Benefices (1892 — Librairie Chaix).

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de toutes sories qui out permis TobteQiioa de ces bdn6fioes. II cite bien les opinions, les theories 6mises sur la matidre soit par des ingdnieurs, des 6conomistes> des coopdrateurs, tant en France qa'^ r^tranger; il expose 6galement les syst^mes pratiques par des industriels qui ont appliqu6 la participation ou par des agriculteurs mSme qui Tavaient adoptee surleurs domaines, mais on le sent trouble, ind^cis, embarrass^, n'osant nettement se prononcer entre les diverses solutions propos^es par ses devanciers ou ses contemporains en faveur de celle-ci ou de celle-1^, ni proposer une solution nouvelle. \

Constater ses hesitations, son inddcisioUi c'est d'ailleurs ^videmment le plus bel 6loge que I'on puissefaire de Charles Robert. Beaucoupde cr^ateurs de theories sociales soumettent ais^ment h des rdgles aussi simples qu'absolues le regime de la society future. Gela tient h ce qu'6tant uniquement les hommes d'une clasae, ils ont vite fait de compter pour rien toutce qui ne r6pond pas k Tinterfit unique de leur classe et d'eliminer ainsi Tessentielle difhcult6 du probldme le plus compliqu^.

Charles Robert n'est pas de ceux-1^. II n'est pas Tavocat d'int6r6ts de classe; il n'entend pas servir plus le patronat que le salariat ou le salariat que le patronat ; il ne veut servir que Tinterdt g6n6ral en mftme temps que le principe de justice sup6rieurd qui doit r6gler les rapports des employeurs et des employes et il voudrait pouvoir le faire en donnant k chaque force agissante de la production, de la vie humaine et selon des regies math6matiqucs, la part qui doit lui revenir sur les richesses cr^^es par Tunion de ces forces. De 1^, ses louables efforts traitant

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d'une matidre oix rien n'est absolu, od le « mot de r^nigme » h r^soudre depend de circoostances diversesy de facteurs multiples, de milieux variables. Le capital argent et le capital humain libre, qui ne peuvent se passer Tun de Tautre, qui sont ius^pa-* rabies, constituent avecraisoiii selon Charles Robert, des 6l6ments h^t^rog^nes pour lesquels il ne saurait se trouver uile commune mesure permettant de les comparer exactemenU

Le travail ayant regu son salaire normal, le capital ayant regu sur les b6n6fices nets I'int^ret auquel il a droit, Texcddent des b6n6ficea va*-t*il aller aux deux par moiti6? Le partagede cet exc6dent ne doitil pas se faire selon une r^gle moins simple mais peut-6tre plus juste en tenant compte de ce que repr^sente k c6t6 du Capital Argent le Capital Travail? Capitalisant les salaires annuels du personnel k un taux determine pour avoir ce Capital Travail, celui-ci ne doit-il pas toucher une part des b^n^fices proportionnelle k ce qu'il repr^sentedaQsle total des deux capitaux? Ce taux doit^il 6tre de 10 p. 100 ou, comme le pense M. Charles Robert, de 25 p. 100? Questions compliqu6es et que vient encore rendre plus d6licates 1© role de T Intelligence ^ de la* Direction souvent assur6e parle capital lui-mSme, parfois distincte du ou des propri6taires de Tentreprise.

Mais il suffit de lire avec attention les Merits de Charles Robert pour constater qu'ii a de la sympathie pour les systftmes des industriels fran- Cais qui ont refus6 tout dividende au capital, en accordant toutefois non pas 5 ou 6 p. 100 d'intdrdt ace dernier, mais jusqu'^ 15 ouvl7 p. 100 pr61ev6s sur les frais gen^raux. II souhaite, on le sentj qud

toute entreprise soit une cooperative de production. € Ajustez vos balances », avait mis en devise, sur un m6moire pr6sent6 en 1886, M. J.-G. Gray, secretaire g6n6ral de FUnion cooperative de la Grande- Bretagne et d'Irlande. Pour Tauteur de ce m6moire, le capital nedevait recevoir qu'un « juste gage », un inter^t. « N'y a-t-il pas quelque chose depourri dans un regime de production qui refuse souvpnt h la majority des hommes employes par lui la simple pitance necessaire pour subsister et les condamne a une vie de servitude en leur faisant k peine entrevoir un rayon d'esp6rance vers la future emancipation? y> Et Charles Robert d'appr6cier ainsi Topinion de Gray en disant : « Les conseils ainsi donnas par M. J.-G. Gray h. ses amis de la cooperation anglaise peuvent etre entendus avec fruit et reveiller, mSme parmi nous, de sympathiques echos. »

Si done, dans le regime actuel de la repartition des richesses produites, le resultat est le suivant : < Tout le benefice au capital et rien que le salaire au travail >, sans aller jusqu'^ n'admettre qu'un systeme non moin& simple, mais en sens inverse. « Tout le benefice au travail et rien que I'interet au capital devenu simple salarie sur les frais generaux, y> Gharles Robert place la verite entre les deux.

Mais le mot Travail englobe Vintelligence dirigeante et le travail manuel. Gomment se fera le partage entre ces deux elements? Quel sera le tantieme allant au travail manuel et le tantieme allant h la direction ? Gharles Robert cite des industriels. Ceux-ci dpnnent^ la direction 25 p. iOO des ben6-

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fices, ceux-1^ seulement 17 p. 100, II ne conclutpas cependant, ici encore, d'une faQon absolue, sentant trfes Men que, suivant la nature des entreprises, la direction, le talent, la technique tiennent un role plus ou moins important et ont sur les r6sultats de Tentreprise une influence plus plus ou moins considerable.

On voit par ces quelques indications avec quelle hauteur de vues Charles. Robert concevait la participation aux b6n6iices cherchant < k donner satisfaction dans Tavenir aux grands int6r6ts solidaires du Capital et du Travail ^, en tenant compte « des n^cessit^s pratiques de I'industrie, des principes 6conomiques et du rapport sincere de tons les droits y>. Ses vis6e8 6taient celles d'un esprit clairvoyant qui sentait les cons6quences d6sastreuses de la lutte de classes autant pour les classes en lutte que pour Tint6r6t g6n6ral ; c'6taient celles d'un honnfite homme qui r6parait la situation in juste faiteau travail dans la repartition des richesses, entln, pour tout dire, celles d'un homme de bon sens qui n'allait pas pour r^soudre le problftme social chercher midi ^ quatorze heures,r qui ne se payait ni de mots, ni d'utopies.

D'un pdle a Tautre, a-t-il ecrit, il y a chez tous ceux qui travaillent et qui ont conscience d'eux-m^mes un desir universeld'obtenirimmediatcment un minimum debien-^tre etpour Tavenir un minimum de security, de liberty et de propriete.

S'il existait un immense Trade-Union compost de tous les travailleurs du genre humain et s'ils ^taient decides a ne pas demander Timpossible, ce serait la sans doute leur voeu unanime. Pour le realiser ils auraient a prendre comme objectif, dans le monde entier, la marge de b^n^flces qui existe entre le prix de revient des objets fabriques et leurs

prix de vente. Gette marge de profits qui appartient aujourd'hui, presque excIuBivement, k Tentrepreneur, au maftre, au patron, au capitaliste, a Texploitant, peut se partager entre iui et son personnel.

G'est la v^ritablement qu*est le noeud de la question Sociale. Mieux vaut le d^nouerddlicatementparde justes et paciflques transactions qu'essayer de le trancher par la force.

Gomme Ta indiqu6 Charles Robert, la participation aux benefices ne doit pas fetre confondue, contrairement k ce que croient tant de patrons, « avec les remunerations accessoires qui s'ajoutent au salaire pur et simple avec les mfimes caract^res essentiels que be salaire lui-m6me ». Selonlui, et nous nesaurions trop Tapprouver, les primes accord6es k tels ou tels ouvriers dans une usine pour la bonne qualit6 des produits qu'ils ont obtenus ou pour la quantit6 de travail effectu6, pour r^conomie qu'ils ont r6alis6e de matiferes premieres ou de combustible, les allocations don n6es ^Tanciennete, ^Tassiduite, etc., ne constituent pas des formes de participation aux benefices. Ilestimeque ces sursalatres soni attribues ^Touvrier en raisondu travail fait par Iui, « sans avoir egard au resultat g6n6ral de Texercice ni h Tensemble de travail de I'usine », partant ^Tensemble des benefices qui est le resultat de Tensemble du travail. « Que Tobjet fabrique par Touvrier soit vendu h perte, qu'il reste pour compte, que Tannee soit mauvaise pour le patron, pen importe h cet ouvrier, les sursalaires comme le salaire Iui sont acquis i». Ges maj orations individuelles accordees k

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quelques-uns n'ont rien de commua aveo des parte de b^Q6ficek

On est done dans Terfeur quand on enregistre, comme uiie des formes de la participation, ce systftme de primes et quand on compte les maisoris qui le pratiquent comme ayant institu6 ohez elle la participation aux b6n6iices. La participation diff^re encore du systdme des primes en ce qu'elle asa base < dans une id6e d'association aux r6suitats heureux de rinventaire et dans unprincipe de solidarite generale tendant h unir^ dans un m4me effort et dans un m^me espoir de profit^ tons les ouvriers avec le patron et tous les ouvriers entre eux » *

La premiere fois que j'ai iu les Merits de Charles Robert, j 'avals 6t6 frapp6 par cette conception si juste de la veritable participation aux b6n6(icesy et dans mon rapport comme dans mon discours au S6nat sur le projet de loi concernant « les Soctetes anonymeslt participation ouvri^re », j'aisoutenude pr6f6rence h I'actionoariat individuelTactionnariat coUectif. Unir dans un mdme effort non pas seulement tous les ouvriers avec le patron mais encore tous les ouvriers entre eux, dans un meme espoir de prolit, telle est bien la grande id6e qui doitinspirertoute formule de cooperation du capita! et du travail.

Est-^ce h. dire qu'il n'est pas possibly sans toucher au principe qui vient d'etre indiqu6, dans une Industrie comprenant des professions distinctes, des travaux diff^rents, de faire des avantages sp6ciaux aux ouvriers de tel ou tel service, de tel ou tel atelier, en dehors de la part qui doit echoir k chacun sur le total des b6n6(ice3 de Tentreprise?

Evidemment non. De telles combinaisons peuven^

mdme 6tre indispensables parfois, du moins avec les systdmes de participation pratiques jusqu*^ ce jour, car, sans le jeu de combinaisons de te genre, la part de b^n^fices revenant k certains coliaborateurs pourrait Stre trop faible par rapport k leur r&le dans Tusine, h leur influence sur le rendement final. Mais ce ne seront I^ que des exceptions qui ne diminuent pas la force du principe qu; veut que Tinventaire g6n6ral fasse h tons les employes, k tous les ouvriers, au directeur comme au dernier des manoeuvres, au travail manuel comme au taknt une part sur le b6n6fice laiss6 par I'ensemble des operations.

Sur cette id6e essentielle, Charles Robert insiste k plusieurs reprises. II convient, 6crit-il, « pour que la solidarity soit r6elle et complete entre la direction, le capital et les travailleurs manuels de donner htous une part sur les benefices g^n^raux ». Pour liii, le r^sultat de llnventaire, la prosp6rit6 d'une maison, Tattachement et la fid6lit6 de la clientMe sont presque toujours tcauvre commune de tous les concours. La tid6lit6 des ouvriers ne sera pas4ine des consequences les moins certaines de cette application du principe de repartition des benefices entre tous les m^mbres du personnel. La solidarite qui existe entre eux les pousse k vouloir qu'aucun d'eux ne soit oublie et Tesprit de justice qui les anime beaucoup plus que certains le croient, leur fera trouver le systeme aussi equitable qu'ingenieux.

G'est done Charles Robert lui-mgme qui pense que la participation aux benefices pour etre conforme au principe sur iequel elle repose doit associer aux benefices tousles coliaborateurs des entreprises. Le travail a ete fait en commun, les benefices sont les

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