ET TA TANTE
Qu'un autre, par des vers pompeux, Chante les grâces d'une amante ; Moi je suis content si je peux Faire l'éloge de ma tante.
Peste soit des illuminés Qui lorgnent la brune et la blonde ; Je veux avoir les yeux tournés Vers les trésors du Nouveau-Monde.
N'allez pas vous formaliser
Si je vous parle de ma tante ;
Elle va s'immortaliser
Par les chefs-d'œuvre qu'elle enfante.
Avez- vous jamais remarqué Comme elle a réfuté Voltaire ?
Le philosophe, interloqué, Dans son cercueil a dû se taire ! ! !
(*) Cette pièce ainsi que la chanson suivante a été écrite à la suite d'une polémique. Comme les allusions qu'elles renferment ne seront comprises que par celui qui est en cause et qu'elles ne sont pas de nature à lui faire tort, je me permets de les reproduire ici, certain d'avance qu'il ne s'en formalisera pas.
Mais, c'est qu'elle vous Ta mené Un peu rudement, notre tante ; Sur son cadavre décharné, Comme elle a bondi, la méchante !
Riez en tant qu'il vous plaira ; Mais, dans le Temple de Mémoire, L'avenir, sans doute inscrira " Le Crètinisme dans Phistoire. "
Elle a conçu ce machin là
Dès sa jeunesse la plus tendre :
Ce fruit précoce révéla
Qu'elle était habile... à tout prendre.
Il se peut qu'elle écrive mal, Que sa phrase soit filandreuse ; Mais, lorsqu'elle y met du Pascal Sa verve est toujours chaleureuse..
Parlerais-je de ses écrits Sur le beau rôle de la femme ?
Compterais-je les manuscrits Confidents de sa vive flamme ?
Je suis de ces hommes discrets Qui n'aiment pas les commérages Mais, ma tante a quelques secrets Non dévoilés dans ses ouvrages.
Qu'elle ait le soin de bien veiller Sur son éternel caquetagé :
Ses cris pourraient bien réveiller Certains échos du voisinage.
Quand je vois maître Aliboron Vouloir filer aux pieds d'Omphale, Où monter la barque à Caron Pour sillonner Tonde infernale.
Je ris et je me dis tout bas :
C'est un spectacle bien étrange ; Mais chut ! ne nous emportons pas A quoi bon remuer cette fange ?
Bien des gens seraient moins discrets !
Ma foi ! c'est elle qui jabote Allez donc garder les secrets D'une pécore qui radote.
Montréal, 4 septembre 1880.