‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 10 sur 123 · ET TA TANTE · texte numérisé non relu

ET TA TANTE

Qu'un autre, par des vers pompeux, Chante les grâces d'une amante ; Moi je suis content si je peux Faire l'éloge de ma tante.

Peste soit des illuminés Qui lorgnent la brune et la blonde ; Je veux avoir les yeux tournés Vers les trésors du Nouveau-Monde.

N'allez pas vous formaliser

Si je vous parle de ma tante ;

Elle va s'immortaliser

Par les chefs-d'œuvre qu'elle enfante.

Avez- vous jamais remarqué Comme elle a réfuté Voltaire ?

Le philosophe, interloqué, Dans son cercueil a dû se taire ! ! !

(*) Cette pièce ainsi que la chanson suivante a été écrite à la suite d'une polémique. Comme les allusions qu'elles renferment ne seront comprises que par celui qui est en cause et qu'elles ne sont pas de nature à lui faire tort, je me permets de les reproduire ici, certain d'avance qu'il ne s'en formalisera pas.

Mais, c'est qu'elle vous Ta mené Un peu rudement, notre tante ; Sur son cadavre décharné, Comme elle a bondi, la méchante !

Riez en tant qu'il vous plaira ; Mais, dans le Temple de Mémoire, L'avenir, sans doute inscrira " Le Crètinisme dans Phistoire. "

Elle a conçu ce machin là

Dès sa jeunesse la plus tendre :

Ce fruit précoce révéla

Qu'elle était habile... à tout prendre.

Il se peut qu'elle écrive mal, Que sa phrase soit filandreuse ; Mais, lorsqu'elle y met du Pascal Sa verve est toujours chaleureuse..

Parlerais-je de ses écrits Sur le beau rôle de la femme ?

Compterais-je les manuscrits Confidents de sa vive flamme ?

Je suis de ces hommes discrets Qui n'aiment pas les commérages Mais, ma tante a quelques secrets Non dévoilés dans ses ouvrages.

Qu'elle ait le soin de bien veiller Sur son éternel caquetagé :

Ses cris pourraient bien réveiller Certains échos du voisinage.

Quand je vois maître Aliboron Vouloir filer aux pieds d'Omphale, Où monter la barque à Caron Pour sillonner Tonde infernale.

Je ris et je me dis tout bas :

C'est un spectacle bien étrange ; Mais chut ! ne nous emportons pas A quoi bon remuer cette fange ?

Bien des gens seraient moins discrets !

Ma foi ! c'est elle qui jabote Allez donc garder les secrets D'une pécore qui radote.

Montréal, 4 septembre 1880.

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