SES VINGT ANS
(Réponse)
Je ne sais si, de la jeunesse, Il n'éprouva que les douceurs, Si d'une précoce vieillesse, II a les sévères rigueurs, Ou si, cherchant mot pour sa lyre, Ses efforts restent impuissants ; Mais c'est mal à lui de médire Des vers que j'ai faits à vingt ans.
Il me l'a dit, je suis sans verve
Et mes chants sont froids comme hivers.
Grand poète, ami de Minerve,
Sont-ce des reproches, tes vers ?
Si mon âme est peu poétique,
Si mes couplets sont languissants.
Toi qui sais faire la critique.
Que faisais-tu donc à vingt ans ?
Je ne chante pas la verdure Ni le doux parfum de nos bois.
Tout était triste et la nature N'avait que de plaintives voix.
Les fleurs, que peut-être tu cueilles, Vont se faner dans quelque temps, Et les arbres perdent leurs feuilles Vingt fois, tu le sais, en vingt ans.
Mes vers pour toi sont un spectacle Dont hier tu t'amusais fort.
Ta lyre chante le miracle, Mais à ton esprit tu fais tort, Car le contraste, l'hyperbole, Est critiquée en tes doux chants ; Tu Tappris pourtant à l'école.
Que n'y retournes-tu vingt ans ?
Eh ! mon aimable cicérone, Crains-tu la critique des sots ?
Pourquoi, toi qu'Apollon couronne, Signes-tu par un jeu de mots ?
Oh ! s'il se peut que je mérite Quelques-uns de tes compliments, Ton nom, du moins, dis-le moi vite.
Je veux n'attendre pas vingt ans.
J. H. Malo.
4 novembre 1879.