LES ÉCHOS
Je rêvais, solitaire, En creusant un fossé, Pour égouter la tene D'un maître intéressé.
Je maudissais ma dêche, Et je me dis tout haut :
De flâner qui m'empêche ?
Dépêche !
Répond soudain l'écho. ( bis ),
Un jour, j'avais pour tâche De bêcher le jardin, Je tordais ma moustache Comme un vrai muscadin.
" La patronne est revêche, Dis-je, mais il me faut Charmer cette pimbêche.
—Bêche !
Répond soudain l'écho, (bis)
J'adore une brunette Qui se moque de moi.
Elle voit ma binette Sans trouble, sans émoi.
" Son amour me consume, Dis-je à Madame Enault, (*) Vite, qu'on me parfume "
— Fume !
Répond soudain l'écho. ( bis )
Ii lui faut le remède, Parfum belge ou chinois r Car je la trouve tiède, Malgré son frais minois.
J'entreprendrais la tâche De lui frotter le dos, Mais je crains la cravache !
— Vache !
Répondent les échos.
Je n'ose pas lui dire
Ce que mon cœur ressent,
Je ne saurais l'écrire
En un style décent,
Je crains, lorsqu'elle est seule,
De lui dire : Il fait chaud,
Car elle est si bégueule...
— Gueule !
Répond soudain l'écho, (fis)
Aimer sans qu'on vous aime, C'est bien triste, ma foi !
(•) Femme d'origine belge qui arrachait les dents et vendait le " Parfum Chinois. "
Mon ardeur est extrême, Mais il faut rester coi.
Je cherche dans ma tête Un remède à mes maux.
A la fin, ça m'embête.
—Bête !
Répètent les échos. ( bis )
C'est que mon inhumaine Se rit de mes langueurs ; En vain je la promène, Je ruine mes tailleurs.
Il me faudrait un ange Qui, pour un gros magot, Prit mon cœur en échange.
— Change, Répond soudain l'écho. ( bis )
Dans les lieux solitaires, Vu l'état où je suis, Je songe à mes affaires, Et souvent je me dis :
La position se corse, J'en ai plus que plein l'dos, Il faut que je m'efforce...
— Force 1 Répètent les échos, (bis )
Montréal, 23 juillet 1883.