‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 101 sur 123 · LES ÉCHOS · texte numérisé non relu

LES ÉCHOS

Je rêvais, solitaire, En creusant un fossé, Pour égouter la tene D'un maître intéressé.

Je maudissais ma dêche, Et je me dis tout haut :

De flâner qui m'empêche ?

Dépêche !

Répond soudain l'écho. ( bis ),

Un jour, j'avais pour tâche De bêcher le jardin, Je tordais ma moustache Comme un vrai muscadin.

" La patronne est revêche, Dis-je, mais il me faut Charmer cette pimbêche.

—Bêche !

Répond soudain l'écho, (bis)

J'adore une brunette Qui se moque de moi.

Elle voit ma binette Sans trouble, sans émoi.

" Son amour me consume, Dis-je à Madame Enault, (*) Vite, qu'on me parfume "

— Fume !

Répond soudain l'écho. ( bis )

Ii lui faut le remède, Parfum belge ou chinois r Car je la trouve tiède, Malgré son frais minois.

J'entreprendrais la tâche De lui frotter le dos, Mais je crains la cravache !

— Vache !

Répondent les échos.

Je n'ose pas lui dire

Ce que mon cœur ressent,

Je ne saurais l'écrire

En un style décent,

Je crains, lorsqu'elle est seule,

De lui dire : Il fait chaud,

Car elle est si bégueule...

— Gueule !

Répond soudain l'écho, (fis)

Aimer sans qu'on vous aime, C'est bien triste, ma foi !

(•) Femme d'origine belge qui arrachait les dents et vendait le " Parfum Chinois. "

Mon ardeur est extrême, Mais il faut rester coi.

Je cherche dans ma tête Un remède à mes maux.

A la fin, ça m'embête.

—Bête !

Répètent les échos. ( bis )

C'est que mon inhumaine Se rit de mes langueurs ; En vain je la promène, Je ruine mes tailleurs.

Il me faudrait un ange Qui, pour un gros magot, Prit mon cœur en échange.

— Change, Répond soudain l'écho. ( bis )

Dans les lieux solitaires, Vu l'état où je suis, Je songe à mes affaires, Et souvent je me dis :

La position se corse, J'en ai plus que plein l'dos, Il faut que je m'efforce...

— Force 1 Répètent les échos, (bis )

Montréal, 23 juillet 1883.

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