TEMPUS FUGIT
Notre vaste Univers a vieilli d'une année, L'infatigable Temps, dans sa course effrénée, Entraîne les mortels vers le sombre avenir.
Nous suivons, haletants, la route qu'il nous trace ; Perclus, les pieds meurtris, nous traversons l'espace, N'emportant du passé qu'un vague souvenir.
Nous oublions les maux, les fatigues sans nombre, Les ronces du sentier, pour nous rappeler l'ombre D'une fraîche oasis, au gazon toujours vert.
A peine avons-nous pu fouler son herbe tendre , Le Temps, maître cruel qui ne veut pas attendre, Précipite nos pas dans l'immense désert.
Nous sommes déjà loin, courant dans la carrière. Ah ! si l'homme pouvait retourner en arrière, Comme il explorerait le chemin parcouru, Espérant retrouver, parmi les fleurs fanées, Quelques illusions de ses jeunes années, Quelque beau rêve d'or à jamais disparu !
Tout change sous le Ciel : les hommes et les choses Naissent, meurent, s'en vont. Le vent flétrit les roses, Dépare les bosquets, où, joyeux butineur, L'homme imitait jadis l'industrieuse abeille. L'épine a remplacé la corolle vermeille.
Tout tombe sous la faulx du sombre moissonneur.
Le passé ! Qu'est-ce donc ? Une masse confuse De souvenirs amers ; un voleur qui refuse De rendre à notre amour ce qu'il nous a ravi ! L'avenir, lui, du moins, nous donne l'Espérance, De ses fatals secrets notre heureuse ignorance Nous montre un but que tous ont en vain poursuivi.
Ce but, c'est le Bonheur : un mythe insaisissable, Qui jamais n'habita ce monde périssable ; La joie et le plaisir en sont les avant-goûts. De son aile de feu l'Amour parfois l'effleure, Et si vous consolez un malheureux qui pleure, Le Bonheur vient s'asseoir un instant près de vous.
Lecteurs, d'un nouvel an nous saluons l'aurore, Souhaitons qu'avec lui nous puissions voir éclore Une ère de travail, de paix, de charité.
Vérité, verse nous ta féconde lumière, Inonde le palais, éclaire la chaumière, Et de tes purs rayons naîtra la liberté !
Montréal 31 décembre x83a