LE PRINTEMPS
Tu dis que Pair s'épure, Que le gazon verdit Que le ruisseau murmure, Que le ciel resplendit ?
Rimailleur, tu divagues, Attends donc le printemps.
De ton luth les sons vagues .Tombent à contre-temps.
Crois-moi, ton val, ta plaine Sont des marais fangeux.
Tu nous vantes Phaleine De zéphyrs orageux.
Moi j'en ai plein la tête De leur souffle embaumé; Leur doux parfum m'embête, J'en suis tout enrhumé.
Quelle saison charmante !
Des fumiers l'âpre odeur Te réjouit, t'enchante !
Je suis ton serviteur.
Tu nous dis que tout chante, Tout sourit. Halte là !
Je la trouve plaisante.
Chansons que tout cela.
Es-tu propriétaire ?
Perçois-tu ton loyer ?
Serais-tu locataire ?
As-tu de quoi payer ?
Connais-tu les misères Des déménagements ?
Les créanciers austères, Les huissiers turbulents ?
Alors cesse de dire Que tout te paraît beau.
Tes vers seuls font sourire.
Attend le renouveau.
Il ne vient pas à Pâques Tu peux en être sûr ; C'est le temps des cloaques, Et tu parles d'air pur ?
Ton printemps de délices Et de riants atours Offre des immondices Mais bien peu de beaux jours ; Peste des douces choses Dont tu prétends jouir !
Laisse éclore les roses Et la brise tiédir.
Montréal, 24 avril 1881.
LA QUEBECOISE
Air : La bonne aventure ô gué.
A Québec sont réunis
Tous les joyeux drilles,
Riboteurs, gens compromis <<
Et joyeuses filles,
Les politiqueurs ici,
Là, d'honnêtes gens aussi,
La charmante ville Ogué
La charmante ville.
Ecorcher le député,
Tondre l'imbécile,
Feindre la simplicité,
Rouler Pplus habile :
Tel est dit-on le métier,
De plus d'un grand boutiquier.
La charmante ville Ogué
JLa charmante ville.
Malgré tout, Québec vaut bien, Ses sœurs canadiennes, Elle ne cèd'rait pour rien Ses ruines anciennes.
Pour moi son ancienneté Est loin d'valoir la beauté,
De ses citoyennes Ogué
De ses citoyennes.
L'autre jour un tendre amant,
Sur la citadelle.
Disait : Quel site charmant !
Quel beau site, Adèle.
Elle répondit tout bas,
Qué'qu' mots que j'n'entendis pas,
Mais qu'on nïcita d'elle O gué
Mais qu'on m'cita d'elle.
Ces mots là sont oubliés, Mais des maux plus graves, Les ont bientôt remplacés ; La ville des braves Voit ses murs assiégés Par nos serviteurs gagés
Qui vident ses caves Ogué
Qui vident ses caves.
Pendant tout le parlement, On s'fera des niches ; On n'aura d'égards seul'ment Que pour les gens riches Ces gens là fuss'-t-ils à deux, Bêtes comm' dix pair's de bœufs
Ce s'ront des fétiches Ogué
Ce s'ront des fétiches.
Avez-vous, demandait-on, R'çu quatorz' mil' piastres ?
— Au lieu de répondre : Non, Paquet i^gard' les astres, Au pied du mur s'voyant mis, P m'nace ses ennemis,
D'immenses désastres O gué
D'immenses désastres.
Alors l'immense Picard,
Un parfait notaire,
Se lève et dit : " Pour ma part, "
J'défends l'ministère.
Vous avez tort d'parler d'veau,
Les vôtres ont coûté chaud,
Mieux vaudrait vous taire O gué
Mieux vaudrait vous taire.
A l'avenir n'en ayons plus.
Faisons du fromage ;
Ces veaux la sont superflus.
Cessons l'élevage,
Nous ne somm's pas des bouchers,
Pour montrer des veaux si chers,
A notre étalage O gué
A notre étalage,