‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 13 sur 123 · LE PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LE PRINTEMPS

Tu dis que Pair s'épure, Que le gazon verdit Que le ruisseau murmure, Que le ciel resplendit ?

Rimailleur, tu divagues, Attends donc le printemps.

De ton luth les sons vagues .Tombent à contre-temps.

Crois-moi, ton val, ta plaine Sont des marais fangeux.

Tu nous vantes Phaleine De zéphyrs orageux.

Moi j'en ai plein la tête De leur souffle embaumé; Leur doux parfum m'embête, J'en suis tout enrhumé.

Quelle saison charmante !

Des fumiers l'âpre odeur Te réjouit, t'enchante !

Je suis ton serviteur.

Tu nous dis que tout chante, Tout sourit. Halte là !

Je la trouve plaisante.

Chansons que tout cela.

Es-tu propriétaire ?

Perçois-tu ton loyer ?

Serais-tu locataire ?

As-tu de quoi payer ?

Connais-tu les misères Des déménagements ?

Les créanciers austères, Les huissiers turbulents ?

Alors cesse de dire Que tout te paraît beau.

Tes vers seuls font sourire.

Attend le renouveau.

Il ne vient pas à Pâques Tu peux en être sûr ; C'est le temps des cloaques, Et tu parles d'air pur ?

Ton printemps de délices Et de riants atours Offre des immondices Mais bien peu de beaux jours ; Peste des douces choses Dont tu prétends jouir !

Laisse éclore les roses Et la brise tiédir.

Montréal, 24 avril 1881.

LA QUEBECOISE

Air : La bonne aventure ô gué.

A Québec sont réunis

Tous les joyeux drilles,

Riboteurs, gens compromis <<

Et joyeuses filles,

Les politiqueurs ici,

Là, d'honnêtes gens aussi,

La charmante ville Ogué

La charmante ville.

Ecorcher le député,

Tondre l'imbécile,

Feindre la simplicité,

Rouler Pplus habile :

Tel est dit-on le métier,

De plus d'un grand boutiquier.

La charmante ville Ogué

JLa charmante ville.

Malgré tout, Québec vaut bien, Ses sœurs canadiennes, Elle ne cèd'rait pour rien Ses ruines anciennes.

Pour moi son ancienneté Est loin d'valoir la beauté,

De ses citoyennes Ogué

De ses citoyennes.

L'autre jour un tendre amant,

Sur la citadelle.

Disait : Quel site charmant !

Quel beau site, Adèle.

Elle répondit tout bas,

Qué'qu' mots que j'n'entendis pas,

Mais qu'on nïcita d'elle O gué

Mais qu'on m'cita d'elle.

Ces mots là sont oubliés, Mais des maux plus graves, Les ont bientôt remplacés ; La ville des braves Voit ses murs assiégés Par nos serviteurs gagés

Qui vident ses caves Ogué

Qui vident ses caves.

Pendant tout le parlement, On s'fera des niches ; On n'aura d'égards seul'ment Que pour les gens riches Ces gens là fuss'-t-ils à deux, Bêtes comm' dix pair's de bœufs

Ce s'ront des fétiches Ogué

Ce s'ront des fétiches.

Avez-vous, demandait-on, R'çu quatorz' mil' piastres ?

— Au lieu de répondre : Non, Paquet i^gard' les astres, Au pied du mur s'voyant mis, P m'nace ses ennemis,

D'immenses désastres O gué

D'immenses désastres.

Alors l'immense Picard,

Un parfait notaire,

Se lève et dit : " Pour ma part, "

J'défends l'ministère.

Vous avez tort d'parler d'veau,

Les vôtres ont coûté chaud,

Mieux vaudrait vous taire O gué

Mieux vaudrait vous taire.

A l'avenir n'en ayons plus.

Faisons du fromage ;

Ces veaux la sont superflus.

Cessons l'élevage,

Nous ne somm's pas des bouchers,

Pour montrer des veaux si chers,

A notre étalage O gué

A notre étalage,

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