‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 18 sur 123 · RISETTE · texte numérisé non relu

RISETTE

Ou Lés Millions de l'Amant Sarde.

A Québec, près de Beauport, On est loin d'être d'accord.

A la chambre, Bien qu'on ait fait un effort Pour remplir le coïfre-fort,

Pas un membre Ne dira qu'il est trop plein, Et de peur qu'on ait demain

La disette, Chacun songe à s'étourdir, Et les chefs, pour engourdir Ceux qui voudraient les trahir, Leur font à loisir Risette, risette, risette.

Chapleau disait à Mercier :

" As-tu fini de me scier ?

"Sois des nôtres. " Mercier répondit : " Pour moi, " Je vous aime autant, ma foi !

" Que les autres. " Mais le vieux chef était là.

Il mit vite le holà :

" Qu'on banquette, " Dit-il, " j'y consentirai, " Mais, une fois restauré, " Viens au parti délabré " Lui faire à mon gré " Risette, risette, risette. "

L'autre jour un financier Parlait du Crédit Foncier

A Pâquette ; Ce dernier se défendait, Se démenait, protestait,

Mais l'enquête N'en continua pas moins.

L'on fit venir des témoins

La Gazette Des faits donna l'exposé, Nul ne s'était opposé Au procès, n'ayant osé Faire à l'accusé Risette, risette, risette.

Quand d'Irvine vint le tour, L'on vit se rallier autour De ce rouge

Les conservateurs anglais.

(Ils n'aiment plus les procès.)

Nul ne bouge, Lorsque Chapleau furieux Aux traîtres fait de gros yeux ;

L'épithète Ne lui réussit pas mieux :

Ses collègues vertueux A l'Anglais, fut-il un gueux, Feront en tous lieux Risette, risette, risette.

Montréal, 1er juin 188 1.

Page 1