UN SOIR DE MAI
C'était un soir de mai, je rêvais, solitaire, Dans un bosquet charmant où la ronce et le lierre Entremêlés couvraient le sol d'un vert tapis. Un tertre s'élevait au milieu du bocage, L'érable couronné d'un verdoyant feuillage Etendait ses rameaux au-dessus du taillis.
Le soleil se couchait, noyant dans sa lumière Les sommets onduleux, les champs et la bruyère, Les feuilles s'agitaient, saluant le zéphir ; L'Occident revêtait une teinte d'opale, L'azur du firmament, doré d'un reflet pâle Perdait en se voilant sa couleur de saphir.
Tout semblait inviter la douce rêverie :
L'air chargé du parfum des fleurs de la prairie, Le grand panorama déroulé sous mes yeux ; Et les chantres ailés offrant à leur manière Au Dieu de l'Univers une ardente prière, Modulaient un concert des plus harmonieux,
J'aimais à. contempler cette belle nature, Je voyais à mes pieds, couverte de verdure, La plaine où se perdait mon regard enchanté ; L'airain sacré sonnait l'heure de la prière, La foule envahissait l'antique sanctuaire Pour rendre ses devoirs à la Divinité.
Le soleil disparut. Bientôt un voile sombre S'étendit sur les monts enveloppés dans l'ombre ; Le vent fit frissonner les feuilles des roseaux. La voix du rossignol, harmonieuse et pure, S'éloigna, s'éteignit ; la nuit devint obscure Et je n'entendis plus le doux chant des oiseaux.
Puis la blonde Phœbé se leva radieuse, Eclairant à demi la nuit mystérieuse ; Bientôt le firmament parut tout constellé D'astres d'or scintillant à travers la distance. O Dieu ! celui qui peut nier ton existence N'a jamais contemplé ton beau ciel étoile.
St Lin, mai 1877.
CHANT DES LIBÉRAUX. (*) Air : La marseillaise.
Allons, chevaliers d'industrie, Le jour de crèche est arrivé.
Que le trésor de la patrie Entre nous tous soit partagé.
Bons libéraux, prenez courage, Si, de la faim, depuis longtemps, Nous éprouvons les contretemps, Aujourd'hui tout est au pillage.
Au coffre, libéraux, tous d'un commun accord, Volons, (bis) empressons-nous de saisir le trésor.
Que veut cette horde d'esclaves Du devoir ? Ces esprits bornés Cherchent à mettre des entraves A nos plans les mieux combinés !
Conservateurs, hors de l'enceinte, Depuis vingt ans nous languissons, Mais aujourd'hui nous surgissons, Grâce à notre pureté sainte.
Au coffre, etc.
<*) Cette parodie m'a été suggérée par une chanson publiée dans le " National/' et qui avait pour refrain :
" En avant, volons, Conservateur», à l' avant jgartht ! etc. "
Quoi, cette cohorte sévère, Ces conservateurs mécréants.
N'ont pas pitié de la misère Qui nous ronge depuis longtemps ?
Notre ambition serait bornée Aux limites qu'ils prescriraient ?
Nos affaires en souffriraient ?
Quelle cruelle destinée !
Au coffre, etc.
Tremblay de banale mémoire, Souscrivez pour votre parti.
Il nous faudra faire bien boire Celui qu'on aura perverti.
Tout est géant pour nous combattre, Nous ne sommes que des zéros ; Bâillonnez tous les cléricaux, Autrement nous nous ferions battre.
Au coffre, etc.
Ministres du nouveau régime, Sachez sur qui porter vos coups.
Choisissez toujours pour victime Celui qui vote contre vous.
Mais ces badauds si débonnaires Qui vous suivent complaisamment, Récompensez-les grassement.
Ne frappez que vos adversaires.
Au coffre, etc.
Amour des riches pâturages, Conduis, soutiens tous nos puffeurs> Et que nos gentils tripotages Soient ignorés des électeurs.
Qu'à l'ombre de notre bannière Se réunissent les Cauchon, Les Laflamme, les Geoffrion, Et toute la gent moutonnière.
Au coffre, etc.
Nous quitterons le ministère, Quand nous serons tous bien repus, Nous exploiterons la carrière.
Nous empocherons les écus.
Mais le succès déjà nous grise, On pourrait bien nous expulser ; Dépêchons-nous donc d'engraisser, Adoptons pour notre devise :
Au coffre, etc.
J»U«tte, juillet 1877.