‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 30 sur 123 · LE JOURNALISTE · texte numérisé non relu

LE JOURNALISTE

Air— J'attends

Que fais-tu, pauvre journaliste, Sous tes gazettes enterré ?

Pourquoi te faire moraliste Et rester toujours ignoré ?

Espères-tu qu'on va te lire ?

Ne comptes pas sur ton talent :

C'est l'argent seul que l'on admire. Va-t-en ! (ter)

Es-tu bien épris de toi-même ?

Es-tu professeur d'Algonquin ?

A tes yeux le bonheur suprême Est-il de faire le taquin ?

Alors, si ta verve caustique Veut défendre les errements Des roués de la politique, Attends ! (Jer)

Ta prose, puissant narcotique, Endormira les électeurs.

Tu ne craindras pas la critique Ni le courroux de tes lecteurs.

Pour te payer de tes courbettes, Ceux que tu sers depuis longtemps Te donneront des épaulettes.

Attends ! (Jer)

ÔO CAPRICES POÉTIQUES

Mais si tu sens dans ta poitrine Battre le cœur d'un Canadien ; Parfois si ton âme chagrine Cherche à ^'élancer vers le bien,.

Que fais-tu dans cette galère, Où personne ne te comprend ?

Renonce à ton maigre salaire.

Va-t-en ! {ter)

Va-t-en ! N'émousse pas ta plume A faire mousser des faquins.

Mieux vaut cent fois battre l'enclume Que servir ces êtres mesquins.

Si tu n'entends rien à la brigue, Que deviendras-tu sans argent ?

Le vil instrument de l'intrigue ?

Va-t-en ! (ter)

Qu'attends-tu de la politique ? Tu ne m'as pas l'air d'un coquin.

Crois-tu que ta figure étique Convienne au rôle de requin ?

A quoi bon guetter la charogne Que te jetteront sous la dent Des spéculateurs sans vergogne ?

Va-t-en ! [ter)

Montréal, 5 juillet iSfci.

CAPRICES POÉTIQUES 6l

Page 1