ELLE NE M'AIMAIT PAS
(Parodie)
Elle ne m'aimait pas ; dans ma candeur naïve, Moi, comme un innocent, je lui faisais la cour ; Mais loin d'apprécier mon ardeur expansive, Elle riait lorsque je me pâmais d'amour.
Pour rendre à ma bourse épuisée
Sa rondeur, ses jaunets vermeils, Sans regret j'aurais pu lui servir de risée, Pour son or j'aurais pu lui sucer les orteils,
C'est en vain que j'attends qu'elle ouvre sa sacoche, Je ne pourrai jamais palper ses chers dollars ; Ma tête sonne creux, mais plus vide est ma poche, Et puis mes créanciers sont de rudes gaillards. Pour rendre à ma bourse épuisée, etc.
Montréal, 12 juillet 1881.
ALZAA
(Parodie)
Connais-tu le pays, Le pays où Fo i braille ?
Où Fon voit la marmaille, Courir au patrouillis ?
Dans les champs, à la ville, Et même à Boucherville, Chacun chante toujours La chanson des amours.
L'instituteur qui fouette L'enseigne à ces marmots ; L'ivrogne à la guinguette Fredonne aussi ces mots :
Elzéar î Elzéar !
La coqu'luche des fillettes,
Elzéar ! Elzéar !
Grand vaurien, t'es ben pendard !
Entendez-vous au loin Chanter la variante ?
Je la trouve charmante.
Sur sa charge de foin,
Voyez le gros Baptiste Qui vous chante un air triste Comme un enterrement Mais bientôt s'animant, Le gaillard s'égosille A crier comme un veau ; Jusqu'à la jeune fille Qui tapote au piano :
Eliza ! Eliza :
La perle des fillettes,
Eliza ! Eliza !
I* s'rait temps qu'on t'épousât.
Un jour on vint, dit-on, De la part de la reine, Saisir une sirène ' Qui s'appelait Manchon.
C'était une dondaine Espèc' de Madeleine, Qui jamais au r'pentir N'eût voulu consentir.
Un galant trop novice, Dépouillé d'ses bijoux.
Criait à la police :
C'est la fille aux ch'veux roux.
Al' les a ! Al' les a !
Marichon, Manchette,
Al' les a ! Al' les a !
Marichette, Maricha.
Un basso profundo M'ëcorche-t-il l'oreille, Je lui dis : C'est merveille, Mais restez sur le do.
J'sens qu'sur le mien ça pèse Quand j'entends des/0. D'aise Tout mon être frémit, Lorsqu'on chante rè mi.
Pas de musique niaise, C'qu'on aim' c'est le mineur.
Pas de za ! le dièze Met le trouble en mon c(h)œur.
Ah ! le za ! ah ! le za !
Moi, j'vous dis qu'c'est difficile.
Ah ! le za ! ah ! le za !
J'vous conseille pas d'chanter ça.
Comme ça, la chanson, al-z-a du bon sens, au moins.
Montréal, ia juillet 1881.