LE CHANTRE DU CANARD
Air : — C'est moi qui suis la reine du printemps
C'est moi qui suis le chantre du Canard.
Couacs nasillards aux sons de clarinette, A vos accents joignant ma chansonnette, J'ai modulé maint refrain goguenard.
Je ne suis pas lauréat, ni poète, Pour moi Pégase est encor indompté ; Ma lyre à moi, c'est une serinette, Mais on rit lorsque j'ai chanté.
C'est moi qui suis le chantre du Canard, Couacs nasillards aux sons de clarinette, A vos accents joignant ma chansonnette, J'ai modulé maint refrain goguenard.
Depuis trois mois les lecteurs épatés Dans le Canard ont vu chaque semaine Une chanson composée avec peine, Mais contenant de bonnes vérités.
N'espérant rien, libre de toute entrave, Je mets ma gloire à narguer les puissants, A dérider le front de l'homme grave, A démasquer les charlatans.
C'est moi qui suis, etc.
Souvent je rime en dépit d'Apollon, Mais, sans grimper jusqu'au séjour des Muses, Je sais trouver ce qu'il me faut — des buses — Pour les chanter je reste en ce vallon.
Quand les naïfs présentent leur hommage A. ces dindons aux serres de vautour, Je reconnais malgré leur faux plumage Tous les oiseaux de basse-cour.
C'est moi qui suis, etc.
Dans mon désir de chanter des héros, N'en trouvant pas, je me chante moi-même.
Je ne voudrais jamais faire un poème Qui put troubler des morts le doux repos.
Pour mériter le titre de bon barde.
J'ai chansonné plus d'un mufle vivant ; Je mets ma gloire à jouer la guimbarde, Et je ris au nez du savant.
C'est moi qui suis, etc.
J'ai célébré Québec, le Parlement, J'ai raconté d'Orageuses Séances, J'ai fait Risette, Au Cabinet des Anses, Pourqtioi me fuir ? Un fâcheux dénouement, Mon rêve à moi, c'est une maison nette, Et Ça m'arrange, Elle ne m'aimait pas, Eliza, Sur l'air de Jea?ine, Jeannette J'ai chanté Notaire, Avocat.
C'est moi qui suis, etc.
J'ai publié pour le moins vingt chansons ; N* appuyez pas, lorsque je vous les nomme.
Rimer le titre est difficile. En somme, Ça n'se peut pas. Moi, j'en ai des frissons.
Je puis citer d'ailleurs Le Journaliste, ' Sans oublier le célèbre Blocus, Mais je n'ai plus de rime sur ma liste, Car je n'ai pas chanté Bacchus.
C'est moi qui suis, etc.
Chaque semaine ainsi toujours chantant, M'armant parfois des traits de la satire, Dans le Canard je reviendrai vous dire Quelque refrain d'intérêt palpitant. Amis lecteurs, vous excusez peut-être La liberté que je prends en ce jour De répéter pour me faire connaître, A tous les échos d'alentour :
C'est moi qui suis, etc.
Montréal, 17 août 1881.