‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 39 sur 123 · L'ÉMIGRÉ CANADIEN · texte numérisé non relu

L'ÉMIGRÉ CANADIEN

Air : — Pauvre porion belge

Émigré canadien, dans la grande fabrique

Je file le coton, ou je tisse le drap.

Je cultive le sol et je fais de la brique,

Je ne marchande point le travail de mes bras.

Lorsque j'entends sonner la cloche matinale,

Je cours à mon labeur. Je dépense fort peu,

Car je tiens à revoir ma paroisse natale.

C'est ma manière à moi d'honorer le bon Dieu, (bis)

Je travaille souvent pour un maigre salaire ; Je ne suis pas flâneur, je fais tous les métiers : J'abats dans les forêts le chêne séculaire, A seivir les maçons je consens volontiers.

Tout pauvre que je suis, je donne des exemples De générosité. Je dois partir sous peu, Cependant, je souscris pour construire des temples. C'est ma manière à moi d'honorer le bon Dieu, (bis)

Au lieu de s'étourdir par de vaines paroles,

L'émigré tout d'abord assura le succès

De ses sociétés. Il ouvrit des écoles

Où ses jeunes enfants apprennent le français.

Ah ! c'est que tout cela rappelle la patrie !

Il tient à revenir. Pour accomplir ce vœu,

On le voit redoubler de travail, d'industrie.

C'est sa manière, à lui, d'honorer le bon Dieu ! {bis)

Montréal, ao août x88x.

CAPRICES POÉTIQUES Sj

LES CLOCHES DE NOTRE VILLE Air : — Les cloches du monastère

Les cloches de notre ville

Carillonnent nos défauts

D'une façon peu civile ;

Leurs reproches sont-ils faux ?

Ainsi par un jour de fête

L'airain nous crie à tu'-tête :

Dindons, dindons, dindons, dindons,

Crétins, écoutez-les donc 1 Dindons, dindons, dindons, dindons, Dindons !

Lorsqu'à la Saint Jean Baptiste

Nous dénions à pas lents,

Si le commissaire insiste

Pour tenir la foule en rangs,

Quelquefois on l'injurie,

Malgré la cloche qui crie :

Dindon, dindon, dindon, dindon,

Que ne t'alignes-tu donc ?

Dindon, dindon, dindon, dindon, Dindon i

C'est surtout lorsque la cloche Sonne les enterrements, Que sa grosse voix reproche Aux mortels leurs errements.

Quand meurt un célibataire, Elle chante au pauvre hère :

Dindon, dindon, dindon, dindon, Que ne te rangeais-tu donc ?

Dindon, dindon, dindon, dindon, Dindon !

Sur les statuts et leurs clauses Peu ferré mais très bruyant, Oscar, avocat sans causes, Mourut sans un sou vaillant.

Cet orateur peu célèbre, Eut pour oraison funèbre :

Dindon, dindon, dindon, dindon, Que ne travaillais-tu donc ?

t)indon, dindon, dindon, dindon, Dindon !

Un ivrogne incorrigible Qui se grisait tous les jours, Creva, (la chose est possible) Ainsi ça finit toujours, Avant qu'il n'entre à l'église, Il faut que la cloche dise :

Dindon, dindon, dindon, dondon,

Que ne te sevrais-tu donc ?

Dindon, dindon, dindon, dindon, Dindon !

Vous souvient-il de Gustave, — Un robuste villageois, — Il affirmait d'un ton grave Qu'il voulait vivre en bourgeois.

Il est mort dans l'indigence, La cloche sonne en cadence :

Dindon, dindon, dindon, dindon, Que ne défrichais-tu donc ?

Dindon, dindon, dindon, dindon, Dindon !

Ecrivain plein de rancune,

Préférant l'ordure au miel,

Jean, si quelqu'un l'importune,

Ne distille que du fiel.

Il crève en mordant sa plume ;

L'airain dit lorsqu'on l'inhume, Dindon, dindon, dindon, dindon,

Que ne te calmais-tu donc ?

Dindon, dindon, dindon, dindon,

Dindon !

Vous caudataires dociles Du pouvoir, flatteurs outrés,

Marchepieds des imbéciles Far vos travaux illustrés, Craignez qu'un jour la clochette, Trop tard pour vous ne répète :

Dindons, dindons, dindons, dindons, Que ne résistiez-vous donc ?

Dindons, dindons, dindons, dindons, Dindons I

Montréal, 28 août 1881.

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