‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 46 sur 123 · EPIGRAMME · texte numérisé non relu

EPIGRAMME

Un jour mon saint patron, l'illustre St Rémi, Parlant au roi Clovis, qui venait de pourfendre Aux champs de Tolbiac son puissant ennemi, Lui disait : Courbe la tête orgueilleux Sicambre Or, si mon saint patron vivait encor, je crois, Qu'ému de voir ramper le flatteur et le fourbe, Il dirait, en dépit des peuples et des rois : Haut le front, cambre la tête orgueilleux si courbe !

Montréal, 1 octobre 1881.

CAPRICES POÉTIQUES IOÇ

UN AXIOME (Impromptu)

Mon scieur de bois vient à l'instant

De formuler un axiome,

Je trouve qu'il est important

Qu'on lise cela. Le bonhomme M'a dit : "J' s< n era i vot' bois mais j'prends quat' livres dix. Cancon l'a besoin d'moé, j'vas vous dire ousqu'on sonne C'est dans la ru' Cayeux, j'reste au limaro six : C'est toujours V limaro qui trouve la parsonne. " (*)

(*) " Cancon " pour " Quand on " Montréal, \ octobre i8&t.

IIO CAPRICES POÉTIQUES

LA FILLE A BAPTISTE Air : — La fille à Jérôme :

J'ai Pcœur tont gonflé, tonnerr' d'un nom !

La fille a Baptiste,

Le gros aubergiste, J'ai l'cœur tout gonflé ! Tonnera d'un nom 1

La fille à Baptiste

J'iaim' donc !

J'aim' donc !

Rien que pour la voir, j'fréquent' la buvette ; Quéqu'fois en rinçant ses verres et ses plats El' m'envoi' des becs... du bout d'sa lavette, Puis, quand j'ies lui rends, elP rit aux éclats.

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

J'en ai-t-y donc pris de ces petits verres, Pleins du tord-boyaux dTétablissement ; J'ai dépensé là d'quoi payer deux terres, Dans l'but d'rencontrer son regard charmant.

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

Pour la mériter j'me suis fait ivrogne, Et de jour en jour m'alcoolisant, Leur vilain whisky m'a rougi la trogne, Ce qui rend mon air bien plus séduisant.

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

Un soir j'iui disais : Bonjour la demoiselle, EU' me répondit : Quoi-c'que vous prenez ?

J'rétorquai tout bas : Que vous êtes belle !

Eli' se mit à rire et dit : Ah quel nez !

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

J'suis rempli d'amour et d'esprit d'culbute, Et, lorsque les deux me font divaguer, J'iui dis : Voyez donc, si j'vous aime an' butte Puisque j'bois vos grogs sans me fatiguer.

J'ai l'cceur tout gonflé, etc.

Vous n'écoutez pas mes chants bucoliques, Pourtant, près de vous j'suis souvent ému, Je me sens le cœur rempli de coliques On me traite ici comm' le premier v'nu.

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

J'admets volontiers qu'il est vrai de dire Que tous les matins, j'arriv' bon premier, Ceux qui contre moi n'craign' pas de médire, Ajout' que d'ici je sors le dernier.

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

S'rait-ce mon amour ou l'whisky qui m'brûle ? Si ça n's'arrêt' pas bientôt j'creverai !

Eli' m'a dit l'aut' jour : Ça c'est ridicule, Quand vous n'boirez plus j'vous épouserai.

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

Quand je n'boirai plus ! En v'ià z'une affaire ! Mais qui donc frait vivr' les marchands d'iiqueurs ? J'forme un' sainte allianc' avec son vieux père, Et d'ces scrupul's là tous deux j's'rons vainqueurs.

J'ai l'cœur tout gonflé, etc.

Montréal, 7 octobre 188 1.

KEKSÉKSA

Trouble de Pâme, Soupirs de flamme, Doux sentiments qui font battre le cœur, Sublime élan, indicible langueur.

Rêves dorés, désespoir, folle ivresse, Ravissement, douleur, tristesse I • Quel est donc ce charme trompeur Qui nous séduit et nous oppresse, Nous asservit et nous caresse ?

C'est Pamour.Il nous faut rendre hommage au vainqueur.

Malgré sa maladresse, Messire Cupidon, un ex-dieu de Pamour, Irresponsable enfant d'une mère peu sage, Riait lorsque ses dards embrochaient sans retour Deux cœurs mal assortis. Ces fables d'un autre âge. Ont fait leur temps, mais les mortels Dresseront toujours des autels, A cet antique personnage.

Partout l'on aime.

Quand Dieu lui-même,

Nous ordonne d'aimer nos ennemis

Oserait-on croire qu'il est permis,

De comprimer du cœur le cri suprême.

Nier l'amour est un blasphème.

O vous qui méprisez ses lois, Près des b,elles vous voulez feindre Des feux que rien ne peut éteindre,

Nous brûlons à leurs pieds quand vos cœurs restent froids Est-ce à vous de nous plaindre ?

Vous dites que Pamour rend parfois malheureux,

Je n'en disconviens pas, mais, à moins que Ton n'aime, On ne saurait juger des transports amoureux.

Ignorant le plaisir et la douleur extrême, Vous n'entendez rien à l'amour.

Puissiez-vous le connaître un jour Et lui consacrer un poème. ♦

Montréal, 7 octobre 1881.

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