SILVIO PELLICO
Prisonnier pour dettes à Ottawa.
Hélas dans sa prison, il vécut trois semaines :
On l'avait mis au clou pour le faire payer.
Il avait oublié d'apporter ses mitaines.
Et comme il faisait froid, il se mit à brailler.
Puis se laissant aller à la mélancolie,
Peu fier d'être coffré sous ces tristes lambris,
Il se dit : " Je voudrais me voir en Italie
" Loin des frimas, (bis) de mon pays. " (bis)
Hélas ! dans sa prison, s'il faisait un beau rêve, Les puces tout à coup venaient le déranger :
Ces gueuses ne voulaient pas lui laisser de trêve ; Et passaient tout leur temps à le faire enrager. Leur nombre, chaque jour, croît et se multiplie. Piqué dans son honneur, leur crachant son mépris. Il leur dit : " Fichez-moi le camp vers l'Italie, " Ne revenez (bis) plus au pays. " (bis)
Hélas ! dans sa prison, s'il avait pu le faire, Il aurait fait venir ses nombreux créanciers Puis il leur aurait dit : " Pour régler cette affaire, " Je vais chercher au loin quelques bons financiers
" Veuillez m'attendre ici. De peur que l'on oublie " Le respect qu'on vous doit, dans ce vaste logis " Je vous enferme à clef. Je cours en Italie, " Car je veux voir (bis) ce beau pays, (bis)
Hélas ! dans sa prison, pendant les jours d'orage,
Il se félicitait d'être si bien logé ;
Quand la voûte d'azur, n'avait pas un nuage
Il aurait volontiers accepté son congé.
Depuis qu'on l'a lâché, sa belle âme est remplie
De regrets pour les plats qu'on lui servait tout cuits.
Il n'a pas émigré vers la belle Italie :
Il est resté (bis\ dans son pays, (bit)
Montréal 23 novembre 1881.