LE CHANTAGE
Dédiée à ceux qui font les ânes pour avoir du son.
LE CHANTEUR A i/lMPRESSARIO.
Vous voulez me faire chanter,
Quelle est donc votre envie ?
Ma voix ne saurait enchanter
Votre oreille ravie.
De persister vous avez tort,
Vous devriez vous taire ; Vous savez que je tape fort .
Quand je règle une affaire.
De m'arracher une chanson
Vous n'êtes pas le maître ; Vous feriez bien mieux, sans façon,
De vous en aller paître.
Si je chante, soyez dispos :
Il faudra que Ton danse, Et je battrai, sur votre dos,
La mesure en cadence.
Vous demandez des airs complets,
Pour garder le silence.
L'on pourrait, en quelques couplets,
Châtier votre insolence.
O vous qui semez la terreur Pour avoir des carottes,
Sortez du bourbier de Terreur Lâchez moi vos marottes.
Morale
Ne donnez jamais votre argent
A des gueux de la sorte, Il est mille fois plus urgent
De les mettre à la porte.
S'il parlent de vous éreinter
Dans une feuille immonde, Vous pouvez les faire arrêter
Sans que nul ne vous tonde.
Moatréal 15 novembre 1881.