A PROPOS DE ÇA
Hélas ! dans ce bas monde Tout va coud couça ; On s'étrille à la ronde, Qu'c'est un' pitié d*voir ça !
La langu' de la commère Travaille, il faut voir ça, Et rend la vie amère A qui n'se fich' pas d'ça.
Le bec fin dit à table :
Moi je ne mang' pas d'ça ; C'est un mets détestable, J'peux pas digérer ça.
L* glouton crie à tue-tête :
Vite, apporte-moi d'ça !
Et le traiteur s'embête De l'voir manger tant qu'ça.
L'papa dit d'sa marmaille :
Qui c'qui m'a bâti ça ?
Toujours ça morv', ça braille, J'peux pas endurer ça.
Et la femm* de l'ivrogne Dit : Pourquoi qu'j'ai pris ça ?
Regardez moi donc c'te trogne :
Comment puis-je aimer ça ?
CAPRICES POÉTIQUES l6l
L'mari lui dit : '* Ma belle, " Faut pas parler comm' ça ; " Si tu fais la rebelle " J'saurai bien régler ça.
"Ne m'mets pas en colère, " Tu fras mieux, j'te dis qu'ça. " — Va te faire lanlaire Moi j'n'ai pas peur de ça. "
Les coups pleuvent comm' grêle,
Après qu'on a dit ça :
La femme, étant plus frêle,
Ne gagne rien à ça ;
La figure en compote
E1F dit : " Tu m'paieras ça,
" Tu veux jouer au despote,
" J'te frai ben r'grétter ça. "
Revenu d'sa soulade, Le mari s'rappell' ça ; Souvent il est malade D'avoir trop gobé d'ça.
Il regrett' que sa tête Soit équipé* comm* ça, Et dit : si j'fais un' fête
J'me conduirai mieux qu'ça.
Avec dTargent en poche Vous vous dites comm' ça :
J'm'en vas prendr' un' bamboche, Que ça s'ra beau d'voir ça. 1 1
l6« CAPRICES POÉTIQUES
Lorsque, d'une main leste, Quelqu'un vous enlèv* ça Et vid' vos poch's de veste Pour qu'vous n'buviez pas ça. *
L'créancier, qui vous guette, Dit : Vous me devez ça :
Vous répondez : " Baguette !
Je n'vous dois pas tant qu'ça. " I/jug* dit : " Payez la dette, " Les frais, et cetera. " L'avocat prend la r'cette Et dit : " J'empoch' tout ça. "
Vous souffrez d'un' molaire, La jou' grosse comme ça, Vous dit's : " Il faut l'extraire, " Docteur ôtez-moi ça. " Il vous bris' la mâchoire Et vous fait payer ça, Puis il vous fait accroire Qu'ça vous va mieux comme ça.
Quelquefois je m'amuse
A rimailler comm' ça
Sans consulter ma Muse
Qui n'chanterait pas ça.
Tous les gens que j'embête
Peuvent siffler comm' ça ;
Ceux qui trouv'nt qu'c'est pas bête
Applaudiront comm' ça.