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LE CHEMIN PE FER A SENECAL

Pour s'amuser tous nos poètes Ont fabriqué des chansonnettes '; Ils ont aligné bien des vers, Chanté mille sujets divers.

Tout ce qu'ils font, c'est prosaïque.

F d'vraient nous fair* de l'esthétique :

Quelque chos' de monumental Sur le ch'min d'fer à Sénécal.

C'est ça qu'est un ch'min d'fer qui s*cogne : Vous marchez sur un' Catalogne Quand vous entrez dans l'char dortoir.

Ils ont d'tout, même un grand miroir Pour ajuster votre perruque, Et d'I'eau pour vous laver la nuque :

On s'paie un luxe oriental Sur le ch'min d'fer à Sénécal.

Quand on n'aim' pas kt premier 1 classe, Ou qu'on n'peut pas avoir un' passe, On entre dans le char fumoir.

Par devant, su' l'bois faut s'asseoir.

C'est plus moelleux dans la première, Où l'élégant jouit, par derrière, D'un confort qui n'a rien d'égal Sur le ch'min d'fer à Senécal.

En seconde on a pour principe D'abuser un peu de la pipe ; Par goût ou par nécessité, Plus d'un brûl' gueule est culotté ; Mais en première on marivaude ; La voyageuse, qui minaude, Croit entrevoir le conjugal Sur le ch'min d'fer à Senécal.

Dans l'char palais, c'est magnifique.

Mais, c'qu'est ben plus suspismastique, C'est d'voir le char officiel Bigarré comme un arc-en-ciel.

C'est là qu'on mang' d'ia bonn' galette, Qu'on boit d'ia bonn* bièr' d'épinette.

On n'se r*fus* pas un p'tit régal Sur le ch'min d'fer à Senécal.

On a d'z'employés, c'qu'est pas bête, Mais, d'craint' qu'i' n'se four* dans la tête • De s'ia casser, c'qui s'rait très mal, On l'z'assur', c'qui m'est bien égal.

J'en connais un qu'est à rien faire.

Et d'aut' qui l'aid' : c'est leur affaire.

Il est si gras qui d'vient bancal Sur le ch'min d'fer à Senécal.

Mais v'ià-t-il pas qu'on voudrait vendre Ce chemin ! Là-d'sus, rien à reprendre, Surtout si Pcabinet d'Québec Vend tout Pbib'lot, S'nécal avec.

J'sais pas si ça paierait la dette.

Toujours qui n'faudrait pas qu'on jette Aux quatre vents not* capital En vendant Tch'min à Senécal.

Montréal, 4 février 1881.

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