NOS LÉGISLATEURS
C'est un orateur bien drôle Que ce monsieur Bergeron ; Tous ses amis vous diront Qu'il a bien joué son rôle.
Lorsqu'il nous a commenté La harangue officielle, Une jeune demoiselle A dit : " Quel beau député !
" Il parle comme un gros livre :
" C'est un vrai Solon.
" Qu'il est doux de vivre " Pour voir monsieur Bergeron J "
La phalange libérale Compte Laurier, Geoffrion, Casgrain, Béchard et Dumont ; Mais la lutte est inégale.
Ouimet, Mousseau, Langevjn, Girouard, Tassé, Landry, Houde, Sont tous bleus. Si quelqu'un boude Ou veut faire le mutin, Le chef lui lave la tête.
De cette façon,
Plus de trouble-fête :
Chacun apprend sa leçon.
Type à figure sinistre, Un austère député, De partisan encroûté, Désire passer ministre.
Il pérore à tout propos, Et croit, à tort, qu'on l'écoute, Mais l'auditeur baille et goûte, Du sommeil le doux repos.
Dans la coulisse, il vous bloque :
(C'est un vrai crampon !) De lui l'on se moque, Comme de Colin-Tampon.
Je ne veux, pour rien au monde,
Oublier les sénateurs,
Paisibles législateurs,
Qui s'endorment à la ronde,
Etendant, pour roupiller,
Sur leurs chaises bien moelleuses,
Leurs figures anguleuses.
Quelques uns, sans sourciller,
Font des discours à la brasse,
Crient à plein poumon.
Ce soin n'embarrasse Jamais monsieur Gué vre mont.
Ottawa, 15 férrier 1882.