L'ACADÉMIE ROYALE CANADIENNE
Que j'aime à voir l'Académie S'organiser bien doucement.
Avant de mourir d'anémie.
Elle veut naître obscurément Déjà, dans l'ombre, on l'organise ; Les gens d'esprit se tiennent cois, En attendant qu'on tympanise Tous ces professeurs d'Iroquois.
Par ses travaux incomparables, Lemoine a pu sortir des rangs.
Du poids de ses "Feuilles d'Érables" Ecrasant tous ses concurrents, Il va, dans cet Aréopage, Censurer les fils d'Apollon, Sans avoir écrit une page Dans la langue de Fénélon.
Voyant que l'on s'immortalise, Et que l'encens fume en haut lieu, Faucher, que rien ne scandalise, .
S'en vient se placer au milieu.
Il saura conduire sa barque, Croiser "de Tribord à Bâbord," Pour empêcher que l'on n'embarque Trop d'indigènes à son bord.
Doyen de la littérature, Ancien poète de renom, Monsieur Chauveau, bonne nature, A bien voulu prêter son nom.
Que fait-il dans cette galère ?
Ignore*t-il qu'on y verra Plus d'un obscur folliculaire Que le connaisseur sifflera ?
Mais non, ce n'est pas une clique.
N'y voit-on pas le Huguenot Coudoyer le franc catholique ?
Messieurs Lemoine et Bourinot, Pour que nous respirions à l'aise, Deviennent Français d'occasion.
Voilà, pour la race française, Une excellente acquisition.
D'admiration mutuelle
Nous avons nos sociétés,
Mais nous aurons, dans la nouvelle,
Des admirateurs brevetés.
Le haut personnage qui Yorne
De son titre et de son savoir,
Ne saurait fixer une borne
Aux éloges qui vont pleuvoir.
Ottawa, ier mars 188a.