SOTTISE ET VANITÉ
Vous connaissez la boutique Qu'on nomme le Parlement, Une boîte à politique Où Ton glose énormément.
Là, plus d'un fier démocrate Qui prêchait l'égalité Tranche de l'aristocrate, Depuis qu'il est député.
Tâchez donc d'être moins raides Entre fils de laboureurs, Qu'êtes-vous, obscurs bipèdes Qui singez les grands seigneurs ?
Le parvenu qui se gorge Du produit de notre argent, Dans son orgueil se rengorge ; Il fuit l'homme intelligent Dans une fausse étiquette, Le fat, se claquemurant, Cherche le sot, la coquette, Il tient à garder son rang.
Tâchez donc d'être moins raides, etc.
Les caprices de la mode Rassemblent dans les salons Les esclaves de ce code Qui nous mène à reculons.
Dans le prétendu beau inonde Où fourmillent les gâteux, Toujours la brune et la blonde Font la cour aux vaniteux.
Tâchez donc d'être moins raides, etc.
En fait-on de ces manières A ces rendez-vous fameux, Véritables pépinières D'où sortent tant de gommeux !
Plus d'un gueux criblé de dettes Craint d'y voir ses créanciers, Et réserve ses courbettes Pour quelques gros financiers.
Tâchez donc d'être moins raides, etc.
L'épouse d'un fonctionnaire Qui veut choisir ses amis, S'informera du salaire Que reçoit chaque commis.
Quelle est donc cette manie ?
Pourquoi faire les dindons ?
Quand le gros bon sens vous crie A tous, et sur tous les tons :
Tâchez donc d'être moins raides, etc.
Ottawa, 94 mars 1882.
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SUR L'ALBUM DE Mlle R***
Puisque vous le voulez, j'écris dans ce beau livre, Véritable bijou, corbeille aiix mille fleurs, Etalant à vos yeux les plus belles couleurs.
Dans cet éclat vermeil la modeste pensée ■Que je dépose ici disparaît, éclipsée.
Chacun, dans cet album, affirme qu'il vous aime. Le mérite, ma foi, ne me semble pas grand, Vous voir sans vous aimer, voilà l'effort suprême, Et la palme appartient au plus indifférent.
Ottawa; 2S~marsj88a.
IÇ4 CAPRICES POÉTIQUES