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LES CABALEURS

Air : — De la Boulangère

Les cabaleurs ont des écus Mais ils n'en montrent guère ; Les électeurs sont convaincus, Que, du nerf de la guerre, Quelqu'un s'est amplement pourvu

A l'ombre du mystère.

As-tu vu

L'argent du mandataire ?

Mais l'organisateur banal Ne fait pas de largesses Depuis que l'électeur vénal, Sur de vaines promesses, Vote pour le premier venu,

Bêtise sans égale !

As-tu vu

L'argent de la cabale ?

Quand il s'agit d'avoir des fonds, Les exploiteurs avides, Rusés coquins, gouffres profonds, Montrent leurs goussets vides,

Car, pour les prendre au dépourvu Il faudrait être habile.

As-tu vu L'argent de l'imbécile.

Ne plaignons pas les souscripteurs, Qu'on vole outre mesure, Sans doute les législateurs Paieront avec usure, En prenant sur le revenu

Du pays. C'est bien triste As-tu vu

L'argent de Jean Baptiste ?

Vous tous qui vous sentez frappés De fièvre électorale, Tâchez de n'être pas trompés Par la gent immorale.

D'argent tâchez d'être pourvu

Sans vendre votre v ote.

As-tu vu

L'électeur patriote :

Montréal, 22 mai 1882

SCIEURS ET SCIÉS Air : — Connu

Troupe broyante De bavards abrutis,

Tourbe grouillante De rustres mal bâtis.

Orateurs mal peignés, Electeurs indignés, Multitude ignorante, De gens mal renseignés

Troupe bruyante.

Chantons la gloire De nos fiers candidats ;

A les en croire, Tous tiennent leurs mandats Tous veulent à la fois Revendiquer leurs droits.

Au temple de mémoire Inscrivons leurs exploits ;

Chantons leur gloire.

Pendant la lutte On parle avec aigreur ;

On se culbute, On se met en fureur.

Le paisible électeur, Tous; jusqu'à l'orateur, Sont quelquefois en butte Aux trucs de l'imposteur Pendant la lutte.

Vieille pécore, Médis sur ton voisin ;

Rougis encore Ta trogne dans le vin.

Eclaire chaque coin Des reflets de ton groin.

Quel beau nez te décore !

Calomnie au besoin,

Vieille pécore !

Dans ta paroisse, Illustre cancannier,

Qui donc te froisse ?

Tu deviens chicanier.

Aurais-tu souhaité Devenir député?

Maîtrise ton angoisse, Reste l'âne bâté

De ta paroisse.

Montréal 31 mai 1882

2l6 CAPRICES POÉTIQUES

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