UN REVE D'ÉTUDIANT
Air : — Un rêve de jeune fille
Sa lèvre était encore imberbe.
Biais chez lui quelle ambition !...
Il tranchait une question Avec l'aplomb le plus superbe.
Son frère, un gamin de douze ans.
Disait : Je serai militaire :
Mais lui criait à tous venants :
Moi je veux être mandataire ! "
H était sorti du collège. Bourré de grec et de latin, Au Parlement, grâce au scrutin, Il espérait avoir un siège ; Il disait : " Ma foi ! je veux bien " Etre avocat, docteur, notaire, " Mais je ne vois là qu'un moyen " Pour devenir un mandataire. n
On admirait son impudence, Sa morgue, sa fatuité ; Mais notre aspirant député Voulut croupir dans l'ignorance.
4< L'étude m'occupe fort peu, " Dit-il. " Foin d'un travail austère !
" Moi, j'ai bien d'autres fers au feu, " Car je veux être mandataire.
" Travailler, rien n'est plus stupide ,
" Ça vous dérange énormément.
" Il me faut un avancement ;
" Je veux surtout qu'il soit rapide.
" Il suffit de savoir flatte*
" Le bourgeois et le prolétaire ;
" J'apprends l'art de les embêter,
" Car je veux être mandataire. "
Notre morveux reste fidèle Au programme qu'il s'est tracé ; De le suivre il s'est efforcé, Malgré la fortune rebelle.
Il prononce de longs discours Chaque fois qu'il devrait se taire ; Les fonds lui manqueront toujours Four être nommé mandataire.
Ottawa, 15 mai 1882.