CONCOURS D'ÉLOCUTION
Air : — Connu.
De nos habiles discoureurs
Dressons ici la liste.
Les candidats, en éclaireurs, Envoient à Jean-Baptiste
Nombre d'avocats,
Gens peu délicats, Mais grands controversistes ;
Beaucoup d'étudiants
Et des mendiants Qu'on nomme journalistes.
Parcourant vallons et coteaux,
Pour dire des sornettes, Ces gens-là, sur tous les tréteaux, Exhibent leurs binettes.
En les écoutant,
Plus d'un habitant Dit : " Ça valait la peine
" De nous envoyer,
" Pour nous ennuyer " Pareil énerguméne. "
Quand l'un vante son candidat Et jure sur son âme,
2l8 CAPRICES POÉTIQUE^
Qu'à lui seul revient le mandat, L'autre aussitôt proclame
D'un ton sérieux,
Que le sien vaut mieux ; Le premier recommence :
" Vous avez menti !
" Tout votre parti " N'est qu'une sale engeance. "
L'on entend ces fiers orateurs,
Les dimanches et fêtes, Dire, sans passer pour menteurs, Qu'ils sont de grosses bêtes.
Ces tribuns fougueux
Se traitent de gueux, De vendus. Lorsqu'ils prouvent
Qu'ils sont des faquins,
De rudes coquins, Les électeurs approuvent
D'élocution, quel beau concours !
Jamais phrases pareilles, Composant d'aussi longs discours, N'ont frappé nos oreilles.
A-t-on augmenté
La majorité Rouge ou conservatrice ?
Non, sans hésiter,
Chacun va voter, Au gré de son caprice.
Montréal, 7 juin 188a.