LES BLEUS
Air : — Connu.
Des bleus chantons la louange !
Que de bleus, hommes de rien, Ont quitté la port' d'ia grange Pour la crèche où Ton vit bien.
Les bleus, les bleus Sont des gars chanceux, Ils sont ben v'limeux, Vivent les bleus !
Chez les rouges la misère Règne, nous assure-t-on.
Ils ont épuisé Rosaire Et n'ont plus l'tour du bâton.
Les bleus, les bleus Sont des gens heureux, Ils gard' tout pour eux, Vivent les* bleus !
Le conservateur docile, Qui veut être député, Remporte un succès facile Auprès d'ia majorité.
Les bleus, les bleus Sont des gens heureux Ils vont deux par deux,
Comme les bœufs.
Du rouge l'éclat vous frappe, Plus d'un coq d'Inde en a peur, Mais ça rappelle la trappe Et le candidat trappeur.
Les bleus, les bleus Sont des gens heureuux Ils sont ben véreux, Vivent les bleus.
Pendant que, dans la détresse Gémissent les libéraux, :
Les bleus sont dais l'allégresse Et crient comme des taureaux :
Les bleus, les bleus Sont des gens heureux Et très valeureux, Vivent les bleus.
Mais lorsque les bleus entonnent Leurs refrains victorieux, Les chefs libéraux s'étonnent Et les traitent de mort-gueux.
Les bleus, les bleus Sont pas des morveux, Oncles et neveux Se feront bleus.
CAPH1CES POÉTIQUES 221
Plus d'un libéral regrette La triste fin du combat.
Et dit : Qu'est-ce que l'parti brette ?
Avant d'mourir on s'débat.
Les bleus, les bleus Sont des gens heureux, Le sort est pour eux, Vivent les bleus.
Dans la douleur qui l'agite, Le libéral encroûté, En retournant vers son gite, Maudit la prospérité.
Les bleus, les bleus Sont pas si scabreux, Ils s'en vont joyeux, Vivent les bleus.
Montréal, 14 juin 1882