AU PEUPLE CANADIEN
(Respectueusement dédié à M. A. B. Routhier.)
O peuple canadien ! tressaille d'allégresse,
Plonge anjourcFhui ton cœur dans une sainte ivresse^
Fais retentir l'air de tes cris, Déroule avec orgueil les plis de tes bannières, Fais éclater partout tes fanfares guerrières,
Car c'est la fête du pays.
L'astre d'or, ce matin, à l'horizon sans bornes^ S'est levé radieux mettant au front des mornes,
Une auréole de rayons ; Le vaste Saint-Laurent roule sa vague pure, Et les petits oiseaux, noyés dans la verdure,
Disent leurs plus douces chansons.
La forêt secouant sa crinière ondoyante, Jette mille clameurs à la brise odorante ; Le ruisseau sous l'émail du gazon verdoyant,
(*)La pièce suivante a paru dans "l'Opinion Publique." Je donne plus loin la parodie.
Mêle aux hymnes des bois sa suave harmonie.
L'aigle du haut des monts lance sa rhapsodie* Tout sous le soleil chante un Te Deum géant.
Joignant ta voix aux voix de la nature entière.
Peuple, aux pieds des autels, la tête haute et jure*
Va prier à genoux ton glorieux patron,
Pour retremper ton cœur aux sources de la gloire.
Etale les feuillets de ta sublime histoire ',
De tes fastes dorés rouvre le panthéon*
Contemple au premier rang les noms des saints apôtres, Brébœuf, Jogues, Buteux, et les noms de tant d'autre* Qui sur un vil bûcher répandirent leur sang.
Quand leurs corps se tordaient aux baisers de la flamme, Ces preux des anciens jours criaient du fond de rame: Pitié pour nos bourreaux, ô Maître tout-puissant !
Jette les yeux plus bas : vois le champ de bataille, Où r illustre Mont cal m, frappé par la mitraille ', Tombe V épée au poing* tout près de son vainqueur ; Rassemblant les débris de son mâle courage* Derechef il s'élance au milieu du carnage :
Quand un éclat d'obus vient lui briser le cœur.
Oui* peuple canadien, rejeton de la France, Toi dont le noble esprit égale la vaillance,
Célèbre dignement ce jour !
Portant de Carillon l'immortelle bannière.
Va sur tes champs fameux, vénérer la poussière
Des héros morts pour ton amour.
En ce matin béni de la St. Jean-Baptiste, Démontre avec éclat que dans ton âme existe
L'amour pur de la liberté.
Redis à l'étranger ton passé magnifique, Affirme hautement le courage héroïque
De ta nationalité.
J-B. Caouette.
Québec, 24 juin 1882,