‹ Caprices poétiques et chansons satiriquesChapitre 94 sur 123 · AU PEUPLE CANADIEN · texte numérisé non relu

AU PEUPLE CANADIEN

(Respectueusement dédié à M. A. B. Routhier.)

O peuple canadien ! tressaille d'allégresse,

Plonge anjourcFhui ton cœur dans une sainte ivresse^

Fais retentir l'air de tes cris, Déroule avec orgueil les plis de tes bannières, Fais éclater partout tes fanfares guerrières,

Car c'est la fête du pays.

L'astre d'or, ce matin, à l'horizon sans bornes^ S'est levé radieux mettant au front des mornes,

Une auréole de rayons ; Le vaste Saint-Laurent roule sa vague pure, Et les petits oiseaux, noyés dans la verdure,

Disent leurs plus douces chansons.

La forêt secouant sa crinière ondoyante, Jette mille clameurs à la brise odorante ; Le ruisseau sous l'émail du gazon verdoyant,

(*)La pièce suivante a paru dans "l'Opinion Publique." Je donne plus loin la parodie.

Mêle aux hymnes des bois sa suave harmonie.

L'aigle du haut des monts lance sa rhapsodie* Tout sous le soleil chante un Te Deum géant.

Joignant ta voix aux voix de la nature entière.

Peuple, aux pieds des autels, la tête haute et jure*

Va prier à genoux ton glorieux patron,

Pour retremper ton cœur aux sources de la gloire.

Etale les feuillets de ta sublime histoire ',

De tes fastes dorés rouvre le panthéon*

Contemple au premier rang les noms des saints apôtres, Brébœuf, Jogues, Buteux, et les noms de tant d'autre* Qui sur un vil bûcher répandirent leur sang.

Quand leurs corps se tordaient aux baisers de la flamme, Ces preux des anciens jours criaient du fond de rame: Pitié pour nos bourreaux, ô Maître tout-puissant !

Jette les yeux plus bas : vois le champ de bataille, Où r illustre Mont cal m, frappé par la mitraille ', Tombe V épée au poing* tout près de son vainqueur ; Rassemblant les débris de son mâle courage* Derechef il s'élance au milieu du carnage :

Quand un éclat d'obus vient lui briser le cœur.

Oui* peuple canadien, rejeton de la France, Toi dont le noble esprit égale la vaillance,

Célèbre dignement ce jour !

Portant de Carillon l'immortelle bannière.

Va sur tes champs fameux, vénérer la poussière

Des héros morts pour ton amour.

En ce matin béni de la St. Jean-Baptiste, Démontre avec éclat que dans ton âme existe

L'amour pur de la liberté.

Redis à l'étranger ton passé magnifique, Affirme hautement le courage héroïque

De ta nationalité.

J-B. Caouette.

Québec, 24 juin 1882,

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