LA SAINT-JEAN-BAPTISTE
Des rameaux verdoyants décorent chaque rue, Et de tous les côtés, la foule est accourue.
Dépassant au galop quelques groupes épars, L'on voit des cavaliers courir de toutes parts. Tel, pendant le combat, la légère estafette, Sous la grêle de plomb, court, va, vient et répète L'ordre du commandant aux vaillants officiers, Tels, les ordonnateurs, excitant leurs coursiers, Parcourent en tous sens les rangs de la colonne. Dominant de leur voix le tambour qui résonne, Ils montrent à chacun sa place dans les rangs. Chut ! N'entendez -vous pas ces accords enivrants ? D'un corps de musiciens la joyeuse fanfare A donné le signal. Voilà qu'on se prépare A marcher fièrement à l'ombre du drapeau Qui de la nation protège le berceau.
Plusieurs ont sur le sein l'image vénérable Du patron ; mais chacun a la feuille d'érable, Cet emblème sacré qu-, sur un cœur vaillant, Le robuste ouvrier attache en tressaillant ; Car souvent la bonté s'allie avec la force.
Le travailleur est franc, mais sous sa rude écorce Il cache un noble cœur, une âme de héros.
Tandis que les savants prononcent de grands mots Qu'ils ne comprennent pas, on voit le prolétaire,
Laissant là son travail, devenir militaire, Et, dans les rangs obscurs, défendre son pays ; Au moment du danger, quand d'autres, réunis, Pérorent à l'envi, discutent à leur aise, Notre ouvrier se bat, témoin mil huit cent treize, Témoins les beaux succès que remporta jadis L'ouvrier canadien, luttant un contre dix.
Puisqu'au temple d'honneur notre histoire burine D'aussi beaux dévouements, devant chaque poitrine Que décore aujourd'hui Pinsigne glorieux Inclinons-nous ; l'enfant est digne des aïeux. Nos pères autrefois, à l'appel de la gloire, Abandonnant leurs champs, couraient à la victoire. Mais nous n'entendons plus des armes le fracas ; Nous cherchons à créer, nous ne détruisons pas. Aux bruits guerriers des camps succède l'industrie. Nos bras sont au travail, nos cœurs à la patrie. Quand, pour notre pays témoignant notre amour, Nous nous réunissons pour fêter ce grand jour, Fils des premiers colons de la Nouvelle France; Héritiers du beau sol qu'illustra leur vaillance, Nous osons réclamer notre place au soleil.
Dans le fond d'un ciel pur, à l'horizon vermeil, Brille d'un vif éclat l'étoile tutélaire.
Cet astre bienfaisant nous guide et nous éclaire. De notre sainte foi conservant le flambeau, Nous avons pris au Ciel un protecteur nouveau. Quand nous serrons nos rangs sous sa puissante égide Viennent les coups du sort, rien ne nous intimide !
Notre devise à nous, c'est l'amour, l'union.
Unis, nous pouvons tout. Lorsque plus d'un million
De cœurs vraiment français palpitent,
En vain nos ennemis, pour nous perdre s'agitent,
Tant que groupés autour de nos fiers étendards
Nous marcherons, sur nous s'émousseront leurs dards.
Méprisant leur fureur et les traits de l'envie
Nous saurons triompher. Le destin nous convie
A former sur ce sol un peuple grand et fort ;
Il suffit pour cela d'un généreux effort
Que Dieu secondera. Jurons d'être fidèles
Au devoir. Nos aïeux nous servent de modèles :
Comme eux, il nous faudra rester toujours unis.
Nous avons, ce matin, dans les temples bénis
Adoré le Très Haut et rendu notre hommage
Au patron vénéré dont nous portons l'image.
Et maintenant montrons que nous sommes restés
Les dignes descendants d'ancêtres respectés.
Montréal, 24 juin 1882.