‹ Captive et bourreau [microforme]Chapitre 30 sur 31 · ENTRE DEUX COUPS DE FILET · texte numérisé non relu

ENTRE DEUX COUPS DE FILET

La pêche a cela de bon qu'après un exercice violent, on 4 des moments de grand calme.

Lorsque les filets sont jetés ; lorsqu'on n'a plus qu’à attendre la marée, étendus sur le sable ou groupés sur les bancs de l'embarcatiou, on causé,

Ce sont de bons moments, l'esprit est libre et dispos, l'air vif de la mer vous dilate le corps et son aspect vous élève l'âme.

C'est dans ces heures de calme qu'il faut chercher le secret de cette foi vive du marin, de cette foi qui se réveille si puissante et si naïve aux heures du danger.

Appugé au plat-bord, l'œil perdu sur la ligne de l'horizon, sur cette ligne bleuâtre qui n’est ni ciel ni eau, et derrière laquelle se cache la terre; la terre! mot magique qui renferme tout, joies, douleurs, espoirs, misères, pour le marin longtemps absent; révant ainsi, le marin se dégage de toutes ces scories qui cachent et gâtent les âmes ; plus d’une fois j'ai vu des lèvres s'agiter, j'ai entendu des mots de prières dites par des bouches qui semblaient plu. tôt faites pour jurer.

Ces heures de repos dont je parlais, sont le plus souvent consacrées à la conversation ou à quelque récit,

Ceci est même préféré. out le monde y trouve son compte ; les paresseux ne font rien, et le conteur, s’il est habile, a du succès; succès facile du reste, le milieu rend indulgent.

Combien j'ai entendu de ces histoires, les unes tristes, les autre gaies.

Mon frère, qui revenait des Indes, nous contait sas

mille accidents de voyage, l’histoire de ses amitiés lointaines, de ces réceptions cordiales que font aux Français de France, les Français de nos colonies. Il nous dépeignait les intérieurs créoles, et les festins qu’on lui donnait. Une autre fois, c'était le récit d'une tempête, il nous disait comment, forcés par ua coup de vent, un cyclone. comme on dit auJourd'hui, de fuir le motüillage de l’île de la Réunion, ils avaient bourlingués pendant six jours à la cape c'est à-dire sans voiles, — tous les sabords, fermés c'est-à-dire sans air, — tous les feux éteints, — c'est à-dire sans jour et sans cuisine ; comment je ne sais quelle olla podrida, quel arlequin froid, de la viande salée, du fromage, de la confiture, étaient leur seul ressource; comment, au moment où ils dinaient, venait un coup de mer qui bousculait tous les objets placés sur les planches du poste ; et com. ment celui-ci trouvait, l'émotion passée, une botte dans son assiette, l’autre un chapeau, celui-là un bouquin, un quatrième un morceau de savon ou une pipe.

Quelquefois, à la pêche, nous emmenions l'abbé Dréo, qui avait été aumônier de la flotte et qui sa vait des histoires à mourir de rire: celle du matelot qui venait à confesse avec un bout de lin long

” + brasses, portant autant de nœuds qu’il avait de ac. “la conscience et qui défilait son filin de péché ralle du capitaine dé la Péné- 8 Si

"de tenue et qui, dans Comme un Chapelet;

bope, qui étais soujours en gra.

les relâches, montait ainsi à cheval pour aller voir ses amis, sabre au côté et claque en tête, si bien que ies matelots disaient qu'il couchait avec son sabre et qu'un jour qu’une fausse manœavre du timonier avait fait 'chavirer la yole, le commandant manqua de 8e noyer parce qu’il voulut d'a rd rattraper son chapean et le remettre sur sa tôt.

Ces récits n’en finissaient plas, mais le plus fort de tous les conteurs, c'était Bernus, le matelot,

C'était un type que ce Bernus: Petit, trapu, des épaules de Samson, une tête grisonnante, des cheveux en brosse, une face en pomme mûre, des yeux piquants comme une vrille, des boucles d'oreilles en formes d’ancres et une chique énormes gonflant sa

joue.

C'était le marin dans son plein, fort croyant en Dieu, sans embarras et sans gêne, ayanttout vu, tout jugé à sa façou, tout retenu surtout. Il avait navigué trente-cinq ans à l'Etat, élix ans au long cours, cinq ans au cubotage, et il était avec nous de. puis quatre ans. Ces chiffres vous donnent son âge. Berus avait cinquante-quatre ans d’âjre et cinquantequatre ans de mer; il était né dans La chambre d'a. vant de la Licorne, une goëlette du commerce, où son père était gabier et uù sa mère s'était trouvée embarquée par mégarde et obligée de faire un voyage de trois ans aux Indes Orientales,

Cet embarquement était une des histoires de Ber nus; mais il ne la contait que les gr&:.ds jours, et je ferai comme lui.

Bernus avait excellent cœur, excellent esprit, mais il avait ses antipathies; il ne pouvait pas souffrir les gendarmes, non pas qu'il eût eu jamais à se plaindre d’eux à terre, mais à cause d'un certain capitaine de gendarmerie colonial qui l'avait pris en grippeet lui avait valu une pumition. L:s jours où Bernus était en train, il nous racontait les misères de capitaine de gendarmerie.

— C'était un homme rangé, tiens bon là disait Bernus, économe, fallait voir. Pour venir à bord de /'Ar. mide, où j'étais, il prit à la caie un bateau de passage, si bien que moi qui étais de garde à l'escalier, je ne vit pas l'officier, et croyant que c'était des amis de l'équipage, je dis : ‘* Passe au vent. ” Le bateau obéit et voilà l'officier obligé de monter à bord par l'6. chelle, se hissant aux tireveilles comme un bâton, suant, jurant, tiens bon là, à faire coller la frégate, Moi je riais, ce ne fut pas iong; il porta plainte au second et je fus coffré; c'était injuste, pas vrai? y n’avait qu’à se montrer, cet homme, et à ne pas prendre un bateau à provisions. J'aurais jamais cru qu'y avait là un officier ; un bœuf, je ne dis pas non.

Quand Bernus était en train, il imitait le capitaine de gendarmerie entrant chez le commandant avec son habit de tenue rendu trop étroit par une lame qui l’avait inondé, si bien que les bras du guerrier formaient comme un cerceau et que les basques de son habit s'ouvraient comme les ailes d’un hanneton. Bernus avait surtout une manière de dire :

— Commandant, j'ai bien l'honneur d’être votre serviteur de tout mon cœur,

Qui nous faisait éclater de rire. :

Mais notre bateau a fait un mouvement; nous sommes m2.:l68 sur notre grappin, et voilà que nous tournons tout doucement, c’est le flot; à plus tard

Un était pour

Co régul même que d

Or urner naire, cham tout 8

Elle l'herb

garda in oqu Et d

la tua Qué funte, jemar quand tuer LH de lat étaien diner.

La f par Jarter Il vi Or, | que la Elle sut; p tacha a de vin, forces.

Le c autour s’ouvri La f, pour 64 fema D

>r Voir i bien ec son , du tiandant rd rat-

fort de

pu, des les che- 55 yeux illes en flant sa

yant en jut vu, fl avait in long 1ous deson Âge.

quantebre d’a- >rce, Où trouvée à un VO-

, de Ber urs, ét je

rit, mais uffrir les se plain- Rhin Capi-

pris en jours où

misères

isait Berde l'Arpassage, ier, je ne amis de eau obéit par l'én bâton, frégate, lainte au vrai? y pas prencru qu'y ion.

capitaine ant avec hne lame guerrier hsques de n hannedire :

ètre votre

nt; nous que nous plus tard

GAZETTE DES OAPMAGNES es

les causeries, les récits de Bernus ; le poisson va ve-| maison, ce qui fit une bouillie rouge où son mari nir, il faut ouvrir l'œil. et puis il y a là-bas un nuage | entra jusqu'au genou lorsqu'il vint Li la cave, gris qui vient avec le flot, et vers l'horizon des risées| Cetie fois il se fâcha tellement fort, qu'après avoir de vent; la soirée sera dure ; pare à lever le grappiv,| bien battu sa femme il la chassa, et lui dit de ne ja. arme les avirons, nous allons donner un coup de | mais revenir.

seine ou deux, puis lever les filets et ensuite filer| La pauvre créature s’en alla en pleurant, et arriva grand train à Houat, où nous voulons coucher ce| {ans une forêt où se trouvaient les ruines d'un vieux

soir. château, Elle passa la nuit dans ces ruines.

Au poiut du jour, en s’éveillant, elle aperçut quelque chose qui brillait par terre ; elle gratta le sol, et finit par déterrer un pot tout rempli de pièces d'or.

Aussitôt oubliant, et la colère de son mari, et les coups qu'elle avait reçus de lui, et même la défense qu’il lui avait faite de revenir, elle courut à la maison pour lui montrer son trésor.

Le mari le prit, l'almira, et fut si content qu'il pardonna à sa femme.

Il lui recommanda sévèrement de ne parler de sa Un homme avait une femme si bête, si bête qu’elle | trouvaille à personne. était aux trois quarts idiote, et qu’elle passait presque! Elle le promit ; ce qui ne prou vait pas grand chose, pour folle dans tout le pays. car elle était si bête, si bête, qu'on n'avait jamais vu

Comme elle faisait souvent des maladresses, il en | sa pareille. résultait qu’il la battait souvent; et quelquefois! Son mari sortit de la maison, et y rentra peu de même, quand il était bien en colère, il la battait plus | temps après d’un air tout effrayé, en s'écriant : que de raison, car il ne faut abuser de rien. — Quelle épouvantable nouvelle je viens d'ap-

Or un jour que cette pauvre créature avait reçu! rendre | nous n'avons plus qu'à nous cacher, car une ration de coups de bâton plus fort qu'à l’ordi-| 5 5+tre dernier jour est venu, Je le crains bien; figuresnaire, elle s'en alla, dès que son mari fut parti aux| {4j ma femme, que toutes les poules du monde champs, s'asseoir dans sa cour, où elle pleura de! fier se sont donné rendez vous ici pour se livrer

tout son cœur, : une grande bataille; elles vont certainement nous Elle pleura si fort, que sa vache qui mangeait de | éborgner, nous déchiqueter à coups de bec, et finil'herbe dans la cour, s'arrêta, et leva la tête en re-|ront par nous manger, car il n’y aura jamais assez gardant d’un air tout étonné. de grain dans le pays pour rassasier une pareille — je croisen vérité que même les animaux se|quantité de poules. roquent de mon chagrin, s'écria la femme. La pauvre femme épouvantée commença à pleu- Et dans sa colère elle battit si fort la vache qu'elle | rer, à perdre la tête, et à supplier son mari d'invenla tua. | ter quelque chose pour la sauver.

Quand son mari revint et qu’il trouva sa vache dé-| — Eh! bien, ajouta-til, ne crains rien, je sais funte, ii se mit dans la plus belle fureur qu'on eut! comment faire; viens avec moi et je te sauverai,

H, VRIGNAULT.

Page 1