‹ Captive et bourreau [microforme]Chapitre 31 sur 31 · LA BATAILLE DES POULES · texte numérisé non relu

LA BATAILLE DES POULES

jamais vue, et commença à rosser sa femme ; puis pourvu toutefois que tu ne fasses pas un seul mouquand il eut bien rossée, il lui commanda, pour vement et que tu n'essayes même pas d'ouvrir les tuerle meilleur parti possible de la vache morte, | yeux jusqu'à ce que je vienne t’avertir que le danger de la couper et de la mettre avec des choux quilest passé,

étaient duns le jardin, pour pouvoir en manger à ëlle le promit.

diner. Alors la prenant par la main il la conduisit à Ja

La femme obéit, c'est-à-dire qu’elle coupa la vache | cave et la & cacher sous une grande peau séchée et par morceaux, et qu’elle l’alla placer dans le jardin | racornie depuis longtemps; puis quand elle fut bien parterre auprès des oux. | cachée, il sema du grain sur celte peau, et y plaça Il vint des chiens, qui mangèrent la viande. |Cini où six poules qui commencèrent à becqu-ter

Or, parmi ces chiens il y en avait un grand noir, |le grain'er donnant de grands coups de bec sur la

ue la femme détestait, sans trop savoir pourquoi.|peau, à la grande terreur de la pauvre femme, qui

Elle voulut se venger de lui sans que son mari le|etait à moitié mor.e lorsque son mari vint la cher. sut; pour cela elie le conduisit dans la cave etl’at-|cher. | | tacha avec une corde au robinet d'un tonneau plein] Queique temps après, le bruit se répendit (on n’a de vin, puis elle commenç: à le battre de toutes ses|jamais bien pu savoir commen!) que le brave forces. homme avait trouvé un trésor dans les ruines,

Le chien en voulant éviter, les coups tournait tout} Naturellement, aussitôt que le propriétaire des autour du tonneau ; il tourna si bien que le robinet |ruiues eut vent de la chose, il s'empressa de récla. s’ouvrit et que Lout le vin se répandit dans la cave.| mer le trésor comme lui appartenant, et malgré les

La femme voyant cela but peur de son mari, et|dénégations de la partie adverse, il porta une plainte pour sécher le vin et qu’il ne s’aperçut de rien, elle [contre le prétendu voleur d’un argent qu'il n'avait fema par terre toute la farine qu'il y avait dans la) jamais cru posséder. ,

ee]

Les magistrats se' réunirent, et les gendarmes vinrent pour arrêter le mari et la femme et les conduire devant les juges,

Le mari persistait toujours à dire qu'il n'avait aucun trésor, mais la femme, effrayée par l'appareil de la justice, avoua tout ce qu’on voulut; elle ra conta où elle avait trouvé le trésor, comment elle l'avait bien vite apporté à son mari qui était fâché contre elle, mais qui lui avait pardonné à cause de l'or qu'elle avait trouvé.

Quand elle eut tout raconté, le président du tribunal, un homme très-spirituel, voulut donner encore plus de force à la déclaration de l'imprudente en lui faisant préciser le jour et l'heure ; mais lorsqu'il lui demanda si elle se rappelait quel jour elle avait fait cette trouvaille, elle s'écria de l'air le plus naïvement étonné du monde, qu'il était bien im. possible qu’elle l’oubliât, et que chacur dansle pays devait se souvenir comme elle du jour mémorable où avait eu lieu la terrible bataille des poules,

A ces mots, chacun se regarda d’un air stupéfait, et le mari s’écria de nouveau, comme il l'avait déjà fait à plusieurs reprises, que sa femme était folle, et que personne ne devait attacher la moindre im. portance à ce qu'elle pouvait dire,

Ce fut un peu l'avis de tout le monde, surtout quand on entendit la bonn° frmme soutenir avec entêtement que le combat des ponles avait eu lieu, que plus d’un millier de ces intéressantes et belli queuses volailles lui avaient passé sur le corps, et qu'elle aveit été pendant trois jours malade de la frayeur qu'elle avait éprouvée.

Le mari fut donc acquitté, grâce à la sage précaution qu'il avait eue de faire accroire à sa femme un conte invraisemblable, et la malheureuse idiote fut, À partir de cette époque, nommée la folle à plusieurs lieues à la ronde.

Ce conte prouve deux choses:

lo, Qu'il n'y a pas de meilleurs compères que les compères de bonne foi ;

20. Qu'un honnête magistrat doit toujours accu muler le plus de preuves possible du délit, car souvent ces preuves se détruisent l’une l’autre, etilen résulte une confusion qui ne peut que plaire aux délinquants, puisqu'elle leur fournit fréquemment les moyens de paraître blancs comme neige.

L'inconduite abrutit l'esprit et déprave le cœur,

détails seraient aussi inutiles que pénibles, Je ne m'adresse point ici aux hommes chez qui la dissipation engendre la dépravation. Qu'aurais je à leur dire ? Je m'adresse à ces ouvriers, malheureusement trop nombreux, à qui des habitudes d'intem. pérance et l’interraption fréquente du travail enlèvent toute possibilité d'améliorer leur sort,

Ce que je vais dire les étonnera peut-être, mais n’en est moins d'une incontestable vérité: c'est quo l'inconauite trouve son plus terrible châtiment en elle-même.

En effet, elle endort la sonscience et finit par étouffer jusqu'à ses plus secrets murmures, L'âme, alors, cesse d'être capable de bons sentiments, de bonnes pensées. Les résolutions généreuses, si l'on est encore en état, je ne dis pas de les former, c'est impossible, mais de les accepter, ne durent qu’un jour ; que dis-je un jour ? quelques heures à peine. On travaille sans goût, uniquement par nécessité et comme par force. Le loisir est devenu un fardeau, l'occupation est un supplice. On se trouve condamné à une position à laquelle on n'aurait pu être réduit par la haine ingénieuse et persévérante du plus cruel ennemi. Mais est il un ennemi aussi dangereux que celui qu'on a au dedans de soi ?

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Ce qui est encore pire, c'est que, du moment où | l'on s’abandonne à l’inconduite, on se comdamne à avoir uniquement pour société des gens que le même penchant domine. Le proverbe n'est que trop vrai: Qui 8e ressemble s'assemble. On ne voit plus, tranchons le mot, que des vauriens, et on les voit souvent, C’est dans ces réunions que l’on s'encourage mutuel lement au vice. Là, on se vante de ses excès ; là, on rit à qui mieux des tourments que l’on inflige à sa famille et des larmes que l'on fait couler.

Ainsi l'inronduite Géprave le cœur; elle tarit la source des doux et purs sentiments. On ne mérite plus d’être aimé, on n'aime plus. On ne vit plus {d’une vie d'homme, mais d'une vie de brute, En un mot, l’inconduite est l'ennemi mortel de l’ouvrier; elle lui rend le succès, le bien-être, le bonheur impossibles ; enfin, quand les forces diminuent, elle |se livre à la misère, qui, devenue à jamais sa hideuse compagne, le traîne chaque jour dans les plus abjets repaires, et le jette, malade, sur un grabat d'hôpital ; vieux, dans les cabanons d’un hospice; mort sous le scalpel d’un carabin.

Mes lecteurs frémissent: je n’ai pas tout dit: et voici qui est pius horrible encore. Lasse de voir ses efforts impuissants et ses larmes dédaignées, l'6pouse, dans son désespoir, cherche à s’étourdir : elle imite le mari. Les enfants sucent avec le lait le poison de tous les mauvais exemples; leur avenir se perd; la moralité leur devient pour ainsi dire impossible ; de génération en génération le mal

Je ne parle pas des pièges affreux que la débauche |s’aggrave; et enfin, ces familles d'ouvriers, autrefois tend à la jeunnesse; je tire le voile sur des excès |pures et honorées, ces familles riches dans leur qui naissent de l’inconduite et qui la perpétuent,|obscurité, dégénèrent en tribus de parias qui se qui peuvent causer la perte de la santé, une vieil-|transmettront de père en fils, de mère en fille, l’héleise précoce, des infirmités prématurées, qui peu-|ritage de l’abjection et de lg misère.

vent même conduire d’égarement en égaremant jusqu'à l'oubli des prescriptions de l'honneur ei jusqu'à unerupture ouverte avec les lois. De tels

Voici ce que l’inconduite produit.

Le Moniteur Acadien,

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ôtre, mais : c'est quo itiment en

, finit par e8, L'âme, iments, de ses, si l’on rmer, c’est ent qu’un 28 à peine.

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noment où mdamne à 1e le même trop vrai:

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Acadien,

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