‹ Captivité du roi François 1erChapitre 100 sur 268 · EGLOGUE DU PASTEUR ADMETU8 L · texte numérisé non relu

EGLOGUE DU PASTEUR ADMETU8 L

Nimphes qui le pays gracieulx habitez Où court le mien beau Loyre, arousant la contrée. Qui tient du mont Gebenne en la mer Armorique. Or prenez avec moy ceste deriiiere peine.

Et puis donnons sillence à la Françoise lire Jusque à tant que sonner plus doulces nottes puisse ; Chantons, pleurant le roy des bons et vrais pasteurs •*, Le pasteur Admetus, qui est or si loingtain.

Plus armé de valetu* que de bonne fortune;

Pour lequel aujourd’uy quiconque va suivant

' Cette églogue a été composée pendant la captivité du Roi au château de Pizzighilone, comme parait i'indiquer le texte

même. (Voyez le vingt -quatrième ver.s.)

’ Chantans, pleurans ic roy, le roy de' bons pasteurs. Ms. 802''/.

Le droicl chemyn s’estonne et jour et nuict se plainct.

Rhosne, Seine, Garonne, aussy Marne et Charante,

Kl autres fleuves tous qu’alentour environne L’Occean et le Rin, l’Alpe et les Pirenées,

Où est vostre seigneur que tant fort vous aymez ?

Où est ce bon pasteur dont les plaisans trouppeaulx Aloient en setireté, sans point craindre, la nuict.

Le noctui'ne laron, ny, le jour, le fier loup?

Où est le laboureur qui au plus grand yver Aucunes fois a peu, avec sa seulle veue.

Les bleds faire espier et floïr ' la campagne ?

Il n’est pas avec vous, bêlas ! comme il souloit ;

Non avec vous ! bêlas, non ! car soubz force estrange, Entre l’Adde, Thesin et le Po, vit captif*.

Ha ! malbeiu’eux Thesin ! qui au jour misérable Présent fuz et voisin, et si vis la victoire S’enfouyr de vainequeurs au giron des vainquz ; Combien de pleurs alors tu gectas et de lennes !

Quelz furent tez souspirs, tant que tes rives claires Devindrent alentour obscures, desbrouces.

C’est le loyal seigneur qui jadis, par tant d'ans.

As en vain ajipellé, aflin qu’il vinst oster De tes aymez voisins le joug rude et indigne.

Cestuy est le pasteur que non toy seul pleurant.

Mais Po, la Brente et le Tibre, Arne, Trente et Sebette Ont sans cesse appcllé à haulte voix et claire. Maintenant qu’il venoit, vostre longue espérance Et son désir honnestc a le malheur rompu.

Que nous reste-il ormais, sinon pleurer tousjours Et ce noble vouloir encores conserver,

' Fleurir. Ms. 8626. ’ Seulel vit. Ms. de Congé.

Pour meilleur temps qui doibt peult-estre retoiu-ner.

Le mouton n’a tousjours moulliée sa toison,

Ne tousjours le buisson n’est sans fleurs ne sans roses;

Ne la berbis sans laict à tonte heure se treuve;

Non sans ventz au soleil tousjours le ciel demeure ,

Ne la campagne et boys sans herbes ne verdure.

N’en tourmente la mer; ne fleuves ne fontaines Sont troublées sans cesser, ne toutes eaues glacées.

Mais puisqu’au monde apvril et primevere tourne ,

Au blanc mouton revient sa cotte et necte et pure ;

Le pomier a coiu’onne autour de mille gemmes;

Les hardes et troppeaulx à leurs fans le laict rendent;

Les fleiurs Zephire cueille, et Phebus les escbaufle;

Le beau monde se pare et les bois se revestent;

Transquille est Neptunus, et tous ruisseaulx et fleuves,

Fonduz de leur cristal, tiennent coms argentins.

J’espere que bientost nostre pasteur verrons Encor troppeaulx mener, plus que jamais joyeulx ,

S’il est vray que là sus le ciel a soing des justes.

O tu, nostre dieu Pan 1 grant Jupiter sauvaige !

Las ! faiz que ce penser en vain ne tumbe point.

Si veoir veulx opulans les parcs de tes amis.

Hélas ! n’entend-tu point comme à toy pleure et crie L’Europe universelle, et requiert ce bon germe Qui sçayt fruict gracieulx plus qu’aultre nul produyre.

Certes, tu scés qu’il vient de la tant noble rasse De cil lequel, estant de son sang liberal.

Du fier joug estrangier délivra l’Italie.

Et s’on cherche le vray, la triste plante injuste Que l’Aflricque et l’Europe oultraige rudement.

230 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS r.

Ne craint point tant le vent couroiissé, fer, ne pluye, Comme du Iis doré la splendeur reluisante.

Las I qui le tient or loing de sa chere maison.

Par les aspres deserts en y ver oiitrageux,

Ft de luy la doulce umbre à nos désirs desrobbe ?

Las ! que cil qui le tient auroit plus grand honneur Le mectre libre en paix, que le tenir par force î llelas ! ne cache point si precieuse fleur .Au jardin des Françoys, qui désormais est sec.

Sans que pluye ou doulx vent le pui.sse restaurer. Tant que de celle odeur privé se trouvera.

Attant nous soit assex du grant pasteur Admette Avoir en pleurs chanté aux Nimphes de la France; Pour ce que là où croist le vouloir, la voix fault,

Ft par ainsi repos preigne la lasse lire.

Et les vents, qu’à ouyr si attentifs s’arrestent,

S’en voisent promptement en racontant pailoul Comme pleurans irons et crians nostre Admette ;

Tant que, sans retourner où il est attendu.

Tout espoir et douleur esUtinte nous tiendra.

Ainsi touruon.s-nous-en , brebis, à la maison :

Car le soir va Semant desjà le ciel d’estoilles.

Et la vapeur nocturne olfence les troupeaulx.

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