‹ Captivité du roi François 1erChapitre 123 sur 268 · A MESSIEURS ET FRERES LES GENS TENANS LA COUR DE UARLEMENT · texte numérisé non relu

A MESSIEURS ET FRERES LES GENS TENANS LA COUR DE UARLEMENT

A PARIS

Messieurs et freres, ce porteur m'a baillé vos lettres, lesquelles ay communiquées à Madame, qui m’a dit en avoir receu une semblable de vous et feroit responce sur tout; qui me gardera vous faire plus longue lettre, où après m’estre recommandé de très-bon cœur à vous, prieray Nostre-Seigneur vous donner son amour et grâce.

A Tournon, ce i4 aoust.

Voslre frere et bon amy.

A. DU PRAT

Et après qu’elles ont esté leues, la cour m’a ordonné de les enregistrer.

Ledict jour, la cowr a commis au lieu de quelques absens conseillers pour visiter les registres des lettres extraordinaires scellées par ledict chancelier, et informer at supra.

L’advocat Lizet se voulut excuser de dresser articles, parce que Madame lui avoil deHendu de s’en mesler, et aussi qu’il avoit receu plusieurs biens et gratuites dudict chancelier, et supplia la court le vouloir tenir pour excusé et en commettre autre en son lieu ; mais la court, le 3 2 aoust, sans avoir esgard ausdictes excuses quelle déclara inadmissibles et non raisonnables, ordonna que ledit Lizet exercera et fera le deu de son office à l’encontre dudit chancelier et de tous

300 CAPTIVITE DU KOI FRANÇOIS I".

autres personnages, pour le bien de la chose publique , et lui enjoinct

de y faire son devoir.

Ce jour, la court, toutes les chambres assemblées, a ordonné aux advocats et procureur général du Roy de faire certains articles contre M® Antboine du Prat, chevalier, chancelier de France, en ensuivant l'arrest du 37® du mois passé, lesquels ils seront tenus incontinant mettre par devers les commissaires commis pour informer sur lesdits articles.

N* CXXXIV. — PIŒMIÉRE PItOTESTATION DU UOI AU SUJET DES NÉGOCIATIONS DE MADIUDV

Le Roi , «près avoir enicodu le rapport des négociations suivies par les ambassadeurs de madame la régente, considérant qu'une plus longue détention de sa personne deviendrait tréa-nuisibie h son royaume et k scs enfants, à cause des divisions qui pourraient survenir, déclare que si , par menace d'une plus longue détention, il était obligé d'abandonner k l'empereur le duché de Bourgogne ou autres droits de la couronne de France, cela demeurera de nul eflet et valeur, comme concédé par force et contrainte, selon ce qu'il a déjà déclaré aus gens de l'empereur étant en Italie, et est délibéré d'en poursuivre la restitution par tous les moyens. — Il en sera de même de tout écrit, serment, etc. qu’on lui aura fait faire contre son honneur.

1 22 «oit i&2S.|

François, par la grâce de Dieu, roy de France, duc de Milan, seigneur de Gennes, etc. prisonnier detenu en la puissance de trèshault, très-excellent et très-puissant prince, Charles cinquième, par la divine clcmence esleu empereur, roy de Germanie et des Espagnes, etc. ou chasteau de Madrid, le seizième jour d'aoust l’an I 5a 5, a dit et proposé avoir sceu et entendu par messieurs François de Tournon, archevesque d’Ainbrun, et Jehan deSelve, chevalier et conseiller dudict seigneur et premier president en sa court de parlement à Paris, ambassadeurs envoyer par madame sa mere, regente en France, que combien qu’ils eussent dit et exposé par deux fois à l’empereur, et diverses fois à son conseil, qu’ils estoient venus devers Cette protestation fut rédigée, selon les ordres du Roi, par Gilbert Bayard.

SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 301 Sa Majesté avec bonne et ample puissance de composer à telle somme de taille et rançon qu’il seroit advisé pour la délivrance de la personne du Roy et aussi pour faire Iraicté de paix, non seulement particulièrement pour leurs royaumes, pals, terres , seigneuries et subjets, mais aussi universelle pour toute la chrestienté, et pour l’establissement et ferme seurcté d’icelle paix , traictcr affinité et alliance entre ledict empereur et ledict seigneur Roy ; avoient aussi Icsdicts ambassadeurs supllé et requis iceluy empereur de vouloir entendre les raisons dudlct seigneur Roy et de la couronne de France , par lesquelles il entendoit monstrer clerement et évidemment que l’empereur n’avoit aucun droit en la duché de Bourgogne, laquelle iceluy empereur demande; que ledict seigneur Roy, en ensuivant le titre et possession de troys roys de France, ses prédécesseurs, c’est assavoir Louis onziesme, Charles huitiesme et Louis dernier décédé, il avoit comme sesdicts prédécesseurs tousjours tenu et possédé ladicte duché de Bourgogne , et que la raison et honnesteté ne vouloit que ledict seigneur empereur contraignist ledict seigneur de laisser et abandonner icelle duché , par force ne par longue prison et détention de sa personne , et que là où ledict empereur pretendrolt y avoir aucun droit , luy avoit esté offert par Icsdicts ambassadeurs de remettre la cognoissance à justice, c’est assavoir à la court des pairs de France, qui sont juges capables et competans, et d’en faire ce que par eulx en seroit ordonné, et ce pendant tenir prison ou bien bailler telle seureté qu’il seroit advisé pour accomplir ce qui seroit jugé par la court des pairs de France. Et que, en tant que touche la querelle de la duché de Milan que le Roy prêtent luy appartenir par les titres et moyens que lesdicts ambassadeurs ont déclaré au conseil dudict empereur, que ledict seigneur estoit content d’en attendre le jugement des pairs dudict empereur, qui sont les électeurs de l’empire; et quant au droit du royaume de Naples qui est fief de l’eglise , en croire le pape et le college des cardinaux, et davantage, de faire plaisir à l’empereur du droit de la duché de Milan et dudict royaume de Naples, et luy faire austres partys tel et sy grands que

chascun cognoisiroit que c’estoit une grosse rençon et que pour la délivrance d’un Roy ne s’en estoit jamais baillé de plus grande. Et après ce que sur lesdicls offres et querelles l’empereur les a renvoyez à son conseil , pardevant lequel son chancelier avolt desduit et remonstré le droit prétendu par l’empereur sur ledict duché de Bourgogne , à quoy avoit esté respondu par lesdicts ambassadeurs de France, répliqué par ledict chancelier, dupliqué par lesdicts ambassadeurs; et davantage, ledict chancelller avoit despuis tripliqué, soustenant la (|uerelle de l’empereur, et n’avoit esté [permis] ausdicts ambassadeurs de respondre audict chancelller, lequel, le jour ensuivant, en plain conseil de l’empereur, avoit raporté un cahier de papier qu’il disoit contenir les raisons de l’empereur touchant la querelle de Bourgogne et responces qu’il pretendoit avoir faict ausdicts ambassadeurs, avec conclusions que l’empereur n’entendoit venir' à aucun traicté de paix que preallablement la possession de ladicte duché de Bourgogne ne luy fust délivrée; et combien que lesdicts ambassadeurs eussent reqtns avoir faculté de respondre au dire du chancelller, et ledict cahier leur estre communiqué afin d’y respondre entièrement, sans rien laisser ni oublier; néanmoins, ledict chancelller leur dit avoir charge de l’empereur de leur dire ce que dit est, sans autre chose leur communiquer. Et semblable response leur fit ledict chancellier, lendemain ensuivant, en son logis, où il fit venir lesdicts ambassadeurs pour leur dire ce qu’il avoit sceu et entendu de l’empereur touchant ledict caliier; et que, à ces propos, lesdicts ambassadeurs luy avoient dit et respondu qu’ils voyoient l’empereur et son conseil vouloir user de puissance et volonté envers ledict seigneur Roy. Lequel seigneur Roy, à ceste cause , après avoir ouy le raport desdicts ambassadeurs, a dit que combien qu’il aimast mieux tollerer longue prison que faire chose à luy honteuse et dommageable à son royaulme, loutesfoys, craignant que sa longue prison et absence de son royaume ne portast plus de préjudice à son dict royaume, à sa couronne et à ses enfans qui sont mineurs et en bas aage, à l’occasion des divisions, guerres et désobéissances qui s’en pourrolent ensuivre.

SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 303 qu’il ne feroit délaissant par contrainte la possession de ladicte duché de Bourgogne , et qu’il proteste que ou cas qu’il fust contraint par iedict empereur de quitter et laisser ladicte duché de Bourgogne en la possession d’iccllui, ou autres droitz de la couronne de France au prolTit de l’empereur, par détention et longueur de prison , que cela sera et demotircra de nul effect et valleur, et comme fait par force et contraint; et que en ensuivant ce que autrefois il a dit aux vice-roys de Naples, marquis de Pesquare, Anthoinc de Leve, Allarcon, l’abbat de Nageres et dom Hugues de Montcade, qui sont cbevabers d’honneur et qui en pourront respondre ,.il est délibéré. et se délibéré, luy ayant liberté de sa personne , de poursuivre les droits de la 0010*0000 de France, de recouvrer la duché de Bourgogne et autres droits d’icelle couronne qu’il auroit baillez par contrainte; et pour ce faire y employer sa personne , ses subjets et ses biens : proteste aussi , ou cas dessusdicts, de nullité de tous pactes, conventions, transactions, renonciations, quittances, révocations , desrogations et sermens que l’on luy feroit faire contre son honneur et le bien de sa couronne au prouffit dudict empereur, ou d’autre quel qu’il soit. Desquelles choses, Iedict seigneur Boy a requis à moy Gilbert Bayard, son notaire et secrétaire , visconte de Mortaing et esleu d’Auvergne , lui en expédier acte pour valoir et servir quand besoing sera , lequel acte Iedict .seigneur Roy a signé de sa main ez presence de messieurs M' François deTournon, arcevesque d’Ambrun, Philippes Chabot, chevalier de l’ordre, seigneur de Brion, et Jehan de La Barre, chevalier seigneur de Viretz et bailly de Paris : lesquels se sont icy soussignez ; et en outre, m’a Iedict seigneur Roy commandé et ordonné de intimer et notifier le présent acte à maistre Jehan de Selve, premier president de Paris, devant tesmoings et en prendre et expédier acte en tant que besoin sera.

Fait aux lieu, jour et an que dessus,

FJUNÇOYS.

Ët plus bas: Franç. de Toirnos, ar. d'Ambruii;

PiILBS. Cil.^BOT, DR LA BaRRR et BaTARD.

Et le vingt-deuxième jour dudicl moys d’aoust oudict an iSaÔ, moy nottaire et secrétaire dessusdict, en ensuivant le commandement dudict seigneur Roy, me suis transporté pardevers ledict maistre Jehan de Selve, chevalier, seigneur de Cromyeres, premier president de Paris, lecpiel j’ay trouvé en la cité dcTolede, en la maison de l’arcediacre de Vesuz, où il estoit logé, et illec ez presence de messeigneurs maistre François deTournon , arcevesque d’Ambrun, et Anne de Montmorency, mareschal de France, luy ay signifié le con tenu cy-devant au présent cahier, contenant trois feuillets de papier escrits et un en blanc, pour en avoir souvenance et porter tesmoignage où et quant besoin sera. Et ledict sieur president m’a requis luy bailler copie de la protestation cy-dessus insérée , laquelle je luy ay baillée signée de ma main.

Fait les jour et an que dessus est dit.

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