N* CLXV. — LETTRE DE MADAME LA RÉGENTE EN FRANCE AU CARDINAL D’YORK
Elle le remercie de ses bonnes dispositions pour le Roi , — l'informe de la maladie et de la
guérison de François I*'.
[Octolm ISSS.)
Monseigneur le cardinal , mon bon fils , je ne vous sçaurois trop remercier du bon voulloir que congnois par effect avez envers le Roy mon seigneur et fils et moy, dont mes ambassadeurs m’advcrtissent
3/i0 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I".
bien empleinenl. Je vous prie continuer, et trouverez mondit seigneur et fils et moi si affectionnez envers vous, que, en tout et partout où vous polirons faire plaisir, le ferons d’aussi bon cœur que pour nousmesmes. J’espere, avec l’aide de Dieu, entre le Roy vostre maistre et luy, de traister, par vostre moyen, une fraternité et amour indissoluble qui sera utille et prouflitable à leur estât , vassaulx et subjeetz , et à toute la chreticnneté.
Au demeurant, monseigneur le cardinal, mon bon Gis, après avoir esté, l’espace de quatre ou cinq jours, en la plus grande et extresme douleur que fut oneques, pour la griefve maladie en laquelle mondit seigneur et Gis estoit détenu, habandonné des médecins et hors d’espoir de vie, ay eu certaines nouvelles de sa guérison et convalescence, qui a esté plus merveilleuse que naturelle, d’où ma douleur s’est convertie en joye. De ce vous ay bien voullu escripre et faire sçavoir, sachant que aussy en eussiez estez marry et desplaisant de son inconvénient, seriez aussi joyeulx de sa santé et guérison. Je vous prie, monseigneur, etc.
LOYSE *
N* CLXVI. — RELATION EN IDIOME PROVENÇAL D’UNE DEMANDE DE VIVRES FAITE A LA VILLE DE MARSEILLE PAR LE CONNÉTABLE DE BOURBON SE RENDANT EN ESPAGNE, ACCUEILLIE PAR LE PARLEMENT ET REJETÉE PAR LE PEUPLE.
“ oclobr* 1535. ]
L’an que dessus, et lo jors de sanct Frances, que fou a 4 de octobre, arribet Borbon en las illos de .Masseiglia, ambe 1 7 galeros et una fusto et una caravello et certans bregantins ; lo cal Borbon si ero embarca a Saône per anar en Spanhe devers l’emperador ( eligit et non coronat ) , et arribat que fou in las illos, mandet la fusto a Masseiglia per
CuHection Dupuy, vol. A63.
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 341 dcmandar viloallos et refrescamen.s , non pas en nom de Borbon , mais demandavan en nom de leur capithani segnor Ugo de Moncadat, grant capithani de l’emperador. La cieulat li fei resposto que mostresson lur sauconduict; elles responderon que Tavian, mais que non' l'avian pas apoi tat , mais que so ero prou nolori de las trevos, et que los non avian pas fasch ausin a las galeros de Franço, quant foron en Valença per acompanhar loRey, et que lus avian fach lanlbono ebiero; mais non hostant totos lurs paraulos, la cieulat lur respondit que non lur costavo ni de las trevos, ni de lur sauconduc, et que aguesson patienso fins qu’aguesson fach a.saber a mossu lo luoc-tenenl, bo a nos scignors de parlament residens en Aixs, et que per aquo far, farian corre la posto, so que fou fach. Es veray que messiors non feron poins de resposso per servant, mais par la posto manderon a la cieulat que messiors de Sestaron, dict Sainct-Amans, anavo a Masseiglai, et que per el mandarion la deliberacion , so que fou fach; et vengui que fou lodict mossur de Sistaron , fes assemblar lo conselh per véser l'opinion de la cieutat, se li deuion donar ho non. La conclusion del conselh fou que bon li deguesso donar calque refrescamen en petita cantitat, so que fou mes en execution. Et compriron de bescuchat , ortolhalos, et plusors autres causos per li mandar, et commenseron de largar subre on laicis ; et vesens lo poble menut que li volian donar refrescamens, comenseron a cridar el dire que en aquel Iraidor Borbon, lo quai avia désolât loto Franço et de.struil Massilia , volian donar viloalhos, et que non séria per verilat; et commenseroun de levai- tôt so que li volian mandar, et qui volia dire lo conlrari ero mal vengut , de tallo sorto que mossu de Sistaron et mais tos aquellos que foron d’opinion de la li mandar, agucron grand gaucb de si relirar ; et ansi Borbon non aguet ren ; et lendeman fes son camin la roulo d’Espanbio. Lo principal que non vouguet que l’on donesse ren a Borbon fou ung paslre (prestre) appellat moussu David, que demouravo enCavaillon.
.N* a.xvn. ~ LKTTIŒ Di; MAUGLEIUTE D ALENÇON AU KOI.
( Voyci planche IV.)
IVeniiorc entrevue de Marguerite cl de l'empereur. — Sa gracieuseté. — Il a voulu que Marguerite fût seule avec lui dans une chambre. — Le Roi doit simuler une contenance faible et ennnyce.
{Oeiobn I63J.]
Monseigneur, j’arivé arsoir en ce lieu , où l’empereur m’a fait hoiinesle et bon receul*, et despuis qu’il vint au davant jusques à l’entrée cete maison, il me tent fort bons et honnestes propous, tant de l’aize qu’il a de vostre santé que de. l’esperance de vostre ainytié. Cete après-disner je m’en yray devers luy, par le conseil du visroy, et commancerons à vous délivrer. Il a voulu que luy et moy soyons seulz en une chambre et une de mes famés pour tenir la porte. Ce soir vous manderay ce qui sera fait; vous suplyant, monseigneur, fere davant le sieur Larcon contenance foible et ennuyée, car vostre débilité me fortifiera et advancera ma despeche, qui me tarde
’ On rendit compte, de par madame la regente, et ainsi qu'il suit, au parlement (le Paris, de la première entrevue de Marguerite et (le l’empereur (séance du t q octobre i5a5) :
• Que le samedi i/i (x^tobre, estoil
arrivé à Lyon un courrier d'Espagne, qui avoit laissé le Roi en aussi bonne sanlé qu'il fut oneque; et que la dticbesse d'Alençon sa seiir, le voyant en telle convalescence, estoit partie de Madrid, où est ledict seigneur, il y eut mardi i5 jours, pours’en aller à Tolede, ou est l’empereur; lequel viiil au devant d'elle une grande lieue , et la mena en son logis , où ils furent ensemble bien deux heures devisant ; et se
voyent par cbascun jour au logis dudict empereur, ou au logis de ladicte duchesse, environ trois heures, continuellement parlant pour la délivrance du Roy; laquelle elle esperoil estre briefve et à beaucoup meilleurprix que l'on ne pense, moyennant la diligence que le pape et le roy d'Angleterre y font. Et traicte ledict empereur ladicte duchesse si très honnesteinent et graticusement, en aussi grande amitié et douceur, et plus que princesse ne fut oncijuc. •
(Voir aussi, sur l’entrevue de l’empereur cl de madame d’ .Alençon, la correspondance publiée par Lanz, p. 179.}
■ cr ^
-■ÇT’
T.- ’*iî<3y
•» I •><■ TC^ S' r:^cf=i^''"^
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 3/iS tant que je ne le vous puis dire, tant pour vous voir délivré, ce que vous serés par la bonté de Dieu, que pour retourner essayer sy vostre petite main vous peult de riens servir : et en atandant va suplyer celluy quy a commandé à S‘-Françoys d’aler reparer son esglize destruiste, vous donner grâce d’eslre celluy par quy y pai'fera son euvre au bien de tous les crestiens.
Vostre très huiubie et très obéissante subjecte et seur,
MARGITHITE.
N’ CLXVIII. — LETTRE DE BABOi; Aü MARÉCHAL DE MONTMORENCY.
Il lui rend compte d'une conférence très • orageuse au sujet du traité pour la délivraucc du Hoi.
(ToUide, 5 octobre l&'iâ.)
Monseigneur, depuis que je vous ai rcscript, ce matin, nous nous sommes U’ouvez avecques ceulx du conseil de l’empereur, ouquel sont intervenuz messieurs de Nansot, vice-roy, grant-maislre , chancellier, et commandour majour et domp Hugues, et là, nous ont esté tenues les plus autz termes, jusques aux menaces. 11 leur a esté respondu doulcement, et en toute humilité , si bien, qu’ils n’ont riens emporté de nous; mais ont esté en poyne de rabillerce qu’ils avoient ai.sgry. Touttefoys, la compaygnie s’est desparlye sans riens faire. Madame s’en ira d’icy à deux heures , chez la royne de Portugal , et n’ohlyera à se plaindre de ce quelle se doiht, par raison, lamenter. Je vous escripray ce cpii en succédera, et cependant, je vous ay bien voulu advertir que, encores qu’ilz nous ayent bien gallez, que je suys en meilleure esperance que je n’estois ce matin.
Ce courrier va devers monsieur le bailly Robertet, pour la cause qu’il vous dira. J’ay grant soupçon que le duc de Bar est mort , ou qu’il y a autre cause plus soiiflisante qui astrainct ceulx à qui nous avons à faire.
Monseigneur, je prie Nostre Seigneur, qu’il vous doint bonne et longue vie.
De Tolledc, ce v* d’octobre.
Voslre très humble serviteur, BABOU.
N' CLXIX. — LEri'HK DE CHARLES-QUINT AU ROI.
L’empereur s’eicusc de ne poinl t’envoyer visiter. — Ce n’est pas faute du désir de savoir de ses nouvelles. — Il en a par la duchés e d'.Mençon. — Le Roi est en convalescence. — Madame d’Alençon conclura la paix avec lui.
(Octobr* ISSS.)
Monsieur mon frere, si je m’acquile si mal de vous envoyer visiter, n’est pas faute de soing que j’aye de vostre santé, de laquelle par madame d’Alençon, ma cousine, vostre seur, suis esté journellement adverty et aussi par Allarcon et mes médecins. Et soyez seur que ce m’est un gros plaisir de sçavoir que vous en allez guarry, et pour en estre asseuré par personne propre, envoyé le sieur de Veyre, gentilhomme de ma chambre, pour vous visiter de ma part et sçavoir de vostre bon portement, vous priant que par luy en soye adverty, et pour ce que espere et ne fais doubte que madame d’Alençon, vostre seur, conclura tost une bonne paix, ne vous faschera de sa tant mauvaise lettre celluy qui vous desire estre
Bon frere et amy, CHARLES.
SKCTION m. — CAPTIVITK EN ESPAGNE.
N* CLXX. — LETTRE DE MADAME LA RÉGENTE A MESSIEURS DU PARLEMENT DE PARIS.
Convalescence du Roi — La régente raconte la maladie du Koi. — Elle invite la cour à faire les processions et prières d'usage en semblables circonstances. — Arrêt à ce sujet.
[ Lyon , 5 octobn 1 &25. J
Très-chers et bien amez, pour ce que nous sçavons entièrement que ce vous sera plaisir et consolation très-grande d’entendre la grâce qu’il a pieu à Dieu nostre créateur faire non-scullement au Roy nostrc très-cher seigneur et Hlz , mais à tout son royaidme , nous vous advertissons que Icelluy nostre seigneur et fils a esté travaillé d’une fievre continue, laquelle luy a duré vingt-quatre jours et autant de miycts, sans le laisser en repos; tellement qu’il a esté jusques à l’extremité de sa vyc, receu tous les sacremenz, et hors de toute esperance. réservé de la bonté et inhny puissance de nostredict Créateur, lequel, ayant pitié et compassion de cedict royaulme, luy a rendu et restitué santé, o.sté ladicte fievre et remis en parfaite guérison, qui est chose qu’on tient plus divine et miraculeuse que ouvrage des humains : et pour ce quelle mérité estre recongnue de celluy de qui elle procédé, nous vous prions et requérons que vous veuilliez luy en rendre grâce et louange , telle qu’il appartient , tant par processions , oraisons, que autres choses qui ont accoustumé estre faictes en tel et semblable cas, et suppliant et requérant nostredit Créateur qu’il luy plaise préserver et garder nostredict seigneur et fils, et faire ce bien et ceste grâce audict royaulme et à tous ses subjeetz, qu’il le veuille délivrer et
' • Et la vigillc saint François [ 3 octobre], au soir, bien tard, vindrent [à Ljon] nouvelles de la guérison du Roy, dont tnadicle dame et sadicte compagnie furent merveilleusement joyeux. Et le lendemain elle fut en procession k Nostre-
Dame- de -Confort, et sept ou huit jours après se continuèrent les processions en divers lieux. • ( Registres du parlement. Relation des députés du parlement envoyés à Lyon auprès de madame la régente. Voir ci-après.)
346 CAPTÎVITIt: DU ROI FRANÇOIS K
de briel' rendre en toutte parfaicte santé en sondict royaulme, pour le soullager et redresser les faultes qui y ont esté faictes, ester les pillages et autres choses qui l’ont, oultre le debvoir, travaillé, ainsy que nous sommes certains qu’il desire le faire, moyennant l’ayde de nostre Créateur, auquel nous prions , très-chers et bien amez , qu’il vous ayt en sa saincte garde.
Escript à Lyon. 1® v* jour d’octobre *.
LOYSE
AKRÊT Dï) PARLEMENT AU SUJET DE LA LETTRE DE MADAME LA RÉGENTE.
La cour a ordonné qu’elle vacquera demain, pour aller en procession generallc, en forme de cour, partant de la Saincte-Chapelie à Nostre-Dame de Paris, où sera porté la vraye croix, pour illec rendre grâces à Dieu de la santé qu’il a donné et restitué au Roy, et pour le supplier que son plaisir soit le mectre bientost en bonne santé et liberté en son royaulme , et a enjoinct et enjoinct à Guillaume Gastellier, huissier de ladicte cour, d’aller devers l’evesque de Paris, qui est de présent à Sainct - Denis , comme l’on dict, ou ailleurs où il sera, luy dire qu’il s’en vienne en ceste ville, pomr faire demain le service et chanter la messe ; et a ordonné et ordonne que là où ledict evesque seroit malade et ne pourroit dire la messe, l’evesque de Comminges, qui est de présent en ceste ville, la dira.
N* CLXXI. — LETTRE DE MONSIEUR DE LAÜTREC A MADAME LA DUCHESSE D’ALENÇON.
Dévotioas de madame la duchesse d'Angouicme après avoir appris la convalescence du Roi.
(6 octobre 1535.]
Madame , voz lectres , et ce que avez fait sçavoir par Pommeraye , ont rejoy Madame et la compaignie , de sorte que , autant de peine ' Cettft iettre fut communiquée au parlement ie lO octobre.
SECTION 111. — CAPTIVITE EN ESPAGNE. 347 et ennuy qu’elle avoit porté, elle a receu de joye. El si ne luy avoit-on monstré que vos lectres qui l’asseuroient que le Roy esloit sans fievre; mais elle n’avoit cessé depuis de mener merveilleusement grand deuil , jusques à l’arrivée dudict Pommeraye, qui fut mercredy à une heure de nuict : et incontinent madicte dame s'en alla en l'eglise des Celestins , en rendre grâces et louanges à Nostre-Seigneur, le lendemain aux Cordeliers, et aujourd’uy est venue en procession en ce lieu de Sainl-Just, qui est le plus grand exercice que madicte dame face depuis avoir lu ces bonnes nouvelles. Et alfin que ne soyez en double de sa bonne disposition , pour le déplaisir qu’elle a porté , je vous asseure , Madame , que les bonnes nouvelles que luy avez envoyées par ledict Pommeraye l’ont remise en aussi bon estât qu’elle avoil accoustumé d’estre , et se porte bien et est en très-bonne santé.
Madame, j’ay bonne esperance , puisqu’il a pieu à Nostre-Seigneur nous faire si grant grâce que de nous saulver le maistre d’une si griefve maladye, que le verrons de brief, avec vostre bonne ayde , à la diligence que y ferés, et me lenés pour tout certain que, après Dieu , l’avés plus servy et aydé que les médecins. Et pour ce , Madame , que sçavés assés le grand plaisir que ferés à madicte dame de luy faire sçavoir des nouvelles de la bonne santé dudict seigneur, ne sera besoin de vous en solliciter, me recommandant , Madame , pour fin de tout, tant que si très-bumblement faire puis, à vostre bonne grâce.
Madame, je supplie Nostre-Seigneur vous donner très-bonne vie et longue.
A Saint-J ust-lès-Lyon , le vi* jour d’octobre.
Voftre très humble et très obéissant serviteur .