ODET DE FOIX
N* CLXXll. — LETTRE DE MADAME LA DUCHESSE D’ANGOULÉME A SES AMBASSADEURS EN ESPAGNE.
l.a régente ii’â reçu leur» lettre» du 24 septembre qu'apré» l’arrivée de la Pomeraye. — Elle s'en réjouit, car si elle Ica avait reçues plus tét, elle en fût morte, vu le chagrin que lui avait causé la lettre de sa üllc, qui lui annonçait la maladie du Boi. — Elle avait déjà perdu le dormir, le boire et le manger. — La lettre de» ambassadeurs était prudemment et sagement écrite. — Elle devait servir à prévenir les princes et seigneurs du malheur qui menaçait la France. — Ils pensèrent, à la lecture de ces lettres, que le Boi était mort. — Ils délibérèrent alors de vivre et mourir sous l'autorité du dauphin, et préparèrent les lettres, instructions et provisions pour cet événement. — Mais tous leurs chagrins ont été changés en joie. — On a écrit la guérison du Boi dans tout le royaume, à Borne, en Angleterre, en Suisse, etc.
{Octobre 1535.]
Messieur d’Ambrun, premier president, marcschai de Montmorency, senescbal d’ Armagnac, seigneur de Saint-André, et trésorier Babou , j’ai entendu le contenu en voz lettres du xxiii* du passé; mais ce a esté après l’arrivée de la Pomeraye devers moy. Et croy que si plus tost m’eussent esté montrées, à ceste heure n’en feusse en vye, d’autant que les lectres de ma fille qui m'escripvoit la maladie et me donnoit esperance de guérison m’avoient mise en telle tri.stesse et dcsplaisir que ne pouvois dormir, boyre ne manger, ne veoir les princes et seigneurs qui sont icy à l’entour de moy, qui faisoient leur loyal devoir de souvent me visiter pour me consoller. Et la chose que je trouvois plusgriefve estoit que depuis les lettres de ma dicte fille, qui estoient de mesme date des vostres, n’a voit eu autre nouvelles jusque six jours après. Toutes fois, voz lettres estoient prudemment et sagement escriptes , et en bons et loyaulx serviteurs, et suis seure que entendiez assez qu’elles ne me seroient montrées sans aultre seureté de ce que pourroit advenir, mais qu’elles serviroient d’advertir lesdicts princes et seigneurs qui sont icy du conseil, de pourvoir à heure des choses requises et necessaires, ce qu’ilz avoient faict, non sans grand regret et desplaisir. Je loue Dieu de ce que j’ay
entendu pour vérité que eux, pensant, moienant vos lectres, le cas estre advenu, estoient demeurez en bonne union, délibérez de vivre et mourir soubz l'obeissance de monseigneur le dauphin et avec moy, ainsi qu’ilz ont accoutumé.
Les lectres et instructions et provisions qu’ils avoient projectées en grans pleurs et amertume, pour la conservacion et bien de ce royaume, ont esté rechangées en joye et plaisir, et a esté escript par tout le royaulme et pareillement en Angleterre, Romme, Venise etSuysses, et de tout ce qui est necessaire n’y a riens esté obmis, dont si vient à propos et veiez que bcsoing soit, en pouvez advertir le Roy mon très-cher seigneur et filz, et à Dieu qui vous tiegnent en sa sainte garde.
Escript à Lyon , le ... . octobre.