‹ Captivité du roi François 1erChapitre 155 sur 268 · HENRY · texte numérisé non relu

HENRY

' Voir ci-dessus n* CLXX, p. 345. — ' Voyez la note de la page 85.

N* CLXXXV. — AVIS DONNÉ EN ANGLETERRE DE CE QUI SE PASSAIT EN FRANCE PENDANT LA CAPTIVITÉ DU ROI.

[Oclobrt 1525.)

La merc du roy Françoys contimiye tousjours regente en France, et le duc de Vendosme est lieutenant general par tout le royaume.

Les estatz qui ont esté tenuz à Lyon ont conclud avecque la regente , et ledict duc, qu’il sera mis en ordre deux mille hommes d’armes, fourni?, de gens de pyé à l’esquipoUent, oultre et pardessus ce qui y estoit, et aussi le résidu de la delfaicte delà les montz, qui seront pour la deffence du royaume , et seront mis sur les frontières vers les ennemys ; et seront bien payez et entretenus, affin qu’ilz ne foullent plus le peuple de mengeryes : et de ceste heure est ciy'é partout le royaume que, si l’on trouve aucuns gens d’armes vivans sur les champs, que on les tue comme ennemys du royaume. Toutesfoiz, cela n’est pas gardé comme il a esté dict; mais font tant de maulx que jamais, et menas.scnt le païs, disant que si on leur tient telle rigueur, qu’ilz se rendront aux ennemys. La regente a proposé auxdicts estatz qu’elle voulloit avoir et impetrer sauf-conduit de l’empereur pour aller delà les montz veoir le Roy son filz : mais on ne luy a point accordé.

Après que ladicte regente a receu les lettres de l’empereiur, et lesdicts estatz finiz , ils ont envoyé vers l’empereiu* le sieur de Salva , premier president de Paris, et aultres personnaiges , affin de traicter paix , et ont Intencion de besoigner avec ledict sieur empereur. Et s’ilz veoyent qu’ilz ne le puissent gaigner du tout , ilz le entretiendront en quelque esperance jusques à ce qu’ilz puissent encoircs passer deux moys, et non plus; durant lequel temps les gens d’armes et gens de pyé seront mis en ordre, et les places sur les firontleres partout le royaiune fortiffyées , et aussi cependant recuylleront partye de leurs biens.

Item, s’ilz veulent que l’empereur ne vueille venir à leur raisons,

ilz sont délibérez de luy laisser le Roy et de non-plus en parler, car leur intencion est, quelque chose que l’empereur demande, en fin finalle, de ne luy bailler ung seul pyé de terre. D’ai^ent on luy en baillera assez, et aussi on luy fera beaucoup de promesses; car ilz ne veullent que gaigner le temps d’esté pour résister aux armées de l’empereur et du seigneur de Boui’bon.

Item, ladietc regente a fait publyer par tout France que les Angloys sont mutinez les ungs contre les aultres, et qu’ilz sont assez empeschez en ceste affaire, et qu’ilz n’ont garde de venir en France; cl, ouitre ce, elle a dit à ceulx qui estoient auxdicts estatz à Lyon, que l’on ne se soueye desdicls Angloys en façon que ce soit, et qu’elle est bien asseurée de ceulx qui gouvernent le roy d’Angleterre, qu’ilz ne feront riens. Toutesfoyz, tout le royaume de France n’a craincte que desdicts Angloys ; et davantaige , la regente a dit aux estatz quelle a bonne promesse des Escossoys, et que sitost que les Angloys mouveront pour marcher en France, ilz feront guerre auxdicts Angloys.

Ladicte regente a gens partout pour pourchasser la délivrance du Roy son lilz. L’on dit qu’elle a gaigné aucuns Espaignolz par larges promesses. Au regart des Allemands , s’ilz ont le Roy, ladicte regente ne se soueye pas fort de l’avoir par force d’argent.

Item, les estatz ont requis ladicte dame qu’elle n’empesche que justice ne soit faicle et accomplye , laquelle a esté mal gardée par ci-devant au royaume, dont en est en perdition et le Roy prisonnier, pour avoir laissé gouverner quelques gens de bas estât, dont est, entre les aultres, le cbancellier, lequel est de présent fort peneyf. Ladicte regente l’avoit fait archevesque de Sens, et, pour en prendre la possession, il y avoit envoyé aucuns du grant conseil et force de gentilzhommes. Ce nonobstant, la court de parlement y a mis les mains et mis en arryere ledict cbancellier dudict bénéfice , nonobstant le don de la regente; et luy et tous ceulx qui tenoient son party sont ajournez à comparoir en la court du parlement en leurs personnes. Ladicte regente supporte de son puvoir ledict cbancellier, à cause du s*’ de I.,autrech, lequel ilz ont cuydé faire lieutenant

SECTION III. -CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 373 general , en grande mellencolye dont a esté fort mallade , et porte grand despit à l’encontre dudict s' de Laulrech , et ont encoires du présent grandes nuirmures sécrétés plusieurs seigneurs et gens du conseil les ungs contre les aultres, à raison desdicts deux seigneurs de Vendosme et de Lautrecli.

Les principaulx cappitaines et bons gens de guerre ont tous esté perduz en Itallye pour certain, et aussi à ceste heure ilz n’ont pas que bien peu de bons chevaulx , ny gens qui congnoissent le faict de la guerre.

Aussi pour certain, si l’on ne pcult besoigner avec l’empereur touchant la délivrance du Roy, l'Estat sera haillé au daulphin en toutes choses comme avoit le Roy, et tout se fera en son nom par tout le rovaume.

Au regart du conte de Sainct-Pol, il ne se pourra jamais ayder, à cause des playes qu’il cuit à la journée, dont il est du tout impotent, et aussi le s' dp Lescut, frere du s' de Lautrecli, est mort. Aussi le hruyt est que le s*^ de Florenge, filz du s' de la Marche, est mort; ceulx-cy estolent chiefz de guerre en France , et en est et sera le royaume fort afoihly, aussi tous les cappitaines des Ijansquenet/. sont mortz et les cappitaines des Souysses pareillement.

N- CLXXXVI. — CHANSON FAITE A LYON CONTRE LE CHANCELIER DE FRANCE SUR SA CONDUITE PENDANT LA RÉGENCE'.

Ort chancellier. Dieu te maudye î Desloyal, traître conseiller.

Par toy le Roy est prisonnier :

Dont tu perdras en brièf la vye :

Ort chancellier !

' Antoine Dtiprat, qui fut chancelier orties, et mena une vie assez mondaine de France, après avoir obtenu des lettres jusqu'en l'année i5a4, que le pape Clé-

de tonsure en 1617 , jeta le froc aux ment Vil, par une bulle spéciale, remit

D’esire archevesq\ie tu as envye.

Tirant qui a tant fait de mal !

Mais tu seras fait cardinal Maugré toute ta lirannye :

Ort chancellier !

Partout on chantera ta vye,

Et, deusses-tu vyf surenrager.

Tu veulx le parlement renger.

Qui par toy est à villennye:

Ort chancellier !

Pour soustenir ta folye

Tu as mys le premier president;

Mais ton cas est si évident.

Qu’en la fin ne te sauveras mye :

Ort chancellier !

La Pragmatique après toy crye, C’estoit la tierce fleur de lys Qu’on perdit par tes faitz jolvz :

De le souffrir c’est grant folye :

Ort chancellier !

Du pape eus la bourse gamye Pour la croissade avoir le cours.

Et aussy du treilly de Tours,

Et les francs fiefz de Ort chancellier 1

Antoine Duprat dans l'état ecclésiastique, • parce qu'il n'a été marié qu'une seule fois et avec une vierge, et é cette fin lui pardonne et remet tontes les peines et censures qu'il avait encourues pour avoir fait l'oflîce de séculier après avoir été dans les

folye :

ordres , et pour s’élre trouvé en armes en lieu où il y a eu effusion de sang humain , etc. •

Les lettres patentes de la régente qui lui permettent de prendre possession de l'archevêché de Sens sont du i4juin i5a&.

SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 375 Les acquetz ne fault qu’on oublye.

Ne aussy les appostres de l’an;

Aux églises as fait cryer han.

Si grant qu’il fault qu’on le publye :

Ort chanccllier I

Maistre Pierre de Coignct crye Que l’on te mette auprès de luy.

Qui jamais ne feist tant d’ennuy Comme tu as fait, on le cerlilTic :

Ort cliancellier !

Pour user de ta sorcerye,

Tu feiz au roy chasser Bourbon :

Duquel le conseil esloit bon ;

Il nuysoit à ta mengerye,

Ort chancellier I

Tu as la justice abolye Et opressé les innosens,

Puis veux estre pastour de gens !

L’Eglise en seroit bien honnyc :

Ort chanccllier !

Chascun de toy faict mocijuorye,

Villain paillart, puant porceau.

Si la cour ne reprent le sceau ,

Elle est des François enemye :

Ort chancellier 1

Tu as ta maison enrichye Pour Girardin to mato nyllet,

Qui scet mieulx fouyr que Triboullet.

CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS J\ Il ne vault une vielle acroupyc ;

On chancellier !

Il faut que ta vye soit finye Et assembler tous les Estatz,

Ou des raaulx aurons si grant tas,

Que mil ans n'aurons paix unye :

Ort chancellier !

Par toy s’est levée heresye,

Dont les meauix sont fort poiuz.

Tu faitz les parlemens cornuz,

Qui est à eulx grand besterye :

Ort chancellier !

Tandis que tu seras en vye,

Tous maulx en France régneront ;

Les bledz et vignes gelleront,

Et n’y aura que mutyncrye :

Ort chancellier !

Ton grant orgueil se magnyfye,

Toy, filz d’un faiseur de sabotz.

Portes les robbes de drap d’or :

La cronicque le certiffye :

Ort chancellier !

Toute noblesse de toy haye.

Tu as mis villains en avant.

Et chassé les bons et sçavans.

Ta fyn sera selon ta vye :

Ort chancellier , Dieu te maudye 1

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