DE PAI\ LE ROT
Noz amcz et féaux, nous envoyons présentement par delà nostre amé et féal conseiller et trésorier de France M* Philibert Babou . porteur de ccsles , pour faire entendre , tant à notre très-cbere et trèsamée dame et mere, regente en France, que à vous, comme à nos principaulx subjects et meilleurs serviteurs, le discours des choses qui ’ont esté par deçà menées, tant par notre très-cbere et très-amée sœur la duchesse d’Allençon, que par les ambassadeurs ordonnés avec elle pour le fait de nostre délivrance , avec ceux qui ont esté pour ce députés de la part de l’empereur. Et pour ce que ledict Ibibou, qui a tousjours esté assisté et esté présent à ce qui s’y est jusqu'icy fait, vous en pourra bien au long et à la vérité vous en advertir : à ceste cause, nous vous prions l’cn vouloir croire, et, au demourant, ajouter foy aux choses que nous lui avons donné charge vous dire, comme vous fériés à notre propre personne.
Donné à Madrid, le xxviii® jour de novembre.
FRANÇOYS
Et plus bas : Robertet.
N* CCXI. — RAPPORT FAIT AU PARLEMENT DE PARIS PAR PH. BABOU SUR I.A SANTÉ DU ROI PRISONNIER ET SUR TOUTES LES NÉGOCIATIONS SUIVIES POUR SA DÉLIVRANCE.
(Paru, 18 1823.]
Le trésorier Babou , envoyé par Madame en la cour, dict , pour sa creance, que le Roy, detenu prisonnier à Madril, l’a depesché pour venir par deçà pour asseurer madicte dameetaussy la cour de céans, comme ceulx que ledict seigneur estime ses principaulx et loyaux subjeetz et serviteurs, de sa santé et bonne convalescence. Pour ce que, après une si grande maladye que celle qu’il a eu, on double qu’il en ayt quelque relicqua, que lui, qui parle, ose asseurer la-
SECTION III — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. /i33 dicte cour, sur sa vie, qu’il a laissé ledict seigneiu* aussysain, aussy gaillard, aussy entier, allègre, beau, fort, et aussy bien disposé de sa personne en touctes choses, qu’il le veist oncques; aussy luy a ledict seigneur donné charge de dire à la cour le grand gré, ayse et contentement qu’il a de l’amour, suhjetion et obéissance que la cour a porté et porte à Madame, et dont il les remercye et les prie continuer; que, en ce faisant, ils ne luy sçauroient faire plus grand .service et plaisir. Luy a aussy ledict seigneur donné charge dire à la cour le discours des choses qui ont esté mues par delà pour sa délivrance , parce qu'il a toujours esté ez menées qui ont esté faictes en la compagnie de l’archevesque d'.Ambrun, de l’evesque de Terbes et de M'* Jean de Selve , premier president en ladicte cour.
Sont les choses telles que, après la perte de Pavle, le Roy se voyant prisonnier de l’empereur, espérant que l’empereur luy ferolt quelque grâce et useroit d’humanité envers luy, procura envers le vis-roy de Naples d’estre mené en Espagne, et jusques à bailler ses propres galleres pour l’y conduire : et, quand il y a esté, le conseil de l'empereur, par moyens, a cherché de faire aller la duchesse d’Alençon, sœur du Roy, par delà, pour faire et dresser la paix universelle et la delivrance*dudit seigneur, non pas que expressément l’ayent demandée, mais par moyens approchans; et le faisoient pour mectre en doubte le pape , les Vénitiens et autres potentatz et communaultez d’Italye, pensant que aisément on romproit ce qui se tralctoit avec les dessusdictes de la part dudict seigneur. Que les négociations qui ont esté faictes en Espagne ont esté diverses , tellement que luY qui parle a faict dix-huict fois le chemin de Madril à Tollede, où est l’empereur, et que, par la dernlere négociation, ont trouvé ledict empereur résolu de ne délivrer le Roy‘, et furent envoyés ledict Babou et ledict archevesque d’Ambrtm par devers le Roy audict lieu de Madrid. Mais , pour ce que les matières estoient un petit d’importance grosse, ledict premier president et ledict evesque de Terbes furent devers le Roy et lui comptèrent la grande rigueur que ledit empereur luy portait ; et, sur cela, le Roy se résolut
de parler la prison pluslosl que faire chose qui vint à dommage à son royaume, ne à son peuple. El incontinant envoya le premier president et ledit archevesqne d’Amhrun par devers l’empereur, et luy escripvit de sa main qu’il voyoit bien que l’on l’avoil amusé de parolles, et que l’emporeur ne voulloil venir à bonneste composition ; et que de luy il avoit mieux aimé eslire prison que d’accorder ce quej’emjjereur luy demandoil ; et qu’il voudroit bien sçavoir la resolution du tout, afin (|u’on ne l’abusat. Puis ledict seigneur manda lcdict Babou et le deposcha pour venir par deçà ; aussi le depesclia ladicte duchesse sa s<cur et tous les personnages qui estoient en Espaigne, qu’il pense que pourront fain* service en ce royaume poui' le faict de la guerre, et les lit partir premier que luy. Et par le dernier courrier qui advint, ladicte duchesse estoilà Galatas (Igualada), en Arragon, et pense quelle soit depuis arrivée en Narbonne. El l’a le Roy envoyé pour dire sa santé et bonne convalescence, l’aise et contentement qu’il a de l'honneur et obéissance qu’on porte à madicle dame sa mere, et qu’il a esleu la prison pour la conservation de son royaume et de ses subjeetz ; pour prier la cour que tout ainsy que ledict seigneur faict et qui est contant de demeurer toute sa vie captif pour la conservation de son peuple, que ladicte cour garde -do sa part et face garder l’union en ce royaume, et cbascun prenne payne à la deffense d’icelluy; car l’ennemy est de tous costez pour chercher partout où il pourra entrer pour invader le royaume; et se fault tenir sur ses gardes. Et ce qui a meu le conseil de l’empereur de ne vouUoir accorder le traicté de paix et délivrance oudict seigneur, a esté qu’ils ont pensé qu’il y eust aucune division en ce royaume, et le luy a dict Lalemant, secrétaire de l’empereur, et répété par plusieurs fois, disant qu’ils sça voient la division qui csloit entre les princes , et que la cour souveraine de la justice dudict royaume ne se accordoit avec l’auctorité de Madame. A quoy ledict Babou luy a respondu qu’on avoit veu la calamité advencue en la prise du Roy, qu’il n’y avoit aucun prince estrangier qui fust amy et allie du Roy, qui ne votilust porter la deffense du royaume; et néant-
SECTION III.— CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 435 moins que la conjonction et amitié estoit telle au royaulme, qu'il n'y avoit aucune mutation, ne aucun prince, communauté ou ville qui se fussent eslevez, aius tous les subjeetz sont demeurez en l’amour et l'obeissance du Roy et de Madame. Toutesfoys, le conseil de l’empereur est demeuré en ceste fantaisie, et ne la luy sçaurolt-on oster.
Quant à madicte dame, qu’elle lui a commandé dire à ladicte cour le contentement qu'elle a de ladicte cour, de l’bonneiu', amour et obéissance quelle luy porte , et de ce que ilz se sont monstrez bons, vrays, loyaulx subjeetz et serviteurs du Roy, et employez pour la conservation du royaume et le bien de la chose publique; et aussy la deliberation qu’elle a de s’en venir en ceste ville et amener M. le dauphin et M. le duc d’Oideans pour les consoler, et aussy le peuple de ladicte ville , délibérée d’entretenir la coiu* en son ancienne institution et auctorité, en tant que touche le faict de la ju.stice, et de se conduyre es aflaire de ce royaume par le conseil et advis de ladicte cour ; et la prie, s’il y a quelque chose à faire que l’on sursoye, jusques à sa venue, qui sera de brief, car elle n’attend que la venue de la duchesse d’Alençon, qui doibt estre à Montpellier, trois ou quatre jours après Noël, pour s’en venir par deçà. Et elle venue, elle espere avec l'ayde de Dieu et le bon conseil de ladicte cour, conduire les alfaires du royaume sy bien, que les ennemys n’y feront aucun dommages, et que bientost ledicl seigneur sera mis hors de captivité. Que le Roy luy dict qu’il avoit esté averti des diflicultez que ceux de ceste ville faisoient à la ratiilication des traictez de paix faict avec le roy d’Angleterre, et luy a commandé dire à la cour qu’on voye l’occasion pour 'laquelle lesdicts traictez ont esté faietz, qui n’est que pour mectre division entre les princes; et que le traicté d’Arras qui lut faict entre le roy Louis XI et le duc Charles de Bourgongne , ne fut fait que pour rompre l’alliance d’entre ledict duc de Bourgongne et les .'Vnglois. Et maintenant il est question mcctre division entre le roy d’Angleterre et l'empereur. Que ceulx de ladicte ville allèguent quelque inconvénient qui en peult venir, qui n’est pas grand; et y a 3a ou 33 ans qui a cominoiicé à payer la pension d’Angleterre, de
laquelle les payements ont esté quelque temps contiuuez , et autres fois divertis et empesclicz, scion les occasions et occurrences; et neantmoins , les /Vnglois n’en ont jamais fait querelle : car les princes ne se prennent particulièrement aux suLjecl/. , et ne demandent que l’obligation paillcidière, en general, pour s'adresser aux princes. Que les princes de ce royaume n’ont falct aucunes diffîcultez d’eulx obliger et lems biens, et monsieur le duc de Vandosniois, qui a quasi toutes ses terres prochaines aux Anglois, et ceux de la ville d’Amiens, qui sont aussy prochains, n’en ont falct dilFicullé. Et prient le Roy et Madame, ladite cour, qu’ilz prennent peyne de faire passer et accorder la ratlflicatlon desdlctz tralctez et obligation desdictes villes, car d’iceulx despent entièrement la conservation et deffense du royaume ; et est tout ce que leclict seigneur et Madame luy ont donné charge dire en ladicte cour.
A quoy le president GulUard luy a dlct : que la coui* a lousjours eu telle reverence au Roy, et porté tel honneur, subjectlon et obéissance à Madame, en son absence, qu’elle estolt tenue faire audict seigneur. Et veu le cas de sa malladye, la cour n’a eu chose si agréable ne quelle ayt tant désiré, que les nouvelles qu’il a apportées de la santé dudict seigneur, dont ladicte coiu' loue et remereye le Dieu créateur. Que la cour a longuement esperé que ladicte duchesse d’Alençon et les ambassadeurs (jul ont esté envoyez en Espaigne deussent amener avec eulx ledlct seigneur, qui eust esté la consommation de la félicité du royaume, et mesniemenl de ceste compaignie. Toutesfois, l'empereui’ a tenu merveilleusement grand rigueur audict seigneur, veu les propoz premiers qu’il luy avoit falct porter en Ilalye. Et quand l’empereur eust délivré le Roy par douceur, il eust faicl un acte qui lui eust porté plus d’honneur, de gloire et de louange que le gain de la bataille qu’il a eue, et tel que oucques, puis Alexandrele-Grand , prince n’eust usé de si grande magnanimité ; et quand les choses ne se feront par clemence et douceur, elles se feront de plaine main par la bonne, grand et estreine dilligence, cure et solicltude de ladicte dame, opéra et fidelitatc Galloruin , qui ont esté les plus
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 'i37 obéissants subjectz à leurs princes, et qui les ont le mieux aimé de tous ceux du pays d’Europe.
Que la cour remercye le Roy et madicte dame, très-humblement, du contentement qu’ilz ont de la cour, et de ce qu’ils la veullent garder et observer en son auctorité , liberté , preeminence ; et de ce qu’ilz luy fout communiquer de leurs particulières affaires et de quoy ils veuillent sur ce l’advis de ladicte cour, et venir en ceste ville et amener messieurs les enfants dudict seigneur ; et que la cour, après la fortune arrivée , a mis toutte la dilligence qui fut possible d’entretenir les subjectz en l’obeissance de madicte dame , et tellement qu’il a esté falct tout alnsy que sy le Roy eust esté en personne icy en ce royaume , et peuvent ledict seigneur et madicte dame estre asseiurés que plustost fauldroit la lumière au soleil que la coiur faillit à l’amour, subjectlon, service et obéissance dudict seigneur et de madicte dame; et est délibérée, pour luy obéir et faire service, endurer toute extrémité.
Et quant au traicté d’Angleterre, la cour a bien cogneu le bien, profficl et utilité que venoit desdlctz traictez , par quoy elle n’a faict difllculté de les passer et faire pul)ller ; et sy a falct envers ceux de la ville toute la dilligence à eux possible pour leur faire passer, et fera encore tout ce que possible sera pour les induire à ce faire ; et qu’il soit le très-bien venu, et voudroit la cour que madicte dame fust de retour icy, pour luy porter honneur et reverence , subjection et obéissance que la cour doibt au Roy.
Et sur ce a dict ledict Babou, qu’il a dict ce qu’il fit par delà lorsqu’il y estoit, et dira ce qui s’est faict depuis son partement : qui est que l’empereur, pour se cuyder mectre en son debvoir, et donner à cognoistre au Roy et à un chascun qu’il ne tient à luy que la paix n’ayt esté falcle pour le bien de l’universelle chrestienté , depcscha un homme pour aller devers ledict seigneur, afin qu’il contremandast la duchesse d’Alençon, sa sœur; qu’il envoyroit des gens de son conseil devers le Roy pour délibérer du faict de la paix et de sa délivrance audict lieu de Madrii ; mais qu’il voulloit que la conclusion s'en fist à Tollede.
A quoy le Roy fcisl réponse : que de luy il ne conlremanderoit point ladicle duchesse, laquelle s’en vient lousjours ; mais que trèsvolontiers il oyroit les ambassadeiurs de* l’empereur, et qu’il estoit délibéré et résolu de ne faire rien au préjudice de son royaume , car loultes les dispxitations avoient esté faictes, et ne restoit plus que la conclusion ; et que ce qu'en faisoit ledict empereur n’est sinon pour donner à cognoistrc au pape et aux Vénitiens, potentatz et communautés d’Italye , que Iraictcra avec le Roy quand il luy plaira; et depuis ledict empereur a envoyé vers ledict seigneur le vis-roy de Naples , domp Hugues de Moncade, et le secrétaire Lallemant, qui n’estoient encores arrivez jeudy. Ne sçtiyt ce qu’ils auront faict; mais le Roy est assez adverty, et ne croira plus en leurs parolles. Et a dict que, s’ils ne viennent à la conclusion de la paix et de sa dellivrance, il ne retiendra plus ses ambassadeurs par delà et les renvoyera ; et croit luy que par là ledict seigneur sortira plustost de prison par la force qu’il ne fera par leur clemence; et l’erreur qui a esté faicte pour mesurer le cueur de l’empereur, letpiel ledict seigneur pensoit estre plain de bonté, de bénignité et de clemence, et qu’il deust faire comme ledict scigneiu* eust faict en cas semblable ; et a trouvé, luy qui parle, le ccHiseil de l’empereur plus empesché de leur gain et victoire, que nous ne sommes de nostre perte. Car la victoire (pi’ils ont eue ne leur est advenue sans autre peyne que de la grâce de Dieu, et se sont trouvez estonnez de aveoir une telle victoire en leurs mains, et ne sçavenf bonnement comme ils s'en doibvent desmesler ; mesmement ledict empereur, qui est un jeune prince qui ne souffrit jamais riens, et ne sçayt que c’est que des armes : et a laissé le Roy en aussy bon vouloir pour le bien du royaume et de ses subjeetz que prince sçaurolt estre; et que, dès lors que les partyes d’Italye et les ligues d’Allemagne sçauront et entendront le traicté de paix estre rompu avec le Roy et l'empereur, ils se déclareront, ce qu’ils n’ont encores 'voulu faire; el a mandé à madicte dame qu’elle envoyé par devers eulx, ce qu’elle a faict.
Et quant à l’Italye, madicte dame leur remonstre que le Roy ne
SECTION III. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. '»39 viendra jamais à tenir terre en Italye, et qu’il ne sq délibérera à faire aucun traicté sans ses alliez , et espere , par le moyen des menées qui se conduiront, que bientost la délivrance dudict seigneur se fera , lequel il a laissé en merveilleusement bon estât et volonté. Et a cogneu depuis qu’il est là des choses qu’il n’a jamais entendues , joinct la inalladye qu’il a eue qui luy a falct recongnoistre ; et combien qu’il n’y ait celuy en ceste compagnye qui ne sache que ledict seigneifr a faict aussy grandes jeunesses que prince feist oneques, et qu’il est certain qu’il fault eslre jeune, neantmoings, il est à ceste heure tout l esolu de faire toutes choses bonnes, grandes, bonnestes et magniiiques pour la consen-ation de son Estât, pays, terres et seigneuries, et des sujeetz d’icelles.