‹ Captivité du roi François 1erChapitre 177 sur 268 · tome I) , une complainte pour un détenu pri- son frère · texte numérisé non relu

tome I) , une complainte pour un détenu pri- son frère

SECTION 111. — CAPTIVITÉ EN ESPAGNE. 'i45 Cuer résolu d’aultre chose n’a cure Que de l’honneur.

Le corps vaincu , le cueur reste vaincueur :

Le travail est l’estuve de son heur.

Ce seul vouloir ne congnoist nul malheur Qu’il ne me.sprise.

Dont je concludz que heureuse est l’entreprise

Qui rend fortune indigne de surprise

Par fermeté , qui vault bien qu’on la prise :

Or en jugez.

RONDEAU

En la grand mer, où tout vent tourne et vire. Je suis pour vray la doulente navire De foy chargée et de regreclz armée.

Qui, pour quérir ta grâce renommée,

Ay tant souffert qu’on ne sçauroit escripre.

Mes rames sont pensées de grief martire ; C’est bien le pis quant il fault que je y tire : Car trop souvent ont la nef abismée En la grand mer.

Mon triste cueur la voile je puis dire.

Et le gros vent, qui pour enfler aspire.

Sont griefz souspirs de challeur enflambée. Helas ! tu es la tramonlaine aymée.

Et celle-là que plus veoir je desire En la grand mer.

HONDEAU.

Malgré nioy vis, et en vivant je meurs;

De jour en jour s’augmentent mes douleurs Tant, qu’en mourant trop longue m’est la vie. Le mourir crainct et le mourir m’est vie : Ainsi repose en peines et douleurs!

Fortune m’est trop doulce en mes rigueurs.

Et rigoureuse en ses lainctes doulceurs.

En se monstrant gracieuse ennemye Malgré moy.

Je suis lieureulx au fons de mes malheurs.

Et malheureux au plus grand de mes heurs; Estre ne peult ma pensée assouvie.

Fors qu’à rebours de ce que j’ay envie : Faisant plaisir de larmes et de pleurs Malgré moy.

RONDEAU [de MADAME LA DUCHESSE MARGUERITE].

Sur : Daminr ' saivum Jac regem, rt exatuü nos in die qaa im ocat ervnul te.

Saulvez le Roy, ô Seigneur gratleux !

Et exaulcez, ce jour, en voz sainctz cyeux, Nous qui pour luy Invocquons vostre grâce. Las ! retournez vostre benlgne face Pour essuyer les larmes de noz yeux.

Vous estes seul, par sur tous aultres dieux. Puissant, piteux, miséricordieux :

SKCTION III. — CAPTIVITÉ KN KSPAGNK. Ma Monstrez-le-nous bientosl, en peu d’espace :

Saulvez le Roy !

Nous congnoissons que noz maulz vltleux Méritent bien les tourmcns ennuyeux Que maintenant justice nous pourchasse;

Vostre bonté nostre malice passe :

Kn ceste foy vous prions pour le myeulx :

Saulvez le Roy !

RONDEAU

Pour tout jamais que soit dueil incité Pour mon bien mectre en grand captivité;

Et lors j’auray pour douleur plus amere Le recorder, au temps de la mi.sere,

De l’beur passé de ma félicité.

Je n’ay pacience en mon adversité;

Car mon mal est en telle extrémité,

Qu’il me conlrainct de ne m’en pouvoir taire Pour tout jamais !

Dont je supplie, par grand humilité,

La mort venir à ma calamité;

Par devers moy privement le peult faire,

Pour ensemble l’ennuy et moy deffaire.

Le rej)utant en grande charité Pour tout jamais !

RONDEAU

C’esl pour jamais que dure éternité ;

En l’esperit estant par fermeté,

Perpétué sans point de defiiance L’on peult juger, par certaine science.

Que pour mourir ne se perd voulenté.

Le corps de terre en la fosse est bouté.

Et l’e.sperit, sachez, a emporté La seure amour de ferme souvenance.

C’est pour jamais !

Par quoy te diz avoir l’auctorité Sur le jamais la tienne honnesteté,

De mon possible, par ma seulle esperance. Le corps çà bas est tien sans defiiance,

El l’esperit le promect seureté :

C’esl pour jamais !

RONDEAU

Pour mon repos j’endure penitence Pour celle-là qui a ma liberté :

Car ferme foy me donne voulenté De demeurer tousjours en sa puissance.

Pour mon repos.

C’est par le temps qu’on a eu congnoissance De mon amour ' avecques fermeté :

* Senrice. Mi. de Baluze.

SECTION III. — CAPTIVITP! EN ESPAGNE. /i49 Parqnoy j’espere en estre mieulx traicté,

El de cela j’en ay bonne esperance,

Pour mon repos.

C’est bien raison que j’aye recompense De mon service, ayant tant mérité;

Et si ne * veulx sinon honnesteté ,

De scure amour lors j'auray suibsance ,

Pour mon repos.

RONDE.\ü.

O ! quel douleur la souvenance amaine,

Quant de ton mai la mémoire ramaine,

La mienne amour ne te pouvant revenir!

Car aultre bien ne deniandroit avoir.

Mais qu’il te veist fort constante et bien sayne.

Plus de dix ans luy dure sa sepmaine S’il ne te voit; trop grand luy est la peine : C’e.st le contraire de ce qu’il peult vouloir.

O quel douleur !

De inoy tu peulx demourcr trop certaine Que je tiens bien pour ma meilleure estraine Le trop grand heur et bien que me faiz venir : Parquoy feray à jamais mon debvoir.

Mais quel malheur I tu es de moy loingtaine :

O quel douleur !

ôt

' Me. Ms de Baluze.

CAPTIVITh' DL’ ROI FRANÇOIS K

CIUNSON FAICTE PAU MADAME MAUGUERITK DANS SA LICTIEUE, DURANT LA MALLADTE DU ROY

Si la douleur de mon esprit Je pouvois nionstrer par parolle,

Ou la déclarer par escript,

Oneques ne fut si triste roolel Car le mal qui plus fort m’aifolle,

Je le cache et le couvre plus fort.

Parquoy n’ay riens qui me consolle.

Fors l’espoir de la doulce mort.

Je .sçay que je ne doibz celer Mon ennuy, plus que raisonnable;

Mais si ne sçauroit mon parler Actalndre h mon duell importable,

A l’escripture véritable Defaiddroit la force à ma main :

Le taire me serolt louable,

S’il ne m’estoit tant inhumain.

Mes lermes, mes .souspirs, mes cris. Dont tant bien je sçay la practlque.

Sont mon parler et mes escrlptz;

Car je n’ay aultre retborlcque.

Mais leurs efleetz à Dieu j’applicque Devant .son tbrosne de pltyé, Monstrant pour raison et replicque Mon cueur .souffrant plein d’amytié.

' Klic fui composée au mois de septembre 1635, pendant que madame d'Alençon SC rendait à Madrid auprès du Roi malade. Celle chanson a été publiée dans

le tome I des Marguerites de la Mai^uerite , p. 467. Nous avons collationné ce texte sur le manuscrit aa86SF(fol. ia3), Bibliollicquc royale.

SFXTION III. — CAPTIVITI-; EN ESPAGNE. kb\ O Dieu ! qui le.s vostres âmes,

J’adresse à vous seul ma complaincte ;

Vous qui les amys estimés,

Voyez l’amour que j’ay sans faincte,

Où par vostre loy suis conlraincto Et par nature et par raison :

J’appelle chescun sainct et saiiicte Pour se joindre à mon oraison.

Las ! celuy que vous amés tant Est detenu pai* malladye,

Qui rend son peuple mal content El moy envers vous si hardye,

Que j’obtiendray, quoy que l’on dye,

Pour luy très parfaite santé;

De vous seul ce bien je mandye Pour rendre chescun contenté.

C’est celuy que vous avés uingt A roy sur nous par vo.stre grâce ;

C’est celuy qui a son cueur joincl A vous, quoy qu’il dye ou qu’il face;

Qui vostre foy en toutte place Soustient; laquelle le rend sheur De veoir à jamais vostre face :

Oyez donque les cris de sa seur.

Helas ! c’est vostre vray David,

Qui en vous seul a sa fiance ;

Vous vivés en luy tant qu’il vil :

Car de vous a vraye science.

Vous régnés en sa conscience,

Vous estes son roy et son Dieu;

/i52 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I".

En aultre nul n’a confiance.

No n’a son cueur en aultre lieu.

Pour malladye et pour prison,

Pour peine, doulleur et souffrance,

Pour envyc ou par trahison.

N’a eu en vous moindre esperance.

Par luy estes congnii en France Mieulx que n’estiés le temps passé;

Il est ennemy d’ignorance.

Son savoir tout aultre a passé.

De toultes ses giaces et dons A vous seul a rendu la gloire ;

Parquoy les mains à vous tendons,

Affin qu’ayés de luy mémoire.

Puisqu’il vous plaist luy faire boire Vostre calice de doulleur.

Donnés à nature victoire Sur son mal et nostre malheur.

O grand médecin tout puissant !

Redonnés-luy santé parfaicte,

Et des ans vivre jusqu’à cent,

Et à son cueur ce qu’il souhaicte.

Lors sera la joye resfaicte.

Que douleur brise dans noz cueurs ;

Dont luenge vous sera faicte De femme, enlï'ans et serviteims.

Par Jesus-Christ, nostre Sauveur,

* En ce temps de sa mort cruelle.

Seigneur, j’attendz vostre faveur

Pour en oyr bonne nouvelle.

J’en suis loing : dont j’ay douileur telle ,

Que nul ne la peult estimer.

O ! que la lettre sera belle Qui le pourra sain alTermer !

Le désir du bien que j’actendz Me donne de travail matière ;

Une heure me dure cent ans,

Et me semble que ma lictiere Ne bouge, ou retourne en arriéré,

Tant j’ay de m’avancer désir.

O ! qu’eir est longue la carrière Où à la fin gist mon plaisir I

Je regarde de tous costés Pour veoir s’il arrive personne,

Pryant sans cesser, n’en doubtés.

Dieu, que santé à mon Roy donne.

Quant nul ne voy, l’œil j’abandonne -A pleurer; puis sur le pappier Ung peu de ma douleur j’ordonne :

Voilà mon douloureux mestier.

O ! qu’il sera le bien venu Gelluy qui, frappant à ma porto.

Dira : Le Roy est revenu En sa santé très bonne et forte !

.Alors la scur, plus mal que morte.

Courra baiser le messaigier Qui telles nouvelles apporte.

Que son frere est hors de dangier.

Avancés-vous, hommes, chevaulx; Asseurés-moy , je vous supplye,

Que nostre Roy, pour ses grandz maulx,

A receu santé accomplye :

Lors seray de joye remplye.

Las! Seigneur Dieu, esveillés-vous.

Et vostre œil sa doulceur desplye ,

Saulvant vostre christ et nous tous!

Saulvés, Seigneur, royaulme et Roy,

Et ceulx qui vivent en sa vye;

Voyés son espoir et sa foy Qui à le saulver vous convye.

Son cueur, son désir, son envye,

A tousjours offert à voz yeulx;

Rendez nostre joye assouvye.

Le nous donnant sain et joyeulx.

Vous le voulés et le pouvés;

Aussi, mon Dieu, à vous m’adresse :

Car le moyen vous seul sçavez De m’oster hors de la destresse;

De paour de pis, qui tant me presse.

Que je ne sçay là où j’en suis.

Changés en joye ma tristesse :

Las I hastés-vous, car plus n’en puis.

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