‹ Captivité du roi François 1erChapitre 214 sur 268 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Pour ne pouvoir ce que vouldrions, Et pour vouloir l’impossible ,

Le contraire de noz all'ections Avons rendu trop possible.

Par quoy pitié debvez avoir Du temps perdu tant regreté ;

Mais si le bien avons du veoir, D’yver ferons plaisant esté.

Pour nostre bien, fault .soubbaicter L’effect de nosti’e esperance :

Car la voulant de nous oster Encontre ennuy n’aurons defTense.

Soit doncq cougneu nostre vouloir Par vous, avant que l’avoir dit :

Par fermeté rendant debvolr.

Car voz vouloirs nous sont edictz.

Mais le temps remply d’envye.

Comme ennemy de nostre bien.

Du long reveoir nous delTie, Encores que ne soyons sien.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI

Car tout à vous nous nous tenons.

Sans congnoistre bien, ny fortune :

Parquoy, pulsqu’à vous nous donnons, L’heure nous sera opportune.

CUANSON *.

Où estes-vous allez, mes belles amourettes.^ Changerez-vous de beu tous les jours

A qui dirai-je mon tourment.

Mon tourment et ma peine ?

Rien ne répond à ma voix.

Les arbres sont secrets, muets et sourds. Où estes-vous abez, mes belles amourettes? Changerez-vous de lieu tous les jours ?

Ah ! puisque le ciel veut ainsi Que mon mal je regrette.

Je m’en iray dedans les bois Conter mes amoureux discours.

Où estes-vous allez, mes belles amourettes? Changerez-vous de lieu tous les jours ?

nONDEAU.

Si ferme amour est infelicité,

üng doulx languir cause d’honnesteté ,

d'après le manuscrit de la Bibliothèque royale, coUect. Maurepas, t. XXI, p. 87, et l. n des airs notés, p. aig.

’ D’après une tradition écrite, le Roi aurait aussi composé la musique de cette chanson. Nous publions cet air noté ( pl. XI)

Si voulenté d’honneste feu esprisc.

Si long chemin par voye incongneue prise Doit m’estonner, que peult ma seureté Si ferme?

Si voix doubteuse a nui à l’entreprise ,

Si couleur pale ay porté pour emprise.

Si contre moy pour aullruy j’ay esté ,

Si le regret tout plaisir m’a osté, üng tel senûce est raison qu’on m’esprise Si ferme?

Si j’ay eu peine en grande adversité ,

Si par froit esté et par feu tourmenté,

Et j’ay congneu que peu ces maulx tu prise, Bien dire puis que doibz estre reprise D’ingratitude, et moy de voulenté Si ferme.

AIJLTRE PAREIL RONDEAU.

Bien heureuse est la saison et l’année.

Le temps, le poinct et l’heure terminée;

Le moys, le jour, le lieu et le pourpris.

Où des beaulx yculx je fus lyé et pris.

Tant que prison m’est liberté nommée Bien heureuse !

Bien heureulx est le doux travail que ay pris, Puisqu’au pouvoir d’Amoiu* je suis compris ; Sagette et arc qui blessa ma pensée.

Aussi la playe en moy renouvellée.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 563 Que j’estime santé de trop grand pris :

Bien heureuse !

Bien heureuse est la voix qui a nommée Le nom d’amye, estant plus qu’estimée;

Bien heureidx est l’escript qui a appris A la louer, sans peur d’estre repris ;

Et le penser croissant sa renommée :

Bien heureuse !

Bien heureidx est le mai d’amour surpris,

Et le chault feu en doux gentz cueur espris;’

Bien heureuse est la dame bien aymée.

Quant son amy parfaicte l’a clamée.

Et luy donner amour a entrepris :

Bien heureuse !

L’enfant de Trace allant sur l’Hebre, lors glassé. Son poix les eaux rompit par froict jà congellées , Lesquelles par rigueur son corps avoient tirées, Quant le glasson coulant sur son col avansé,

La teste sépara. Dont la mere dolent En l’urne la mectant se dit ; O teste aymée !

Je te fis pour le feu, pour te rendre inluunée :

De tes membres le reste aux eaues je fais présent. Et je ta mere n’ay, ô pauvre infortunée !

Que la part qui me faict sçavoir mon mal présent.

Juravit oculoa et doluere mei.

Elle jura par ses yeulx et les miens.

Ayant pitié de ma longue entreprise,

Que mes malheurs se tourneroient en biens; l'^t pour cela me fut heure promise.

Je crois que Dieu les femmes favorise :

Car de quatre yeulx qui furent parjurez. Rouges les miens devindrent, sans faintise ; Les siens en sont plus beaulx et azurez.

D’ung amy fainct je ne me puis desfaire , Sans ma parolle et honneur desmentir.

Las ! maintenant je commence à sentir L’ennuy que c’est complaire à son contraire. Celler le doys, mais il ne se pcult ta’u'e :

Car ma doulleur ne le veult consentir.

Ha ! que bien peu sert ung bon repentir. Quant on ne peult au surplus satisfaire !

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