‹ Captivité du roi François 1erChapitre 215 sur 268 · EPISTRE · texte numérisé non relu

EPISTRE

Afiin que saches ma doulce ardeur contraincte, La plume a pris , en laissant toute craincte ,

La main royalle en délaissant le sceptre;

Ne pensant point que offensée peult estre ,

En cest endroict, la myenne auctorité; Qu’aymant ung corps de beaulté hérité.

De bonne grâce et de vertu comprise,

Estre ne peult sinon heureuse emprise.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. 565 Dont ung salut, au premier, je t’envoye;

Pour ce que sçaiz qui du chemin forvoye D’honnesteté, il peult estre rendu Du tien regard à cil qui l'a perdu;

Et pour autant que vouluntiers nourrys Mon cueur, mon corps et tous mes esperitz.

De telle amour qui tous pensers surmonte D’affection , qui jusques au ciel monte ;

Car quant je pen.se au jour que je te veys.

Tout le premier, qu’il me fusl bien adviz Congnoistre en toy plus que ne peult natiu e,

El dechassay de moy tout ba.sse cure.

Tous mes pensers jusqu’au plus bault volerenl.

Te contemplant; et là ilz demotirerenl ,

Remémorant en moy le Créateur

De si grant œuvre estre premier facteur :

Car qui regarde saigement et qui n’erre Tant plus dignes sont les choses en terre.

Plus a l’on foy, congnoissance et advys De la vertu du ciel et paradis.

Dont ung penser qui prend d’affection Ung gentil cueur, conduict l’intencion De m’esjouyr en la guerre amoureuse.

Par quoy repute à moy la peine heureuse De nostre amour licite seullement.

Je te supply me faire honnestement Que recompense en puisse estre le fruict.

Et jamais n’estre en ta grâce destruict ;

Assez de gens prennent leur passe-temps En divers cas et se tiennent contentz ;

Mais toy seulle es en mon endroit esleue Pour reconfort de cueur, corps et de veue :

Car de tant plus louable est le désir.

Qui vers le ciel s’aiTCSte et prent plaisir,

Pour contempler chose conforme à Dieu :

Car dans le ciel mérités avoir lieu.

Et pour certain je ne cherche jamais Avoir plaisir, et à toy m’en remectz.

Que ce ne fust pour croistre et augmenter Le tien hon bruit accroistre et hault monter.

Si juste en est pour vray l’intencion De mon amour, sans simulacion;

Dont, pour la fin, te supplye et exhorte En mon endroit demeurer ferme et forte :

En ce faisant, ne fust dessoubz la lune De deux amans plus heureuse fortune.

EPITAPHE [de madame D’ANGOCLÉMe].

Cy gist le corps dont l’ame est faicte glorieuse.

Dans les bras de celuy qui la tient précieuse :

Car la créant voullut d’un voille la vestir.

Tant remply de vertu qui ne voiddroit mentir.

On doibt tenir heureux le siecle qui l’a veue.

Et malheureux ceulx-là qui par mort l’ont perdue. Que direz-vous, la France.^ en quel plainct honorable Pourrez-vous regreter celle tant prolïitablc.

Non seullement à vous qui estiez ses àmys.

Voyant quelle louenge elle a des ennemys N’a-cUe soustenu, par son sens et prudance,

L’elTort de tout malheur venant à vous, la France.^ Respondez-moy et dictes, pleurans, en vérité,

Que bien elle a de tous dueil et loz mérité.

O cueur qui ne sentez de femme que le nom ! Invincible vertu, tant digne de renom.

SECTION IV. — DÉLIVRANCE DU ROI. r)(>7 Tant craincte d’ennemy.s, de.s vosires plu.s aymée,

Des meschans le contraire et des bons estimée,

Qui avez triumphé du malheur triumphant,

En .saulvant nostre honneur, paix, et le vostre enfant!

En guerre soustenant avec la paix reduicte Par vostre grant vertu et très saige conduicte.

Las ! comme est grand vostre heur, puisqu’en hault habitez :

Car çà-bas nous avons de maulx infinitcz.

Pour le moins vostre corps de nous sera pleuré ,

Comme celuy (pii a sans cesse labouré A suivre l’esperit, achevant son passaige.

Qui a esté fmé à la fleur de son eage,

Avecques plains et pleurs et mémoire etemelle,

.\ussi longtemps que peult louange temporelle.

Mais que diray-je plus? Quant img prince ou princesse De ce monde .s’en va, l’on voit adonc sans cesse Poètes, orateurs, trouver invencions A deplourer leur mort , mouvans affections Par leurs piteux escriptz. Mais ceste noble dame A tant eu de vertu et glorieuse famé.

Que plus sont empeschez ses louanges escripre.

Que matière chercher pour bon suhgect eslire.

Parcpioy je finiray ma dolente e.scripture.

Estant bien asseuré que si le monde dure Autant qu’il a duré, que point n’aura seconde L’approchant de vertu en cestuy mortel monde ,

Dont nous fault endurer que ceste heureuse chair Se joigne glorieuse à l’esperit tant cher ;

Et cependant prier qu’à elle, à nous pardonne Noz deflaulx le facteur qui toute chose ordonne.

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