DU VOIAGE DE MILAN FAICT PAR LE ROY APRÈS LA GUERRE DE PROVENCE
Le Roy, voiant que ses ennemis s’en estoient allez de Provence, les poursuivit tellement, qu’il passa oultre et s’en alla delà les montz
' Le pape , informé de l’entrée du Roi en Italie, accrédita ûnmédiatement auprès de sa personne un nonce, qu’il recomnnanda d’une manière toute spéciale à sa majesté très-clirétienne par un breftda- • tum Romœ , apud Sanctum Petrum , die
«xiiii octobris mdxxiiii. > Ce bref est en original à la Bibliothèque royale, volume n*85o6, fol. 54.
* Ce journal manuscrit, dont le nom de l’auteur est ignoré, mais qui toutefois était contemporain du roi François 1*', ren.
pour reconquester sa duché de Milan, qu’il avoit perdue, et laquelle les Espaignolz de monsieur de Bourbon avoient conquestée sur le Roy pour l’Empereur.
Dont , pour faire son voiage , luy vindrent à son secours environ quatorze mille Suisses, qu’il avoit envoyé quérir par M. le trésorier Movelet , qui les luy amena en ladite duché de Milan.
Il esloit bruit qu’en ladite ville de Milan et ès environs il y avoit eu grosse mortalité à cause de la guerre, et qu’il y estoit mort par estimation environ xxx ou xl“ personnes.
Or fit tant le Roy , par ses journées avec une grosse armée qu’il avoit menée, qui estoit estimée à quarante mil hommes, tant de cheval que de pied, tellement qu’il entra dedans Milan avec son armée.
Et après , il escrivit lettres à la cour de parlement et aux prevost et eschevins de Paris comme il avoit conquis la ville de Milan, et qu’il en estoit paisible. A ceste cause, le samedi xxix® octobre 1 5a4, après disner, fut crié par les carrefours de Paris à son de trompe, de par la cour de parlement et de par la ville, qu’ilz avoient eu lettres du Roy comme il estoit entré dedans la ville de Milan , qu’il avoit eu victoire contre ses ennemis et qu’on priast Dieu pour luy. Parquoy, ce mesme jour, il en fut chanté Te Deam laudamus en la grande eglise Nostre-Dame de Paris et sonnées les grosses cloches, et y allèrent la cour de parlement et ledit prevost et eschevins de la ville, honnestement habillez, pour rendre grâces à Dieu et à la glorieuse Vierge sa mère. Et ce mesme jour, au soir, furent faietz les feux de joye par les carrefours de Paris, par commandement faict.
Item, le lendemain, qui fut le dimanche xxx® octobre, fut faicte une belle procession generaUe, de par la saincte chapelle du palais, où estoit le clei^é d’icelle eglise, et y fut portée la saincte croix en grande reverence, et y estoit la com* de parlement d’im costé et le prevost et eschevins de l’autre, avec grand peuple, et allèrent en l’e-
ferme le récit des événements arrivés en guerres d'Italie. Ce fragment servira de France depuis le départ du Roi pour les complément aux lettres précédentes.
glise Noslre-Dame de Paris, où il fut chanté une grande messe, et n’y eut point de sermon.
Et à la huitaine en suivant, fut encores faicte une autre procession generaUe de par la ville de Paris, où y furent toutes les paroisses avec bannières, croix et reliques, et y estoient lesprevost et eschevins de la ville avec gros peuple, qui allèrent à l’eglise Nostre-Dame de Paris, où y fut chanté ime grande messe, et y prescha en la cour épiscopale monsieur Merlin, docteur, chanoine de ladite eglise et curé de Sainte-Magdeleine, et tout pour remercier Dieu et sa glorieuse mère de la victoire que le Roy avoit eu en sa duché de Milan.
Item, il est assavoir que le Roy allant à sadite duché avec son armée, il passa à Pavie, laquelle il assiégea.
Et n’entra point dedans Milan avec son armée, car il fut adverty qu’il y avoit dedans la ville environ dix mille hommes; parquoy il n’y voulut entrer; mais il divisa son armée en quatre parties, dont il y eut une grande tuerie sur ses ennemis, et y estoit dedans le duc de Bar, fils puisné de Ludovic, marquis de Pesquière, et le seigneur de Bourbon , qui s’enfuirent hors de la ville et s’en allèrent à Cremonne et autres lieux. Et lors furent apportées au Roy les clefs de la ville , mais c’estoit pour faire bonne mine. Et neantmoins le chasteau ne fut reprins pour le Roy, mais y demeura garnison dedans pour l’Empereur, qui tint contre le Roy. Lors le Roy laissa dedans la ville monsieur de la Tremouille avec bon nombre de gens d’armes.