N* XX. — LETTRE DE MONSIEUR DE LA TRÉMOILLE AU MARÉCHAL
DE MONTMORENCY
Nouvelles (lu siège de Pavie.
[UÎUd I 3 Bovrmbrt 1034. |
Mon nepveu mon amy , je me recommande à vous tant comme je puis; j’ai veu les lettres que m’avez escriptes, et vous mereye bien fort de la peine que vous avez prise pour l’ung de voz amys, qui est le plus malheureux homme du monde , vous priant ne m’aimer point tant, car tous ceulx qui m’ayment meurent I
Vous m’avez fait bien grant plaisir de m’avoir mandé de vos nouvelles, et si vous eussiez failly de gaigner le Graveron et le pont, vous n’y eussiez entré sans grant peine, et si lussent entré dedans Pavye.
' Ce fut le a8 octobre , le lendemain du jour où celle lettre fut écrite, que commença le siège de Pavie.
Le pape, qui connaissait l'influence des conseils du maréchal de Montmorency sur les résolutions du Roi, lui envoya aussi un de ses dalaires, l’accréditant auprès du maréchal pour tout ce qu'il lui dirait de la part du saint-père. Le bref de Clément VII est daté du 3o octobre i5aà. (L’original
est à la Bibliothèque royale, vol. n* 8535, •
Le dataire apporta aussi une lettre pour la régente. Elle lui fut envoyée à Lyon , et la réponse adressée au pape par madame d'Angoulême se trouve ci-après, page 4b.
La mission spéciale de ce dataire était de conseiller au Roi de faire l’expédition de Naples, qui lui fut si fatale, puisqu'elle prépara les désastres de Pavie.
Des nouvelles, je vous advise que nous eusmes arsoir une grosse allarme; car l’on nous dist qu’il estolt venu cjuastre ou cinq mille hommes à Laudes et sept ou huit pièces d’artillerie, et (jue le marquis de Pescaire y estoit retourné, et est cela xray. L’on dit qu’ils ont délibéré que incontinant que le Roy aura fermé son siégé davant Pavye, ilz s’en viendront davant ceste ville poiu luy faire lascher prise. Et vous assure qu’ilz en font bien les mynes; nous y ferons ce que nous poiuTons.
Le s' Theoldore et moy avons esté d’advis de faire retourner icy ma compaignie , pour donner congnoissance à cculx de ceste ville que le Roy la veult fournir, et aux ennemys qu’il y a des gens poiu eulx.
Je vous advise que le marquis de Pescaire fomnist à puissance Laudes de vivres et la riempare fort, et n’est que depuis trois jours en çà; mais si le Roy se veult garder de n’avoir point de fascherie pendant qu’il tiendra son siégé, il me semble fpi’il doibt envoyer à Marignan img trois mille hommes de pied et deux cens hommes d’armes; et en ce faisant, il leur donnera bien à penser, et s’il ne le fait ilz s’essayeront, avec leurs amys qui sont retournez pour la crue que le Roy a fait faire, de luy faire tous les allarmes cjpi’ilz pourront.
Nous sommes délibéré de faire aujourd’uy rompre le rempar du fonbourg qui est du costé que vous teniez vostre camp l’année passée. Car cela fait, les ennemys ne se pourroient tenir en ceste ville s’ilz l’avoient regaignée.
Je vous prie , mon nepveu , mandez-moy bien au long de voz nouvelles : et pour lin , je vois prier nostre Seignem* vous donner tout ce que desirez.
De Millan, le ii* jour de novembre.
Le tout voslre oncle ,