‹ Captivité du roi François 1erChapitre 41 sur 268 · MONSEIGNEUR LE MARESCHAL DE FRANCE, NOZ BONS SEIGNEURS ET · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR LE MARESCHAL DE FRANCE, NOZ BONS SEIGNEURS ET

TRÈS-CUIERS AMIS, EN L’EXERCITE DU CHRISTIANISSIHE .... MILAN.

Très redoublez seigneurs, nous nous recommandons très affectueusement à voz bonnes grâces.

Nous avons receu voz lettres et les bons advisement que vous nous avez faietz , et vous prions qu’il vous plaise nous adviser et faire tousjours sçavoir toutes nouvelles. Nous avons ordonné, par le consel et voulenté de monseigneur l’ambassadeur, jusques à cinq mille hommes pour vostre secours, desquels une part est là sm le chemin. Nous vous prions que vous faciez bonne diligence et bon guet, et que vous soyez bien d’accord tous ensemble , tant François que AUemans , et n’abandonnez point vostre aventage. Et si vous faultplus grant secours, en nous advisant, nous vous secourrons de corps et de biens, sans aucun double. Et prions Dieu qu’il vous doint victoire et bonne vie et longue.

Escript à Lucerne, en la journée là le ii* jour de février, l’an mil

cinq cens et xxiiii, et sellé du seau dudit lieu, à l’instance de nous tous.

Les tous vos serviteurs et bons amis,

Les orateurs des ligues audit lieu assemblez ,

H. DE ALIRON.

N' XXXII. — INSTRUCTIONS BAILLÉES DE PAR MADAME I.A REGENTE AU PRESIDENT DE ROUEN, MESSIRE JEHAN BRINON, POUR EN SON NOM ALLER DEVERS LE CARDINAL D’YORK EN ANGLETERRE TRAICTER DE LA PAIX'.

Messire Jehan Brinon, chevalier seigneur de Villenes, conseiller du Roy et premier president au parlement de Normandie, aussi premier president des grands jours des conseils de Madame mère du Roy et chancelier d’Alençon , lequel madicte dame envoyé en Angleterre, par devers très reverend père en Dieu monseigneur le cardinal archevesque d’Yorck, légat en Angleterre, après lui avoir fait audict cardinal les très cordialles recommandacions de madicte dame , luy présentera les lectres de creance quelle luy escrypt.

Sa creance sera que madicte dame remercye bien fort et de tout .son cueiu* icelluy monseigneur le cardinal du bon recueil et traictement qu’il a fait à messire Jehan Joacquin , son maistre d’hostel , des bons propos et vertueuses paroUes qu’il luy a tenus sur le fait de la paix et repos de la chrestlenté, du grand soin et cure (ju’elle congnolt par effect à icelle paix, dont elle le prye très alTectueusement de vouloir perseverer et continuer à ce bon et sainct vouloir, jusques à l’entiere perfection et accomplissement d’icelle, duquel, oultre la rétribution

' Depuis le départ du Roi pour prendre le commandement de son armée, la régente avait plusieurs fois essayé d’entamer des négociations avec le roi d’Angleterre pour le retirer de l’alliance de l’empereur. Ce document se rapporte à la seconde mis-

sion ordonnée par la régente. Ce Jean de Brinon fut chancelier du duché d’Alençon. On peut aussi consulter sur les négociations de Charles Quint en Angleterre à la même époque, Lanz, Correspondenz Kaisers KaA V, page i43 et stiiv.

5'i CAPTIVITÉ DI) ROI FRANÇOIS I-.

et rémunération qu’il en aura de Dieu , toute la chrestienté luy eu donnera gloire eternelle.

Plus lui dira que, poui'mectre fin à l’afiaire pour laquelle avoit envoyé ledict Joacquin par devers luy, et après avoir fait entendre au Roy, son très cher seigneur et filz, tout le discours que ledit Joacquin lui avoit mandé, et après que sondict très-cher seigneur et fds a fait entendre sur ce sa voulenté, elle a despeché ledit president avec ample et seulTisaut pouvoir pour cappituler avec luy.

Et jà çoit que les affaires de sondict très cher seigneur et fils soient par le présent, grâce à nostre Seigneur, en tel estât qu’il ait moins cause de sercher amytié avec ses ennemis depuis que la guerre commença, et que il ait or, argent à suffire, non seulement pour deifendre ses ten es et seigneuries de sesdicts ennemys, mais pour se revaucher des offenses qui lui ont esté faites, neanlmoins, pour l’honneur de Dieu, paix universelle et bien de tout la chrestienté, cl pour arrester entière effusion de sang chrestien et autres offenses envers Dieu et inconveniens qui viennent de la guerre, a esté content de faire paix avec ses ennemys et mesmement avec le roy d’Angleterre.

El avec ce , combien que il a esté offensé sans cause et (ju’il ait soidferl à cause de la guerre plusleiu^ grans maulx, injures et dommages , comme il est tout notoire , desquelz raisonnablement devant Dieu et tout le monde poiuroit justement et raisonnablement demander raison et satisfaction, toutesfois, sans aucun regard à ce, est content entrer en capitulation sans demander aucime chose à son très cher et très amé fils et cousin le roy d’Angleterre, et de faire paix, amytié et confederaclon avec luy, et ensuivant les tralctez par cidevant entre iceulx seigneurs faiz.

El pour les sommes de deniers que par iceulx traictés ledict seigneur devoit payer, neantmoins (ju’il y ait cause et raison par Iceux traictez de n’estre tenu paier les deniers deubz à cause de la redicion de Tournay,

Et d’autant que le cardinal pourroil demander des arrerages desdicts deniers deubz, tant à cause de Touruay que autrement, le per-

SECTION I. — r.UERRE DU MILANAIS. 55

suadera par tous les moyens dont se pourra adviser que iceulx arrerages soient quictez.

Et là et quant ne pourroit gagner le point , fera envers lui que ledict arréragé soient rcmiz à l’année qui echeroit, après que tout ce que est deu pour l’advenir sera s.itisfait et payé.

Et se payera ce que est deu pour l’avenir, par années et termes, en la forme et maniéré que se payoit auparavant la guerre , dont le premier terme eschera d’icy en un an, et si cela ne se peult, en niay prouchain venant.

Et pour ce que ledit Joachin a mandé à madicte dame que ledit cardinal demandoit lesdicts arrerages estre promptement payés et le reste pour l’advenir cent mille escus par an, tant que le roy d’Angleterre vivroit, et après son décès, le dcmourant seroit payé aux termes accoutumés : si icelluy cardinal persistoit en sa dite demande , luy sera remonstré que de payer les arrerages à présent, le Roy commodément ne le pourroit faire, attendu les gros frais et mi.ses qu’il luy a convenu soustenir à cause de la guerre; et d’autant qu’il est question de faire entrer les deux roys en amytié , est expédient conduyre le cas par une grande gracieusité et non par duresse, alïin de causer une bonne, fraternelle et très cordiale amitié entre eulx; et si fault avoir regard que ledict seigneiu* roy de France n’a ses affaires en aucune nécessité, grâce à nostre Seigneur, par quoy doyve souffrir d’estre aucunement engarié : et si croit que sesdicts ennemys sont plus las de la guerre que lui , et que quant vouldront reconunancer à lui faire la guerre , s’il s’est par ci devant bien deffendu d’eulx , le fera par l’advenir avec l’aide de Dieu et son bon droit encore mieulx. Lesquelles remonstrances se pourront faire selon que la matière sera disposée et en grand douceur et gracieuseté.

Et quant aiLx cent mille escus qu’il demande primitivement, luy sera remonstré que ce seroit abréger des termes par cy devant convenus et augmenter la somme : car le roy d’Angleterre poiu’roit si longuement vivre que , fin de compte , se trouveroit que l’on auroit beaucoup plus payé que l’on ne devroit. Autre chose seroit si de-

mandoit que cent mille escuz fussent payés par luy durant la vie du roy d’Angleterre, et que, si pendant icelle se trouvoit le tout estre payé, autre chose ne se payast, et si tout ne serait payé à son décès, le reste se payerait aux termes convenus aux traictez précédons, en quoy faisant ne serait augmenté la source , ains y auroit abbreviation de termes, à quoy le dit seigneiu* roy de France ne veidt consentir.

Bien sera content, pour le bien de paix, si autrement ne se pouvoit faire, que les arrerages qu’il entendoit payer à la fm des termes à escheoir soient deppartiz par années, et que à chascun an et termes, soient payés xx mil li>Tes, qui sont xx mil escus par an jusques à fin de payement.

Au demeurant, quant à Ardre et autres choses de la conté de Guienne, cpi’il devrait luy suader que icelluy seigneur rai de France n’y consentirait jamais, d’autant que serait chose qui redonderoit au grand regret et desplaisir de son royaume , et que pour rien ne veult <lesplaire.

Et d'autant que le cardinal poura dire que il ne peultcappituler avec madicte dame pour l’obligation qu’il en a avec l’esleu empereur, et que à ceste cause, demanderoit une cedulle à Madame, signée de sa main, pour estre seure de ce que le Roy bailleroit à sondict maistre en faisant paix, amystié et confédération avec luy, et que veue Icelle ceduUe il eust envoyé par devers l’esleu empereur, pour avoir pouveoir pour faire Iresves durant lesquelles se fut esvertué de faire paix, amytié, alliance et confédération entre iceluy esleu empereur et le Roy, et où ledict esleu empereur n’eust voulu entendre à la dicte tresve ou paix, sondict mai.stre l’eust .abandonné et eust faict paix, amytié, allyance et confédération avec le roy ensuivant ladicte adresse.

Luy sera respondu que, après l’accord faict desdits payemens et arrairages, s’il ayme mieux cela par cedulle et par traicté, ladicte cedulle luy sera baillée , pourveu que de sa part en baillera un autre de faire et procurer ce qu’il a dit et au deffault, que ledict esleu empereur n’y vouldroit entendre, l’abandonner et traicter.

Et touchant le faict de la pension dudict cardinal qui est de douze

mille livres, pour ce que madicte dame a grand désir de luy complaire et qu’il soit bien traicté, elle luy sera payée avec les arrairages en la sorte et manière qu’il advisera.

Et quant à la royne Marie, touchant son douaire, le traicté f'aict en la forme et manière qui faisoient, auparavant la guerre, et les arrerages lui seront payés à dix mille livres par an.

Plus luy dira que madicte dame luy a donné charge dire à icelluy cardinal que si Dieu conduict ceste paix et amytié entre iceulx deux roys, elle espere que ces deux princes feront de grosses choses ensemble à la louange de Dieu , à leur gloire et mémoire perpétuelle , et que le roy son maistre trouvera avec le Roy son très cher seigneur et filz plus d’amour, seureté, foy et loyauté, que ne fait avec l’esleu empereur, et que ledict seigneur roy de France n’est point nécessiteux et ne l’empnmtera de rien.

Et que ledict cardinal sera conducteur, modérateur et gouverneur de toutes les entreprises.

S’il estoit question de parler incidemmen des traictés ac-

cordez entre iceulx seigneurs par cy devant .... et si y a eu matière de commancer la guerre que ledit seigneur .... ou non ; ledict ambassadeur en est assez adverty et informez par un double de lectres qui lui a esté baillé.

Aussy , pour estre du tout mieux informe et pour respondre à tout ce que l’on lui pourroit mectre en avant , lui a esté baillé les doubles des traictés dernièrement faicts avec le roy d’Angleterre.

- Et finablement fera en tout et pour tout, sur les choses susdites, les remo'nstrances ainsi que madicte dame lui a dit.

N* XXXIIF. — LETTRE Dl! ROI FRANÇOIS I" AU MARÉCHAL DE MONTMORENCY.

Ordre d'envoyer une bande à Saint-Ange.

[ .. . ftiritr 1525. )

Ai; MARESCIIAL DE MONTMORENCY.

Montmorancy, j’ay advisé, pour quelque advertissement que j’ay présentement eu, d'envoyer Ypolite à Saint-Ange. A ceste cause, faictes-lc incontinant partir avec sa bande, la plus complectc qu’il pourra, pour y aller, et qu’il face bonne dilbgence : et mais que je vous voye, je vous diray pourquoy je l’envoye : et à Dieu, qui vous ait en sa garde.

Escript à l’abbaye de Sainct-Laffranct, ce dimanche matin.

FRANÇOYS

Breton.

N’ XXXIV. — LETTRE DICTÉE PAR LE ROI ET ÉCRITE PAR BABOU A MADAME LA DUCHESSE D'ANGOULÉME.

Mouvement des troupes do Roi et de celles des eanemis. — Ils ont peur de mangtr de la baUùlU. — Ils sont allës baiser Milan. — Pendant que le Roi dicte cette dépêche, on lui annonce la marche des ennemis sur lui. — On sonne l'alarme. — Le Roi se presse tant, qu’à peine peut-ü entendre la messe avant de monter à cheval. — Escamtondie avec les ennemis. — iis ne pour* ront secourir Pavie. — Elle sera prise. — Le Roi a dormi en homme de guerre. — Il a tout prévu pour son entreprise. — Elle doit réussir.

|9 lirrirr 1525.)

Madame , depuis les demieres lettres que je vous ay escriptes de ma main, vous avez esté advertye, joiu’ par jour, de ce qui s’est faict. Parquoy il vous aura pieu veoir que ce que je vous mandoys estoit vérité, en tant que je vous escripvoys que si les ennemys estoient si

folz que de venir à la Chartrousse , que nous mectrions peine de les en garder. Madame , ilz ont esté saiges et n y sont point venus.

Et en ensuivant l’opinion que j’en ay tousjoiu’s eue, je croy que la (lerrenière chose que nosdicts ennemys feront , sera de nous combatre : car, à dire la vérité, nostre force est trop grosse pour la leur; et la raison pourquoy ilz se sont mys aux champs estoit pour cinq ou six causes : la premier, qu’il n’y avoit plus de vivres dedans Loddes pour eulx ni pour leurs chevaulx; l’autre que cela leur sert de repputacion de dire qu’ilz sont à la campaigne, aussi qu’ilz nous veullent travailler et mectre en suspect de Millan , ou d’essayer de nous rompre noz vivres en quelque lieu, pour, par ce moyen, nous contraindre de venir à ung fol combat, eulx estans logez dedans le fort : ce que, avec l’aide de Dieu, ne sera faict. Et aussi qu’ilz veoyent bien cpie Pavye s’en va perdue s’iiz ne la reconfortent de quelque chose , ei toumoyent icy autour pour les faire tenir jusques au derrenier soupir, que je croy ne sera plus long : car il y a plus d’im moys que ceul\ de dedans ne beiuent vin, ne mangèrent chair ny fromaige. Nosdicts ennemys ont esté baiser Millan et puis ce camp , et puis s’en sont allez à Saint-Ange. Laquelle, encores que j’eusse commandé qu’elle feust abandonnée , ceulx de dedans ont enduré deux assaulv et puis se sont rendus par composition. De delà, nosdicts ennemys n’ont ousé assaillir Saint-Collomban , pour ce qu’il valloit ung peu mieulx, et sont venuz loger en ung villaige nommé Vellautere, et hier voulloient venir loger à Bellejoyeuse. Et desjà tous leurs chevaulx ligers et bagaiges commençoyent à marcher; mais ilz y trouvèrent monsieur l’admirai et le mareschal de Chabannes, qui estoient allez à la guerre; et cuydans nosdiz ennemys que ce feust toute nostre armée qui y vint loger, tournèrent bride et recullerent deux milles, et logèrent en img lieu nommé Copian, merveilleusement fort, pour estre situé entre deux canalz : et à cela , avons bien peu veoir qu’ilz ne veullent point manger de la bataille, puisque trois ou quatre cens hommes d’armes leur ont laict tourner le nez.

.Madame, ceste ville est située, comme je vous envoyé cy dedans le

60 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS r.

pourtraict et verrez comme il y a ung grant canal qui se faict rivière, qui s’appelle Loionne, qui part d’un cousté à demy-mille près du Tesin et va tumber dedens le Pau. Et n’approche point ceste ville de plus près que de six mille , et en tel endroit qu’elle s’eslongne de huit et de neuf, entre Pavye et ladicte riviere; partout y a beau lieu et raisonnable pour combattre ; mais de delà c’est le plus fort pays du monde. Nosdicts ennemys sont de delà , et ne croy point encores qu’ilz sont si folz de passer de deçà; et s’ilz y passent, ce seroit le combat à nostre advantaige grant ; aussi de les aller sercher de delà seroit fort desavantageux pour nous. Toutesfois, s’ilz veullent tousjours demetwer de leur cousté, il est forcé que ledict Pavye se perde à leur veue : laquelle prinse et n’ayans affaire que à eulx, nous leur ferons bien perdre leur escryme , qtielque fort pays qu’il y ait. Nous sommes encores au matin, nous avons envoyé gens aux champs, par lesquelz nous saurons des nouvelles, dont vous serez tousjours advertye: et ce pendant, je vous ay bien voullu faire escripre soubz moy ce long discours, vous suppliant très hmnblement ne voulloir estre en peine pour l’affaire où nous sommes; car il ne peult, au plaisir de Dieu, que bien aller, vous asseurant que vous ne veistes oncques gens de meilleure ne si bonne volante que ceulx de ceste compaignie, et qu’il ne se fera point d’erreur.

Madame , ainsi que j’escripvoys bien matin soubz le Roy le contenu cy-dessus, luy vint nouvelles comme les ennemys marchoient droict à son avantgarde, et que desjà estoient si près, que l’on oyoit leurs tabourins ; qui fut cause que ledict seigneur ne vous peult achever sa lectre, qu’il pensoit accompaigner d’une douzaine de lignes de sa main ; car sur l’heiu^ l’allarme futchault et si pressa , que à peyne eust-il loysir de ouyr messe , potir monter à cheval. Incontinent s’en vint en ce parc, où gecta toute son armée en bataille; laquelle y demeura

' Ce plan ne s'est pas trouvé avec la fois fait partie du recueil où se trouve cette dépêche. Rien n'indique qu'il ait autre- lettre.

SECTION I. — GUERRE DU MILANAIS, jusques à la nuict , que ledict seignetir se vint loger en ce lieu , pour eslre plus près de ses ennemys.

Madame, tout ledit jour d’hier, l’escharmouche dura entre noz gens et lesdicts ennemys ; lesquelz avoyent gecté environ iii« harcquebutiers et deux cens chevaulx deçà la rivière de LoUonne , pour tousjours couvrir leur armée qui marchoit delà ladicte rivière, et s’en vindrent loger à Lardizago , ung très fort logeiz , assis à quatre petitz mille d’icy. Il fut tué en ladicte escarmouche quelques chevaulx, et de gens de nom le baron de Montai seuUement, jeune gentilhomme iiepveu de monseigneur d’Entragues. La nuict s’est passée partie debout, partie à'cheval, se tenant chascun sur ses gardes , ainsi qu’il en estoit plus que besoing.

Madame, ce matin, le Roy, à bonne heure, est monté à cheval et la pluspart du jour est demouré en bataille, pour estre prest et résister à pourveoir à plusieurs et diverses nouvelles qui luy sont venuez, les unes que lesdicts ennemys marchoyent à nostre avantgarde, avecques quelques provisions de vivres pour advictailler Pavye; les auctres , que lesdicts ennemys marchoient vers la Chartrousse pour y aller loger. Toutesfois, ilz ne sont point deslogez dudit lieu de Lardizago, ont escarmouché tout le jour avec quelques noz gens, là où .Allonges a esté porté par terre, et ung quart d’heure entre lesdicts ennemys; là où il a enduré trente coups de masse sans se voulloir rendre : à la fin il a esté secouru d’aucuns des nostres, et s’est saulvé à pied, blessé soubz le pied d’un coup de hacquebute : et autre de nom, grâces à Dieu, n’y a eu fortune.

Madame, le Roy veoyantque lesdicts ennemys ne voulloient partir de leur fort, s’est encoures retiré en ce logeiz; et dès le matin m’a commandé monsieur l’admirai que je vous escripvisse pour luy et pour moy, et que je vous feysse savoir la peine en quoy sont lesdicts ennemys de secourir ceste ville qui s’en va perdue : ce qu’ilz ne peuvent faire sans passer par dessus nous, qui est la plus difiicille et pénible besongne qu’ilz entreprendront oncques.

Madame , le Roy a dormy en homme de guerre , est en aussi bonne

f)2 CAPTIVITÉ DU ROI FRANÇOIS I".

santé (jTi’on le poiuroil souhaicter; et a si bien pourveu à toutes choses , que inconvénient ne peult advenir à sa personne ne à son emprise, dont vous. Madame, deviez porter peyne, et vous en feray savoir de l)riel , ainsi que j’espere, de très bonnes nouvelles.

Madame, je pi-ye no.stre Seigneur qu’il vous doinct bonne et longue vie.

Kscript de Myrabel, devers le parc de Pavye, ce in' jour de février.

Vostre très-humble et très-oboyssant subgeci et serviteur.

BABOr.

\‘ XXW. — LEITRE DE CHARLES DE LANNOY. COMMANDANT L’ARMÉE DE L’EMPEREUR. A I.’AMRA.S.SADEUR DE S. M. I. PRÉS LE ROI D’AN- GLETERRE.

Noim'Iles du camp impérial. — (i «apérc forcer le» Français k accepter la bataille ou à »e retirer.

— Un convoi est entré dans l’avie. — Les couleuvrinicrs espagnols font grand mal aux Français.

I Dd cAinp de l'etapcrfur, proche ravie. 10 fe^rirr IStlS.)

À MONSIEIU DE PBAET, .AMB.ASSADEtiR DE I.’EMI’EUEIH VERS LE ROV

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