‹ Captivité du roi François 1erChapitre 59 sur 268 · RONDEAU [dE M.ADAME LA DUCHESSE MARGUERITE · texte numérisé non relu

RONDEAU [dE M.ADAME LA DUCHESSE MARGUERITE

Ce n’est qu’ung cueur, et ne sera jamais De vous et moy, ainsi je le promectz.

Quelque chose que vous puisse advenir.

Le sang ne pcult au contraire venir Ny la raison : aussi je m’y soubzmectz.

Ma voulonté à la vostre remectz;

Parolle et faictz entre voz mains je mectz; Puisque je veulx vostre ainsi devenir,

Ce n’est qu’un cueur !

•Ainsi du tout à vous je me commectz.

Qui vostre suis et seray désormais Mieulx qu’oncques; mais plaise vous souvenir De nostre accord , pour nous y maintenir .A tousjoursmais : puisqu’on vous me desmectz.

Ce n’est qu’un cueur !

l3. RONDEAU.

En mon malheur, d’amour je me contente Mais non de loy : car ta nature lente En mon endroict est rebelle au devoir Du sentiment que tu devroys avoir.

De l’égal feu que l’amour nous présente.

La cire fond au feu, sans point d’attente;

La fange aussi en challeur vehemcnte Seche devient : par moy je le puis veoir En mon malheur !

Las 1 fondu suis par challeur ' qui augmente.

Et tu durcys ingratte et peu amante ’ Désir que. Ms. de Congé. * Aymanle, Ms. de Congé.

Moy serviteur qui peulx appercevoir N'^avoir nul bien que te faire sçavoir.

Pour t’obeyr, la mort m’estre plaisante En mon malheur !

i4- aONDEAU.

L’imperfection mérité la scilence,

Car chascun doibt celer son ignorance :

Par quoy debvrois , soubz le manteau , cacher De ton cuider ce que pourroit fascher,

Par rude escript donnant ta congnoissance.

Mais je pense que moindre soit l’ofifence Estre congneu , par bricfve dcmonstrance Que par langueur si la voidois cacher.

L’imperfection.

En tout mon temps , je n’ay appris science Fors celle-là qui cause patience :

Et toutesfois ne m’en veulx destacher.

Pourquoy ma plume est sotte, s’empescher De blasme avoir, pour toute rescompense. L’imperfection.

l5. RONDEAU.

Par trop vouloir et par bien peu penser.

Par peu prévoir et par trop s’advanser.

Nous a esté tant fortune contraire,

‘ Par briefveté deffence. Ms. de Cangi.

Qu à ung seul coup a faict les biens retralre. Dont peult Amour les siens rescompenser.

Elle a esté prospéré au commencer.

Pour au millieu nous nuyre et offenser.

Et pour enfin nostre pouvoir deffaire Par trop vouloir.

S’il luy eust pieu l’un de nous rabaisser.

Pour l’autre en bien et plaisir exaulser.

L’heur d’un eust peu au malheur satisfaire;

Mais pas ainsi ne va de nostre affaire :

Car tous les deux veult ensemble oppresser Par trop vouloir.

l6. RONDEAU.

La vraye amour tousjours faict son debvoir. Car le plaisir de vous cuider reveoir Estoit si grand, que dire nullement 11 ne se peult; mais ton vray sentiment En jugera, saichant bien mon vouloir.

Mais mieulx vauldroit perdre le bien du veoir. Qu’il empeschast vostre devoir, pour veoir Et vous servir de trop d’empeschement La vraye amour.

Le commancer a eu si grand pouvoir.

Qu’à t’obeyr travail n’ay peu avoir;

Puisque l’effcct t’en rend contentement.

Ne craignant rien que de faire aultrenient ,

Est-ce raison pour bien mai recevoir La vraye amour

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