EPISTRE DU ROY TRAICTANT DE SON PARTEMENT DE FRANCE EN ITALIE
ET DE [sa] prise DEVANT PA VIE.
Tu te pourroys ores esmerveiller Pourquoy je veulx maintenant travailler,
T’escripre vers, pour te faire sçavoir Chose en effect où tu ne peulx pourveoir,
En te faisant jjJger en ton esprit
Que bien foible est l’effect de mon escript,
Cuider coucher en finv vers et mectre
SECTION 1. — CÜEHKE 1)1 MILANAIS.
L'ng infiny vouloir soubz mauivais inaislrc'.
Ne treuve estrange, amye, si le veoir,
Qui tant me pleust, a perdu le pouvoir Par quoy je viens, par ma triste escripture.
Te declairer ma fortune tant dure;
Te requérant par nostre affection.
Invincible et sans division *.
Point ne vouloir prandre merencolye De mon escrlpt, n’aussi ^ de fasclierie.
Car tu sçaiz bien qu’en grande adversité Le recorder donne commodité D’aulcun repoz, comptant à ses amys Le desplaisir en quoy l’on est soubzniys.
Sachez doneques qu’en ceste propre heure,
Qu’avecques toy plus je ne faiz demeure.
Quant ‘‘je sentiz, comme s’elle eust esté Par desplaisir, mon infellcité Mais Renommée envers moy si s’advance.
Me commandant que feisse dilligence.
Disant : Par fer et feu tes ennemys Ont grande part de tes pays soubzmys ;
Digne ne seroys qu’on t’aymast, pour tout veoir.
Si maintenant oublyois ton debvoir;
Mais avecq toy, sans dissimulation Désir, Honneur, Amour, Affection ,
Ces quatre-là compaignie te feront,
En nul péril ne t’abandonneront.
Quant j’entenditz que la nécessité
' Dedans mon cueiir mon infelicilé Ms. de Congé.
‘ Simulation. Ms. de Baluze.
' Mettre. Ms. de Congé.
’ Invincible, de nulle division. Idem.
^ Aussi. Ms. de Baluze.
* Que. Ms, de Congé.
Que je marchasse estoit pour vérité,
Je m’advançay , defTendant mon pays Des ennemys, à bon droit trop hays.
Que diray plus ? tost fust preste l'armée D’honneur conquerre et de gloire affamée.
Si feismes tant, que nosdictz ennemys Veirent noz tentes et pavillons près mys.
De passer l’eau qu’on nomme la Durance Feismes debvoir et grande dilligence;
Mais l’Espaignol tourna la sienne envie De combatre , pour tost saulver sa vie ,
En recuUant; de son salut songneux.
Prendre Marseille alors n’est envyeulx.
Dont s’en alla, perdant toute esperance De plus mal faire ne nuyre à la Prouvence,
En mauldissant Bourbon et ses praticques, Congnoissanl bien ses trahisons inicques. Avecques eulx avoit ung chef louable Et de vertu trop fort recommandable;
Celluy estoit pour guerre et paix exquis,
De Pesquiere se disoit le marquis.
Dont par bon sens tous les siens se ralie.
Et droit chemyn preignent de l’Italye ’ :
Car à bon droit il estoit l’esperance De tout leur camp par vertu et prudence.
Par quoy souldartz luy laissent faix et soing De leur salut en ce très-grand besoing :
Mais pour conseil si ne leur peult donner.
Pour eulx saulver, vouloir haban donner Artillerie et bagaige en effect;
Car sans cela tout eust esté delTect.
Trop estions près et puissans, sans doubtance,
' Droict le cbeœin $y prenneot d’Yialic. A/j. de Congé.
Pour condbalre sans doubteusc esperance,
Si la fortune sur nioy tant envieuse
D’un trop grand heur n’eust esté maliieureuse
Et moy voyant la grant difficulté.
Et de le joindre impossibilité.
Je concludz lors suyvre mes ennemys
Qui jà estoient tous dans les hautz montz miz,
Pour autre voye et chemin advancer,
Dont point deceuz ne fuz de mon pancer.
A tous mes gens je faiz grand feste et joye Pour esprouver cesle nouvelle voye,
F!n leur disant : O souldardz et amys,
Puisque Fortune en ce lieu nous a mys.
Favorisons la sienne volenté Par la vertu de nostre honnesteté,
En ne craignant des grandz montz la haultesse, Vous asseurant sur ma foy et promesse Que si premier sommes en Italie,
Que sans combat guerre sera finie.
Par vertu donc vainequons noz passions.
Plaisirs, maisons, fault que nous oublyons. Donnons repos par ung peu de souffrance Que porterons à ceste nostre France,
Cela leurs ditz pour tousjours esmouvoir La nostre armée à faire son debvoir :
Mais pour certain je congneu bien alors En la pluspart estre vertu dehors.
La montaigne de neige revestue
Leur cueur attriste, et leur vouloir s’y tue,
Prenans couleur, pour myeulx dissimuler.
Que bien failloit premièrement aller Sur le fleuve qu’on nomme la Durance,
D*un trop grant iieur n'eust faict vye malheureuse. M*- de Conge.
CAPTIVITE DL ROI FRANÇOIS I Et faire ung pont, mcctanl leur esperanre Que la longueur romproit leur entreprise, Couvrans leur peur du manteau de fainctise : Mais l’eau ne veult nullement comporter Le faix que veoit sur elle à tort porter.
Bien nous monstra qu’en elle a plus d’honneur Qu’en noz souidardz de cueur et de bonheur; Car tout souldain se rendit si petite,
Baissant son cours par trop legiere fuyte.
Que nous laissa passer tout le bagaige Et camp à gué, tant nous feit d’avantaige!
Mais qui pourroil se garder bien d’aymer Fleuve tant digne et noz souidardz blasmer Ayant faillis que l’eau sans congnoissance Ait triumphé d’honneur sur leur ollence.
Doncq passasmes suyvanl nostre entreprise , Estant en nous nouvelle force prise.
Et tant feismes qu’en unze jours, pour veoir, Les champs lomhardz peusmcs appercevoir :
Et s’il eust pieu dès lors à Dieu permectre Que de tous cueurs j’eusse esté le vray maistre Pour m’obeyr en telle dilligence Que faicl de guerre mérité qu’on s’advance,
El qu’en la mer l’armée de ma part De noz portz eust faict diligent départ Pour assaillir la terre de Sicile,
A nous par droit reaulme très-fertile.
Point ne fusse aux Espaignolz soubzmis Soubz prison, triste, esloignant mes amys;
Sans roy ne fust la nostre noble France,
Ne si longue n’eusl esté mon absence.
Le maisire. Ms. de Congé.
SECTION 1. - (;IjEHRE I)C milanais.
Mais non pourtant ne lalssay renlrepri.se.
Tant que rendiz Milan subjccle et prise,
Mes ennemys fuyans de toutes pars Dans les villes, çà et là tous espars.
Bien je cuydoys la victoire certaine.
Et le triumphe emporter pour estraine :
Mais quoy ! le sort de ma félicité Fut converty en infelicité.
Par le vouloir de mes chefs, en elfect.
Fut cmpesché le fruict de tout mon faict. üng seul d’entr’eulx, conduict par pas.sion,
Faire au rebours de nostre opinion.
O ! comme heurculx se peult dire le prince En guerre allant* ou gouvernant province.
Quand ses subjectz de vertu ne font vice,
Ne congnoissant prouffîct que son .service :
Par quoy je puis à bon droit me douioir De ceulx de qui j’ay congneu le vouloir.
Pour abréger, en lieu d’executer,
Devant Pavye allasmes nous boutter;
Longtemps y fusmes, faisant tout le possible :
Ma is de la prendre à nous fut impossible. Finablement, les nostres ennemys Congneurent bien qu’en tel terme estoit mys La leur cité, si n’estoit secourue,
Qu’en peu de temps pourroit cstre perdue;
Dont conclurent de tost la secourir.
Tous resoluz de vaincre ou de morir.
Longtemps j’avoys remédié au faict Si mon vouloir eust esté bien parfaict;
Car de mes gens soubdain je feiz partir Pour seullement servir de divertir :
' En guerroyant allant. Ms. de Baluze.
A Naples droit j’envoyay une bande.
La dilligence alors leur recommande;
Mais au rebours ilz furent negligens,
De lost aller trop paresseurs et lentz.
Mais quant fortune au rebours veult venir.
De tous dessains Ton voit mal advenir.
Peu me vallut le solng du commander,
Gens en guerre souvenlesfoys mander.
Ne mais aussi les fleuves arresler,
Quant victoire je n’ay peu emporter.
Doncques le temps passant, jours froidz et cours, Cbcmyna tant, qu'amena le secours Des ennemys, cherchant lors le combat;
Et nous aussi voulions bien le débat.
Troys sepmaines nous fusmes si près mys.
Que plus voisins e.stions que bons amys.
Que dlray-je ! la nostrc fiereté En peu de jours perdit l’auctorité;
Sans raison nulle alors la noslre gent Se refroidist, s’excusant sur argent.
Mais l’ennemy, qui eust nece.ssité Trop plus que nous, fell toute extrémité De nous combatre, ayant grande doubtance D’estre rompuz sans donner coup de lance.
Dont au matin ilz feirent leur entrée Dedans le parc, place bien e.sgalée.
Et nous aussi jà estions en bataille;
Artillerie bonne avions sans faille :
Mais pour tout vray la leur tout au premier Nous gaignasmes, ce ne peult-on nyer;
Par quoy la trouppe à cheval sans doubtance Des ennemys tourna on dilligence Pour secourir; car, à la Vérité,