‹ Captivité du roi François 1erChapitre 66 sur 268 · I..eur8 gens avoient grande nécessité · texte numérisé non relu

I..eur8 gens avoient grande nécessité

Lors je marchay avecques esperance De gain certain, sans nulle defiyance.

Treize enseignes de gens d’armes, de faict,

Feys demeurer fermes pour bon effect ;

Noz Ailemans avecques culx je laisse,

Leur commandant qu’ilz marchassent sans cesse Au petit pas, alTm que leur désir Fust bien conduict à temps et à loysir;

Et cela faict, je retins pour ma bande Trois enseignes; à ceux-là je commande Vouloir marcher, leur priant qu’à l’ouvraige Congnoistre on peust l’effect de leur couraige.

Dont cheminant nous mismes certe alors Toute la craincte et peur de noz cueurs hors;

Bien monstrasmes, et chascun le peult veoir.

Que peu prisions la vie pour debvoir.

Leurs gendarmes, qui venoient sur leur garde,

En deux batailles marchoient et avant-garde.

Quatre foys plus estoient que nous ensemble A nous charger, ainsi comme il me semble :

Mais toutesfois si bien nous combatismes,

Que leur grand gloire alors nous abatismes;

Si feismes tant que tous furent remys,

Fuyans rompuz les nostres ennemys.

Dont de chasser tout joyeulx s’advançoit Nostre gent seure, qui victoire pensoit.

Ainsi chassant, une trouppe trouvasmes De lansquenetz, qu’alors aussi chargeasmes;

Mais pour certain bien peu ilz combatirent.

Et le chemyn des fuyans droit ilz tirent.

Picques, lances et leurs chevaulx legiers Je veiz fouyr, meslez d’arquebusiers,

ift

l’anl (jue je peuz leur peur alors connoye,

Fstant remply de trop heureuse joye :

Mais comme fust trop souidaiu convertie Celle espérance en pensée admortie !

Trop tost je veiz ceux-là qu’avoys laissez De tout honneur et vertu délaissez;

Les trop meschans s’enfuyoient sans combat,

Kt entre eulx tous n’avoient autre débat Si n’est fuyr, laissant seure * victoire.

Pour faire d’eulx honteuse la mémoire.

Malheureux las! et qui vous conduisoit*^

A telle herreur, ne qui vous advisoit Habandonner, fuyans en desaroy.

Honneur, pays, amys et vostre roy.^

Noz Allemans cœuvrent leur fuyte entière.

Disans la vostre avoir esté première ;

Par quoy perdez d’estrangiers la fiance Et des vostres la trop grande asseurance.

Certes, je croy pour vray que les meschantz Par tous pays, en villes et en champs,

(Montent à tous leurs mérités et faietz Tout de façon que s’ilz estoient parfaict/. \

Se deschargeans de leur infamelé Dessoubz les inoilz, qui pour honnesteté Ont mieulx ayiné fin honnorablc prendi-e Qu’aymer leim vie et les aultres reprendre ;

Par (juoy concludz n’estre mal en la France One des hommes ne faire différence.

Mais pour venir à mon premier propoz,

' Toule. Ms. de Baluze. * Tout ainsi que s'ili estoionl bien par-

’ O inallieurcux ! mais qui vous con- faictr. Ms. de Cungé. duisoil. Ms. de Congé.

Quand, indignes de vertus et repoz,

Je veiz mes gens par fuyte trop honteuse A leur honneur et à moy donmiaigeuse,

Triste regret et peine tout ensemble,

Dueil et despit en mon cueur si s’assemble:

Autour de moy en regardant ne veys Que peu de gens des miens à mon advys;

Et à ceulx-là confortay sans douhtance De demourer piustost en esperance D’honneste mort ou de prise en edect,

Qu’envers honneur de nous fust rien meffaict*.

Dont combatans furent tous mortz ou pris Ce peu de gens, qui méritent grand pris;

Et là je fuz longuement combatu.

Et mon cheval mort soubz moy abatu.

Dehors du parc, pensant saulver leur vie.

Des nostres lors fuyans contre Pavie ’

Furent rompuz, prisonniers et delTaictz :

Ceulx-là je nomme en vcrluz imparfaictz.

Assez souvent si me fut demandée La myenne foy, qu’à toy seulle ay donnée;

Mais nul ne peult se vanter de l’avoir.

En te gardant d’amytié le debvoir,

Encores que nul salut espérasse.

Et de ma vie en tout désespérasse.

Je te promeetz qtie j’euz bien la puissance D’esvertuer ma debile delîence,

Pour empescher que la verge donnée.

Que bien congnois, point ne me fust ostée.

Mais que vault force là où est violance ?

Emporter fault l’erreur par pacience. ,

‘ Forfaict. Ms. de Congé. — ’ Des nostres assez estans peur leur ,'imve. Ms. de Congé.

De toutes pars lors despouillé je fuz,

Mays delTendre n’y servit ne relTiiz*;

Et la manche de moy tant estimée Par lourde ^ main fut toute despecée.

Las! quel regret en mon cueur fut bouté,

Quant sans delfence ainsi me fust osté L’heureux présent, par lequel te promys Point ne fouyr devant mes ennemys.

Mais quoy ! j’eslois souhz mon cheval en terre. Entre ennemys alors porté par terre,

Dont ma delfence à l’heure ne valut Contre mon gré aussi Dieu le voulut.

Bien me trouva en ce piteux arroy Püxecutant leur chef le viceroy.

Que quant me veit’, il descendit sans faille,

AlTin qu’ayde à ce besoing* ne faille.

Las ! que diray, cela ne veulx nyer.

Vaincu je fuz et rendu prisonnier.

Parmy le camp en tous lieux fuz mené.

Pour me monstrer çà et là pourmené.

O quel regret je soustins à celle heure.

Quant je congneus plus ne faire demeure .\vecques moy la tant doulce esperance De mes amys retourner veoir en France !

Trop fort doublant que l’amour de ma mere Ne peult souffrir ceste nouvelle amere,

Par desplaisir cause de ma prison.

Sans regarder qu’en tant triste saison Le seul confort de toute F’rance est mys Sur sa vertu, le gardant d’ennemys.

' Kien n'y sen'it dcffencc ne refiii:. * Quant il me vil. Ms de Ctmgé.

Ms. de Congé. * Tel besoing. Idem.

’ Rouvre. Idem.

Et qu’en ma seur ne demourast pouvoir Pour telle dame et à son mal pourveoir,

Et si me feist la pitié lors entendre De mes enflans la jeunesse tant tendre Pour se sçavoir ny garder ny deflaire Contre nulluy qui leur voullust mal faire.

Mais celle, Amye, alors le souvenir De nostre amour ne faillist à venir,

Congnoissant trop que en la nécessité Sur tout penser avoit l’auctorité.

Mais pourquoy veulx à ceste heure prétendre Te declairer, n’aussi te faire entendre,

Cliose qui est de toy trop mieulx congneue Par soing d’amour, que si tu l’avoys veue.

Bien je pensay très dolent à celle heure Avecques toy plus ne faire demeure :

Dont tout d’un coup je perdiz l’esperance De mere, seur, enfans, amye et France;

Par quoy je fus et suis sans nul plaisir,

Autour de moy ne souffrant nul désir.

Que supplier la Puissance infinie

Que tant grand peine à heur soit convertie ,

Et qu’il te doint à jamais le pouvoir D’avoir le bien qui t’est deu pour debvoir.

Et qu’en la lin tu soys bien mariée ',

' Ce passage des poésies du Roi ne parall pouvoir s'adresser, parmi scs maîtresses, qu’à mademoiselle de Heilly de Pisseleu , qui était alors demoiselle et au service de la duchesse d’Angouléme. Mais il faudrait croire que les relations intimes de François I" avec mademoiselle de Pisscieu avaient commencé avant la captivité du Roi. el non à son retour d'Espagne.

comme ou le rapporte généralement. La grande incertitude qui règne dans les chroniques galantes du Roi |^ut laisser le champ libre aux conjectures. .\nnc de Pisseleu, dite mademoiselle de Heilly, lut mariée par François I", en i536, à Jean de Brosse ; le Roi lui donna plus tard le duché d’Etampes.

i>6 CAPTIVITE DL KOI FRANÇOIS I".

Vivante en paix, contente de lignée.

Quant est à moy, j’ay resolution Nourrir ma vie en ton alTectlon :

Ainsi j)a.ssant le simplus de ma vie,

Sans (ju’au monde j’ays regret ny envye,

Avec honneur ayant faict mon debvoir.

Prisonnier suis, chascun le peult sçavoir,

(Lela contente assez l'adversité De ma prison et infelicité :

Mais si le temps quelque jour veult permectre Qu’en liberté me puisse veoir remectre.

Pour rctoiu'ner, ma* fortune changée.

Fut ma maison*, qui ne peult estre aymée Que pour te veoir, chose trop fort volue ,

A moy captif desirée et congneue :

Car lors sera converty la douleur De nostre mal en plaisir pour douleur.

Alors verront triumphant le plaisir Tant acheté par tourmenté désir De nostre foy esprouvée en absence ;

Lors recevra le fruict de recompense.

Pour tel efiect ne se perd pas une heure En abrégeant ceste longue demeure.

Qui aux amys donra contentement.

Si loy d’amours en tous ne fault ou ment.

De ceulx ne dys qui n’ont eus esperance En leur honneur, ny en ma délivrance.

Ores je suis en seur port arrivé ,

Où pour certain j’ay parfaict éprouvé Plus de pitié dedans les eaulx profundes En mer cruelle adoulcissant ses undes.

Favorisant la myenne liberté ,

Par. Ms. de Balaze.

’ Prison. Ms. de Baluze.

Qu’en tout le temps qu’en prison j’ay esté.

Je n’ay trouvé assez d’alTection '

En ceulx qui m’ont tant d’obligation;

Et croy pour vray qu’en bien peu de couraige Est demouré re.solution saige.

Quoy qu’il en soit, Amyc, je moun’ay En vostre loy, et lu je demourray.

La liberté en pri.son, sans doubtence,

En mon vouloir point ne feront d’olfence.

Si libre suys, noz jours ensemble userons.

Tous deux contentz, ainsi temps passerons.

Et si prison il fauldra que j’endure ,

Y finissant mes jours .soubz peine dure,

Si demourray-je en tel ti’avail semblable.

Comme ay esté, point ne seray muable;

Mort, ne periP, e.sloignement d’amys,

Ny les travaulx à quoy je suis soubzmys,

Indignes sont de leur auctorité Pour remuer la myenne volenté,

Estant bien seur de toy que ton debvoir Donne crédit à ton ramentevoir.

Et que le temps et la fâcheuse absence Avecq oubly sur toy n’auront puissance.

Car ton amour, qui tant est asseurée,

En grand travail sera fortifiée,

Dont dire puis qu’esgalle peine avons,

Esgalle offrande à Amour nous debvons.

Pour ce faire fin, c’est mon dernier vouloir En ton endroit de faire mon debvoir.

En suppliant le vouloir tant possible Ne te rendre’ ton plaisir impossible,

’ Je n’ay trouvé delligcnte aiVcclion. ’ Perisl. Ms. de lialuzc. Mi. de Cangé. ’ De te. Idem.

Vivant contente, ayant la souvenance De mon amour, sans nulle defiience,

Car au monde mon corps te laisse et donne;

Ap rès la mort mon esperit te ordonne,

Los immortel, tout entier nom demy,

Tesmoing en est la main de ton amy L

' Cette cpitre a été publiée par Lenglet que nous donnons a été revu ;>ur les ma-

du Fresnoy à la fin d'un volume ayant nuscrits de la Bibliothèque royale. Il était,

pour titre ; V Uisioxre justifiée contre les ro~ du reste , difficile de séparer ce document,

muns. Mais elle l'a été très-inexactement : émané de la plume du Roi, de ceux qui

plusieurs mots mal lus en avaient déna- se rapportent à sa captivité. M. Rey l'a

turé le sens et les rimes ; un certain aussi publié dans son Histoire de la cap-

nombre de vers avaient été omis. Le texte tivilé de François I".

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