AU ROY
Monselgner, j’ay, par l’escuyer Bresdoie^, receues deux lettres de vostre main qu’il vous a pieu m’escrire, et vouldrois bien que Dieu me feist ceste grâce d’avoir le povoir tel en vostre délivrance, comme vous plaist le m’cscripre, car l’une des choses de ce monde que plus j’ay désiré et desire, c’est de veoir une bonne et seure paix d’entre l’empereur , vous. Monseigneur, et vos bons amys étaliez’, congnoissant que ce seroit le grand bien de toute la creslienté et le repoz de voz deux Majestéz. Et s’il est possible que ainsi peult advenir, je ne doubte, Monseigneur, que ne pervenez à vostre désir de liberté, pour laquelle, en ensuivant ce qu’il vous plaist m’en mander,
' L'éditeur des Lettres de Marguerite de Navarre a , par une singulière inadvertance . publié cette lettre de l'archiduchesse d’Autriche pour uneicttrede la reine de Navarre [Lettres de Marguerite d' Angoalêine, i" recueil, p. 178), et on retrouve cette opinion inexacte dans son 3* recueil, p. 34- La souscription et les termes de
cérémonie employés par l’arcliiducliesse à l’égard de la régente et du Roi auraient dû le prévenir contre cette erreur.
’ Les copies modernes de cette lettre portent Presillcs.
* Cette phrase et plusieurs autres de lu lettre sont dénaturées par l’édition des Lettres de Marguerite de Navarre.
ay escript à madame la régenté pour avoir ung sauf-conduict pour le personnaige que doy envoyer vers l’empereur; et povez estre asseuré que à moy ne tiendra vous donner à congnoistre la voulonté que j’ay de vous y faire service.
Mais, Monseigneur, comme il vous plaist dire que j’ay tout povoir en cest affaire , il me semble semblablement que vous y povez trop niyeulx ayder que moy, pour ce que je suis bien seure que avez affaire à ung prince sy vertueux et bon , quant chose qui sera raisonnable ne serez refusé : par quoy ay bonne esperance vous y faire quelques bons services, comme celle qui veult tousjours demourer
Vostre plus humble,
MARGUERITE »